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10 mars 2013

RDC : Retour en "résidence surveillée" pour Tshisekedi

Les forces de sécurité congolaises ont raccompagné "manu militari" Etienne Tshisekedi à son domicile, de retour d'Afrique du Sud. La police a violemment empêché ses partisans de manifester. L'UDPS dénonce les arrestations de certains de ces membres et le placement en "résidence surveillée" de son président.

Capture d’écran 2013-03-10 à 22.27.57.pngLe scénario est désormais connu à Kinshasa. Chaque atterrissage de l'opposant congolais Etienne Tshisekedi à l'aéroport international de N'Djili se transforme en grande manifestation populaire. Mais comme en 2011, lors de l'élection présidentielle, la police congolaise a empêché dans la violence tout rassemblement en bouclant les abords de l'aéroport. De retour d'Afrique du Sud pour sa première sortie à l'étranger depuis sa défaite à l'élection présidentielle, Etienne Tshisekedi rentrait ce dimanche à Kinshasa. Un comité d'accueil avait été prévu par son parti, l'UDPS, le long du boulevard Lumumba et un meeting avait également été annoncé place du Cinquantenaire dans la capitale.

Interdiction de manifester

Plusieurs heures avant l'arrivée d'Etienne Tshisekedi à N'Djili, la police congolaise, assistée par la Garde présidentielle, ont bloqué tous les accès à la zone. La foule, importante, venue accueillir l'opposant congolais a été violemment dispersée au moyen de gaz lacrymogène, notamment au niveau du pont de Matete. Des partisans d'Etienne Tshisekedi, présents sur les lieux, ont signalé des actes de violences policières sur des journalistes et des membres de l'UDPS. La délégation de la MPP (Majorité présidentielle populaire), qui rassemble les partis alliés à Etienne Tshisekedi, n'a pas pu accéder à l'aéroport. Son président, Diomi Ndongala, un proche de l'opposant congolais est resté bloqué par la Garde présidentielle sur le parking de N'Djili.

"Protéger" Tshisekedi ?

A sa sortie de l'aéroport, Etienne Tshisekedi a été immédiatement "pris en charge" par la police. Un photographe de l'AFP affirme qu'un policier "a pris d'autorité le volant de la voiture de Tshisekedi" pour le raccompagner, sous bonne escorte, à son domicile dans le quartier de Limete. Pour l'UDPS, ces événements sont "symptomatiques" du traitement réservé aux opposants politiques en RDC. Selon ce parti, son leader n'est plus libre de ses mouvements depuis les élections de novembre 2011 et affirme qu'il se trouve en "résidence surveillée". Les autorités congolaises disent vouloir "protéger" Etienne Tshisekedi. L'opposition s'est toujours étonnée de cet argument : "de quelle menace ?".

Arrestations arbitraires

Selon l'UDPS, le retour de leur président à Kinshasa s'est soldé par "des arrestations arbitraires et des violences policières inacceptables". Des cadres de l'UDPS auraient été arrêtés, comme Freddy Pindi, le président de la ligue des jeunes du parti et membre de la MPP. Un autre membre de la MPP, M. Onedikonda, aurait également été arrêté. Les autorité congolaises ont affirmé que les personnes arrêtées avaient été "interpellée pour avoir obstrué la chaussée" et qu'elles seront libérées.

Dans la soirée, les responsables politiques de l'UDPS, de la DC (Démocratie chrétienne) et de la MPP s'estimaient "séquestrés" dans la résidence d'Etienne Tshisekedi, en "état de siège", "encerclée par les forces de sécurité" avenue Pétunias. Vers 21h ce dimanche, le site internet de la DC, le parti politique de Diomi Ndongala, affirmait qu'au moins deux congolais auraient été tués par la police, qui aurait tiré "à balles réelles sur la population au niveau de la 12ème rue Limete". L'information n'a pas été confirmée par Kinshasa.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

MISE A JOUR : Freddy Pindi et M. Onedikonda ont été libérés lundi 11 mars 2013, ainsi que 17 autres membres de la MPP.

Photo : La police empêchant les manifestants d'approcher l'aéroport de Kinshasa - Dimanche 10 mars 2013 © DR

03 mars 2013

RDC : Nouvelle donne au Kivu

L'éclatement du M23 redessine le conflit qui oppose depuis plusieurs mois la rébellion et le gouvernement congolais à l'Est de la République démocratique du Congo. L'affaiblissement du mouvement rebelle remet en selle le président Kabila qui pourrait se sortir momentanément du conflit en signant la fin des hostilités avec le camp de Sultani Makenga.

Sultani Makenga filtre.jpgAprès la scission de la rébellion du M23, la guerre au Nord-Kivu entre dans une nouvelle phase. Le mouvement rebelle est désormais divisé en deux clans bien distincts: les pro-Makenga, le commandant militaire du M23 et les pro-Ntaganda, ralliés par l'ancien responsable politique de la rébellion, Jean-Marie Runiga. Makenga a destitué Runiga de son poste de président et les deux camps rivaux se sont affrontés la semaine dernière à Rutshuru, une localité sous contrôle rebelles. Les partisans de Makenga ont poursuivi Runiga et Ntaganda jusqu'aux portes du parc des Virunga et se sont fixés à Tchanzu.

Une mosaïque de groupes armés

Plusieurs leçons sont à retirer de la guerre interne qui fait rage au M23. Sur le terrain militaire tout d'abord. En se retirant de Rutshuru pour se battre, les rebelles ont laissé "libre" cette localité qu'ils contrôlaient depuis plus de 8 mois. Et surprise, ce ne sont pas les FARDC (l'armée régulière congolaise) qui viennent reprendre la ville, mais les FDLR, une milice rwandaise composée de rebelles hutus et des groupes armés Maï-Maï. L'armée congolaise prendra ensuite le relais, mais tardivement, réactivant les nombreuses rumeurs de "collaboration" entre les milices FDLR et les troupes de Kinshasa. Un "partenariat" de bien mauvaise augure pour la future force d'intervention rapide de l'ONU, chargée de venir à bout du M23, mais aussi des FDLR et des groupes Maï-Maï, utilisés régulièrement par les autorités congolaises comme milices supplétives. Un mélange des genres qui sera bien difficile à démêler pour les soldats de la paix.

Risque de "somalisation" du conflit

Deuxième leçon : l'éclatement du M23 a ouvert les vannes de la violence pour tous les autres groupes armés du Nord-Kivu, et ils sont… une petite vingtaine ! L'APCLS (Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain) s'est férocement battu à Kitchanga contre l'armée régulière. Les groupes Maï-Maï Nyatura et Shetani se sont également disputés la vile de Kiwanja. En désertant certaines villes qu'elle contrôlait, la rébellion du M23 a donc laissé la place aux autres groupes armés de la région. Certains analystes craignent un "morcellement" du conflit par des dizaines de milices. Une "somalisation" du Kivu qui serait extrêmement difficile d'enrayer, comme le soulignait Kris Berwouts au micro de Sonia Rolley, sur RFI ce week-end.

Makenga se rapproche de Kinsahsa

Troisième leçon : la stratégie du M23 a considérablement évolué. Car, si le conflit entre Sultani Makenga et Bosco Ntaganda remonte à 2009, avec l'arrestation du leader de la rébellion de l'époque, Laurent Nkunda, les divergences ont maintenant éclaté au grand jour. Sultani Makenga pense en effet qu'il est possible de renégocier les accords du 23 mars avec le gouvernement congolais au profit du M23. Il le pense et il le souhaite. Makenga estime que la stratégie du M23 pour "déstabiliser" le régime de Joseph Kabila ne peut s'opérer d'un seul coup. Il faut progresser "par étape", : accords après accords, batailles après batailles. Pour le courant Makenga, il faut signer un accord "a minima" avec Kabila, tout de suite, quitte à revenir à la charge dans quelques mois sur le terrain militaire. Bosco Ntaganda pense tout le contraire. Recherché par la Cour pénal internationale (CPI), Ntangada sait bien que Kinshasa veut l'arrêter, et que seule une victoire militaire sur Joseph Kabila peut le sauver d'une probable interpellation. "Jusqu'au boutiste", Bosco Ntaganda souhaitait donc de nouveau attaquer Goma pour faire plier le régime de Kinshasa et par la même occasion… sauver sa peau. Ni Makenga, ni Ntaganda ne veulent en effet se retrouver dans la peau de Laurent Nkunda, en janvier 2009, lorsque le Rwanda, après un brusque renversement d'alliance, décide de l'arrêter, pour le placer en résidence surveillée. Makenga comme Ntaganda ne font désormais plus confiance à leur allié rwandais, placé sous la surveillance de la communauté internationale.

Quand Kinshasa remet Rutshuru au M23

Pour ne pas devenir un futur Laurent Nkunda, Sultani Makenga semble vouloir jouer la carte de Kinshasa et de la communauté internationale. Selon l'analyste Kris Berwouts, Makenga serait prêt à signer un accord avec le gouvernement congolais. Les rumeurs vont également bon train autour de la volonté supposée du camp Makenga d'arrêter lui-même Bosco Ntaganda. Makenga pourrait ainsi s'attirer les bonnes grâces de Joseph Kabila, qui avait promis à la communauté internationale de l'arrêter. L'arrestation de Ntaganda par Makenga constituerait un deal "gagnant-gagnant" pour le leader rebelle, mais aussi pour le chef de l'Etat congolais en mal de reconnaissance internationale après sa réélection contestée de 2011. Une dernière information prouverait la relative "bonne entente" qui planerait entre Kinshasa et l'aile Makenga : le retour du M23… à Rutshuru. Car après avoir abandonné la ville pour se lancer à la poursuite de Runiga et Ntaganda, Rutshuru était tombé aux mains des FDLR pour finir par revenir à l'armée congolaise. Et aussi étrange que cela puisse paraître, Kinshasa (qui se bat depuis 8 mois pour chasser le M23 du Nord-Kivu) demande à son armée de remettre finalement la ville… aux rebelles du M23. La raison évoquée par le porte-parole de l 'armée congolaise est étonnante : "respecter l'entente conclue l’automne dernier entre les rebelles et le gouvernement". "Inadmissible" selon la société civile du Nord-Kivu qui croyait qu'en revenant à Rutshuru, l'armée régulière était venue restaurer l'autorité de l'Etat. Mais c'était sans compter le jeu de poker menteur qui se trame depuis plus de 15 ans dans les Kivus avec une même tactique : diviser les rébellions, signer la paix, intégrer un des groupes rivaux dans l'armée régulière… jusqu'à la prochaine guerre. Une visée à court terme qui dure depuis trop longtemps.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

MISE A JOUR : A Kampala, où le M23 négocie toujours avec le gouvernement congolais, la délégation rebelle modifie sa composition depuis la scission du mouvement. René Abandi devient le nouveau chef de la délégation du M23 et remplace François Rucogoza, resté fidèle à Bosco Ntagada. C.R

Photo : Sultani Makenga, commandant militaire du M23 - 2012 © DR

28 février 2013

RDC : M23, les raisons du clash

Le divorce est désormais consommé entre les partisans du chef militaire du M23, Sultani Makenga et le président de la rébellion, Jean-Marie Runiga. Le responsable politique du M23 a en effet été destitué aujourd'hui et aurait rejoint Bosco Ntaganda dans le parc des Virunga. Selon un porte-parole du M23, "les vrais CNDP reprennent la main sur le mouvement". Explications.

Image 1.pngEn début de semaine, de violents affrontements ont opposé deux factions de la rébellion M23 à Rutshuru, à l'Est de la République démocratique du Congo (RDC). Selon le gouvernement congolais, les combats aurait fait 17 morts. En cause les dissensions entre les proches de Sultani Makenga, commandant militaire du M23 et Jean-Marie Runiga, son représentant  politique. Ce matin, la rébellion a destitué Jean-Marie Runiga de son poste de président du M23 (voir le communiqué en français). Les événements de Rutshuru ne constituent que le point d'orgue de divergences plus anciennes entre les deux courants de la rébellion congolaise : pro-Makenga et pro-Ntaganda.

L'ombre de Laurent Nkunda

Depuis la création du M23 en avril 2012, deux courants se sont toujours fait face. On trouve d'abord, les CNDP "historiques", fidèles à Laurent Nkunda, aujourd'hui détenu en résidence surveillée au Rwanda depuis janvier 2009. Ce courant, qui est à l'origine du M23, est tenu par le chef militaire de la rébellion, le général Sultani Makenga. Dans son sillage : le gros de la troupe des ex-CNDP. Des militaires, comme Yusuf Mboneza, Claude Micho ou Bahati Mulomba, mais aussi des politiques, comme le député congolais Roger Lumbala, qui a rejoint récemment la rébellion.

Le "problème" Ntaganda

L'autre courant est composé de Bosco Ntaganda, l'ancien bras droit de Laurent Nkunda, qui a repris en main le CNDP après l'arrestation de son leader par Kigali. Pour les pro-Nkunda, Ntaganda a trahi "la cause" et son chef Nkunda, pour rejoindre "l'ennemi" : le camp du président Joseph Kabila. Bosco Ntaganda a ensuite été intégré à l'armée régulière congolaise au poste de général, avec une partie de ses hommes. Pour les pro-Nkunda, qui se retrouvent aujourd'hui autour de Sultani Makenga, Ntaganda n'a jamais fait partie du M23, même si la situation est plus complexe sur le terrain. La création du M23 en avril a notamment permis de "protéger" Bosco d'une possible arrestation par Kinshasa. Dans le sillage de Ntaganda, gravitent des militaires comme Baudouin Ngaruye, Innocent Zimurinda, Séraphin Mirindi ou Innocent Kabundi. Jean-Marie Runiga, le chef politique du M23 fait désormais partie du clan Ntaganda, depuis sa destitution aujourd'hui. Runiga aurait quitté Bunagana pour rejoindre les hommes de Ntangada dans le parc des Virunga.

"Runiga travaillait avec Bosco"

Selon Jean-Paul Epenge, le réprésentant du M23 en Europe, cette scission n'est pas une surprise. "Jean-Marie Runiga été placé à la tête de l'aile politique par consensus". "A la création de la rébellion en avril, nous avons essayé de représenter toutes les sensibilités au sein de notre  mouvement", nous explique ce membre du M23, "avec un seul commandement militaire, en la personne de Sultani Makenga". Selon Jean-Paul Epenge, "petit à petit, les proches de Makenga se sont rendus compte que Jean-Marie Runiga travaillait de plus en plus avec Bosco Ntangada. Au lieu d'unir notre mouvement, il a creusé un fossé entre nous." Le point de désaccord entre les deux courants se situerait au niveau des objectifs de la rébellion. Pour le responsable du M23 en Europe, "Runiga voulait renverser Joseph Kabila, alors que nous souhaitions simplement renégocier les accords du 23 mars 2009". Sur ce point, on peut noter que ces explications semblent "de circonstance" : le but étant de décrédibiliser au maximum Jean-Marie Runiga et Bosco Ntaganda aux yeux de la communauté internationale. Le message délivré par Jean-Paul Epenge étant clair : les pro-Makenga ne voudraient qu'une simple "redynamisation des accords du 23 mars", alors que les pro-Ntaganda ne souhaiteraient que la chute du régime de Kinshasa. La réalité est bien évidemment moins "binaire".

Runiga chez Ntaganda

Concernant les cause de la destitution de Jean-Marie Runiga et les combats entre factions à Rutshuru, Jean-Paul Epenge explique des différents sur la gestion financière du M23, mais aussi la "chasse aux sorcières" menée par Runiga pour placer des hommes proches de Ntaganda. Ce membre du M23 évoque également "des détournements de fonds destinés à Bosco". A la suite de ces "dysfonctionnements" (9 points auraient été reprochés à Jean-Marie Runiga), le M23 souhaitait qu'il démissionne de la présidence du mouvement. Mais Runiga refuse et la situation s'envenime. "Baudouin Ngaruye est venu le chercher à Bunagana et ils sont partis" explique Jean-Paul Epenge. "Mais ils sont relativement coincés, nous contrôlons tous les axes" précise t-il, "Runiga et Baudouin ne peuvent pas descendre vers Goma, il y a les FARDC, nous contrôlons la situation vers la frontière rwandaise et à Bunagana. Ce matin à 4h30, on m'a prévenu qu'ils sont dans le parc des Virunga et que certains militaires commençaient à les lâcher et à revenir".

Il y a bien clairement une crise de leadership au sein du M23, à la suite de la destitution de Jean-Marie Runiga. Un nouveau président politique du mouvement sera nommé très prochainement, vraisemblablement samedi lors d'une réunion du congrès du M23. En attendant, Sultani Makenga fait office de président par intérim de la rébellion. Selon Jean-Paul Epenge, "les vrais CNDP ont repris la main" sur le M23.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

25 février 2013

RDC : Guerre des chefs au M23 ?

De violents affrontements ont opposé dimanche soir deux courants de la rébellion du M23 à Rutshuru. Des rivalités sont apparus entre le général Sultani Makenga et son chef politique Jean-Marie Runiga, allié au général Bosco Ntaganda. En cause : des divergences sur la reprise d'une possible offensive militaire à Goma.

Capture d’écran 2013-02-25 à 23.27.44.pngQue s'est-il vraiment passé à Rutshuru dans la nuit du dimanche 24 au lundi 25 février 2013 dans le Nord-Kivu ? En début de soirée dimanche, les habitants de la ville entendent des détonations et des tirs d'armes légères. A l'hôpital de Rutshuru, lundi matin, on dénombre 10 morts et 2 blessés. Très rapidement, plusieurs sources parlent de combats entre deux factions du M23. La rébellion contrôle la ville depuis maintenant plusieurs mois. Ces affrontements auraient opposé les partisans du chef militaire du mouvement, le général Sultani Makenga à ceux de Jean-Marie Runiga, le représentant politique de la rébellion, proche du général Bosco Ntaganda. Derrière ces dissensions se joue le leadership du mouvement rebelle entre pro-Makenga et pro-Ntaganda.

Combats entre M23 ou attaque FDLR ?

Certains affirment que le malaise était déjà présent depuis quelque temps à Bunagana, une autre ville contrôlée par le M23, où Jean-Marie Runiga se serait vu privé de ses gardes du corps et de sa jeep de transport. Le malaise au sein de la rébellion porterait en fait sur la stratégie à adopter sur le terrain militaire. Alors que les négociations sont au point mort à Kampala entre la rébellion et le gouvernement congolais, les avis divergent sur la suite des événements. Bosco Ntaganda, recherché par la Cour pénal internationale et par Kinshasa, serait prêt à reprendre les armes, suivi par Jean-Marie Runiga, le chef politique. Makenga, le patron du M23 sur le terrain militaire, voudrait au contraire jouer l'apaisement (ou en tous les cas la montre) pour ne pas être accusé d'avoir relancé les hostilités avec Kinshasa. Le sujet aurait été discuté à Kigali la semaine dernière et Jean-Marie Runiga aurait alors été placé… en "résidence surveillée". Bonne ambiance à Bunagana ! Mais ce lundi, comme pour démentir toute tension au sein du M23, la rébellion a fait prendre un bain de foule à Jean-Marie Runiga en plein coeur de Bunagana. Concernant les affrontements de Rutshuru, le M23 dément aussi les combats entre factions rebelles. Les incidents armés de dimanche seraient en fait une attaque des FDLR, les rebelles hutus rwandais. La rébellion l'assure : tout va bien au M23. Info ou intox ?

Pro-Ntaganda contre pro-Makenga

Si tout n'est pas encore clair sur les événements de Rutshuru, les divergences au sein du mouvement rebelle ne sont pas nouvelles. Pour comprendre les rivalités au coeur du M23, il faut revenir un peu en arrière. En 2009, le leader rebelle s'appelle Laurent Nkunda. Il dirige alors le CNDP, dont le M23 n'est qu'un copié-collé. Sultani Makenga est un proche de Nkunda, mais Bosco Ntaganda aussi, il est alors son bras droit militaire. En janvier, un renversement d'alliance fait tomber Nkunda, arrêté son ancien allié rwandais. Ntaganda prend en main le CNDP et s'allie avec Kinshasa, l'ennemi d'hier. Makenga, qui n'appréciait pas Ntaganda, fini par le détester le qualifiant de "traître". Le M23 apparaît en avril 2012 avec déjà deux têtes : Makenga, chef militaire, et toujours Ntaganda, qui se revendique aussi du mouvement pour échappé à l'arrestation promise par Kinshasa et la Cour pénale internationale (CPI). Les deux frères ennemis se retrouvent désormais liés dans la même aventure, même si Makenga toujours nié que Ntaganda fasse partie du M23. Il y a donc maintenant une ligne : Ntaganda-Runiga et une autre ligne : Makenga-Nkunda, qui même "détenu" au Rwanda, n'attend qu'une chose, c'est de pouvoir revenir dans le jeu congolais.

Cette rivalité exposée au grand jour avec les combats fratricides de Rutshuru ajoute une incertitude supplémentaire quant à l'avenir du Nord-Kivu, avec au bout… la quasi certaine reprise du conflit.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Photo : Jean-Marie Runiga à Bunagana le 25 février 2013 © DR

24 février 2013

Accord-cadre (RDC) : 46 ONG exigent "des garanties"

Après la signature ce dimanche d'un accord régional pour tenter de ramener la paix à l'Est de la République démocratique du Congo, un collectif d'ONG espère que ce document recevra les garanties et "l'appui politique nécessaire". Ces ONG souhaitent également voir nommer "des Envoyés spéciaux et accroître l’implication régionale" dans le conflit congolais.

addis 2.pngCe dimanche à Addis-Abeba, plusieurs chefs africains ont signé un accord, sous l'égide de l'ONU, pour mettre fin au conflit meurtrier dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC). Ce accord régional prévoit "une révision stratégique" du mandat des casques bleus de la Monusco, mais aussi l'envoi d'une brigade d'intervention, dont la forme reste à préciser. L'accord appelle également les pays signataires "à ne pas tolérer ni porter assistance ou soutien à aucune forme de groupes armés". Le Rwanda et l'Ouganda sont particulièrement visés par cette disposition, ces deux pays étant accusés par plusieurs rapports de l'ONU de soutenir les rebelles du M23.

Pour un Envoyé spécial des Nations unies

A la suite de cette signature, 46 ONG congolaises et internationales (voir la liste) ont appelé les pays de la région, ainsi que leurs partenaires internationaux, "à garantir que l'accord-cadre pour la paix, recevra l'appui politique nécessaire pour mettre un terme à la guerre dans l'est de la RDC". Si le collectif salue ce document d'orientation, il suggère également que "l’accord sera vain sans des mesures spécifiques supplémentaires". Ces ONG souhaitent notamment "la nomination d’un ancien chef d’État en qualité d’Envoyé spécial des Nations Unies habilité à servir de médiateur au niveau national et régional ; l’intégration de la société civile congolaise et des principaux partenaires donateurs bilatéraux et multilatéraux de Kinshasa dans le mécanisme de surveillance national ; l’introduction d’une politique de conditionnalité basée sur des critères clairs et convenus et sur une collaboration véritable entre le gouvernement, les donateurs et la société civile".

"S'attaquer aux problèmes profond du Congo"

Le collectif met également l'accent sur les besoins de justice en RDC. "Les accords de paix précédents ont souvent fermé les yeux sur l’impunité, permettant aux criminels de guerre d’être intégrés dans les services de l’armée, la police et la sécurité", souligne le texte. Selon Federico Borello, directeur pour la région des Grands Lacs chez Humanity United, "il est impératif de s’attaquer une bonne fois pour toutes aux problèmes profonds du Congo que sont l’impunité, l’interférence régionale et la faiblesse de l’État. Sans cela, nous passerons à côté de notre meilleure chance de paix."

"Un espoir... mais"

Les 46 ONG souhaitent également que l’Union africaine, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) continuent "d’apporter leur soutien au processus". Une conférence de donateurs pour engager les ressources nécessaires doit être aussi organisé "afin de promouvoir la collaboration économique transfrontalière et la réforme en profondeur des institutions congolaises". Selon Jason Stearns, directeur du projet Usalama pour le Rift Valley Institute, "l’accord-cadre apporte de l’espoir, mais il exige un capital politique et financier considérable pour surmonter les intérêts bien enracinés".

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

23 février 2013

RDC : Une ONG confirme la détention au secret d'un officier

Le Comité des Observateurs des Droits de l’Homme (CODHO) dénonce une vague de répression politique à Kinshasa. L'ONG assure avoir les preuves de la détention illégale du capitaine Désiré Kobo Lisambo par les services de renseignements congolais.

carte RDC Afrikarabia vierge new modèle.jpgLe Comité des Observateurs des Droits de l’Homme (CODHO)  se dit préoccupé par ce qu'il considère comme "une vague de détentions illégales" dans la capitale de la République démocratique du Congo. L'ONG dénonce une "répression politique" qui toucherait actuellement les membres de l'ethnie Ngbandi de la province congolaise de l'Equateur. 

Selon le CODHO, le capitaine Désiré Kobo Lisambo (47 ans) a été enlevé le 11 février vers 14h par des militaires de la Prévôté militaire (PM) et des personnes en civils. Le capitaine Kobo Lisambo a été arrêté avec un cousin, Jean Kongbu, un civil.  Les deux hommes ont été menottés avant d'être amenés à l'Etat-major de la 11e région militaire de Kinshasa.

Jeudi 14 février, une délégation de CODHO est allée rencontrer les autorités  militaires de Kinshasa "pour s’enquérir des conditions et la légalité de la détention Désiré Kobo Lisambo et Jean Kongbu". Selon l'ONG, "rien n’a encore transpiré au sujet du motif de cet enlèvement, en violation de la Constitution". Le délai de garde à vue "se prolonge illégalement" et le CODHO s'inquiète "de la santé physique et psychologique de ces détenus dans cette détention au secret".

Sur les raisons de cette arrestation, le Comité des Observateurs des Droits de l’Homme signale que Désiré Kobo Lisambo et Jean Kongbu "sont des ressortissants de la province de l’Equateur". Le capitaine Lisambo est soupçonné d'être un partisan mobutiste. Ce militaire fait en effet partie des anciens officiers qui n'ont pas quitté la RDC (Zaïre à l'époque) après la chute du régime de Mobutu en 1997. L'Equateur a toujours été considéré par le pouvoir central comme une "province rebelle". En 2010, la rébellion de la tribu Enyele a fait douter Kinshasa, après la courte attaque de la vile de Mbandaka, la capitale provinciale de l'Equateur.

Le Comité des Observateurs des Droits de l’Homme demande "de mettre un terme aux actes de répression à caractères politiques et ethniques, notamment contre les ressortissants, civils et militaires de la province de l’Equateur". Mais aussi "de veiller à l’intégrité physique et la santé physique et psychologique des Désiré Kobo Lisambo et Jean Kongbu dans leur lieu de détention".

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

19 février 2013

Crise en RDC : La carte Sassou Nguesso

A Kinshasa, des voix s"élèvent pour demander une médiation internationale dans la crise politique congolaise et entamer enfin le dialogue national annoncé par Joseph Kabila. Denis Sassou Nguesso pourrait bien faire l'affaire.

Capture d’écran 2013-02-19 à 22.54.08.pngUn dialogue national pour débloquer l'impasse politique en République démocratique du Congo ? L'idée vient du président Joseph Kabila lui-même, lors de ses voeux à la nation. Mal réélu et affaibli après un cycle électoral calamiteux et le retour de la guerre à l'Est, Joseph Kabila a proposé un dialogue inter-congolais avec l'opposition et la société civile pour "recréer la cohésion nationale"  ou … "pour gagner du temps" dit-on chez ses détracteurs. Prévu avant la fin janvier, le dialogue annoncé par Joseph Kabila peine à se mettre en place. "C'est mal parti !" titrait il y a quelques jours la presse kinoise.

Un dialogue national mort-né ?

Pour faire simple ans cette histoire de dialogue national, tout le monde y va à reculons. A commencer par les proches du président, comme Pierre Lumbi. Le leader du MSR ne souhaite effectivement pas que ce débat tourne à la cacophonie et remette en cause la légitimité de Joseph Kabila. Du côté de l'UDPS, le premier parti d'opposition congolais, on refuse carrément de prendre part à la concertation nationale. Le parti d'Etienne Tshisekedi ne reconnaît tout simplement pas la légitimité du président Kabila. Pour l'UNC de Vital Kamerhe, arrivé en troisième position à la présidentielle, ce sont les  deux initiateurs du dialogue qui posent problème. Evariste Boshab et Aubin Minaku font en effet partie du premier cercle de la majorité présidentielle. Ils seraient juges et parties.

Un médiateur international

Devant autant de "bonnes" volonté, certains politiques proposent alors la désignation d'un médiateur international, comme Jean-Lucien Busa du MLC, le parti de l'opposant Jean-Pierre Bemba. Selon lui, "le chef de l’Etat et sa famille politique sont une partie du problème et ne peuvent pas, par conséquent, être les impulseurs de ce dialogue". Une ONG congolaise des droits de l'homme va même plus loin. Le Renadhoc se dit favorable à un dialogue national organisé "par une personnalité neutre qui encouragerait la participation des toutes les sensibilités politiques congolaises". Sur le site de Radio Okapi, Fernandez Murhola, le secrétaire exécutif de l'ONG, estime que "cela ne servirait à rien de faire un dialogue où il n’y aura pas Tshisekedi, Kamerhe ou Mosengwo. Si nous allons aujourd’hui au dialogue et que les trois premières forces de l’opposition ne participent pas, cela n’aura pas un impact". Selon lui, Denis Sassou Nguessou, le président du Congo voisin, ferait "un bon facilitateur" de par "sa maîtrise parfaite des tous les acteurs politiques de la RDC".

Le "joker" Sassou

Le nom de Denis Sassou Nguesso dans la crise congolaise n'est pas un hasard. Depuis plusieurs mois, le président du Congo-Brazzaville s'est mué en médiateur "tout-terrain" des causes perdues. Sur la crise centrafricaine de décembre 2012, Sassou est intervenu auprès du président Bozizé pour qu'il accepte de négocier avec les rebelles de la Séléka à Libreville. La rébellion était aux portes de Bangui, la capitale, proche de faire sauter le verrou de Damara. Si beaucoup doute de la pérennité des accords de Libreville, les discussions ont tout de même mis fin à l'offensive rebelle et ont permis au président Bozizé de sauver son fauteuil. Sur le dossier congolais, la situation est assez similaire. Joseph Kabila fait face aux rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, et peine à trouver une sortie de crise. Les négociations de Kampala piétinent et les rebelles menacent de reprendre la ville de Goma. Dans l'affaire congolaise, Sassou Nguesso a déjà avancé ses pièces depuis plusieurs mois : un rapprochement avec le rwandais Paul Kagame pendant l'été 2012, assorti d'échanges commerciaux, une rencontre avec Kabila en tête à tête et enfin une rencontre avec Kagame le 17 février 2013. Lorsque l'on sait que le Rwanda est accusé, notamment par les experts de l'ONU, de soutenir les rebelles du M23, on imagine que la situation au Nord-Kivu était au menu de la visite du président rwandais dans le village natal de Sassou Nguesso. Selon la formule consacrée, les deux présidents ont "réaffirmé leur volonté de contribuer positivement au retour de la paix dans le Nord-Kivu et la région des Grands Lacs". Paul Kagame a même estimé que "la paix dans la sous-région" était "indispensable". Cela ne veut évidemment pas dire que la Rwanda va brutalement changer sa politique régionale, mais cela donne surtout du crédit à l'hôte de la rencontre, Denis Sassou Nguesso.

Le rôle de Sassou dans le conflit au Nord-Kivu n'est évidemment pas dénué d'arrières pensées. En froid, depuis très longtemps avec Kabila, son rapprochement avec Kagame lui assure un certain leadership régional. Enfin, son rôle de médiateur, fait de lui un élément incontournable aux yeux des institutions régionales (CEEAC, CIRGL, UA… ) et de la communauté internationale... une sorte d'assurance-vie pour ce président qui n'échappe pas aux critiques (régime autoritaire, affaire de biens mal acquis… ). Un rôle de médiateur dans le cadre d'un dialogue politique en République démocratique du Congo ne déplairait certainement pas à Sassou Nguesso. Reste à savoir si Joseph Kabila acceptera de lui ouvrir les portes de son débat national.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Photo Maison blanche Laurence Jackson © Libre de droits

13 février 2013

RDC : "Pour un Etat de droit" au Congo

Après les élections contestées de novembre 2011 et la reprise du conflit dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), des acteurs politiques et associatifs congolais, des élus belges et français, des professeurs d'université s'inquiètent de la crise politique "qui fragilise les institutions congolaises". Dans un texte que nous publions, les signataires appellent à l'établissement "d'un Etat de droit" en RDC et avancent quelques pistes de réflexions.

Depuis 1996, la République Démocratique du Congo est le théâtre des affrontements meurtriers entre différentes factions. Nombreuses sont leurs conséquences : inexistence de l’État, menaces sur l’intangibilité des frontières nationales, déstabilisation de la région du Kivu, insécurité, crimes de guerre et crimes contre l’Humanité, violences sexuelles, enrôlement des enfants par des groupes armés, violations des droits fondamentaux de la personne humaine, impunité en faveur des criminels, ingérence des voisins dans les affaires intérieures... La crise politique, qui fragilise les institutions congolaises depuis les élections présidentielle et législatives du 28 novembre 2011, hypothèque davantage l’avenir des populations locales : plus de 6 millions de morts, plusieurs milliers de femmes et de filles violées, des milliers d’enfants enrôlés de force par des groupes armés, plus de 2,5 millions de personnes déplacées dans la seule région du Kivu et près de 500 000 Congolais réfugiés dans les pays voisins… Ainsi fragilise-t-elle la cohésion nationale, exposant de facto le Congo-Kinshasa aux visées expansionnistes de quelques pays limitrophes et aux pillages en tous genres.

Nous devons avoir à l’esprit que la paix dans la région des Grands Lacs et en Afrique centrale dépend, en grande partie, de la stabilité de la République Démocratique du Congo. Ainsi est-il urgent que la communauté internationale intervienne efficacement dans la mise en place des mécanismes idoines.

Sur la sécurisation de la région du Kivu, nous préconisons :
- la requalification du mandat de la Mission des Nations Unies pour la stabilité de la République Démocratique du Congo (Monusco), afin de lui permettre d’assister un État souverain qui est confronté aux problèmes à la fois internes et externes ;
- la présence, aux côtés des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), d’une force d’interposition sur la frontière orientale – ne contenant aucun pays présumé soutenir les éléments déstabilisateurs – composée soit de la Monusco, soit d’une force interafricaine, soit de l’Eurofor, soit de l’Africom ;
- l’externalisation des pourparlers de Kampala, le médiateur ne devant être à la fois juge et partie ;
- les condamnations des États voisins qui contribuent, d’une manière ou d’une autre, à la déstabilisation de la République Démocratique du Congo.

Sur les violations des droits fondamentaux de la personne humaine, nous demandons :
- l’arrestation et le jugement des auteurs de crimes de guerre et crimes contre l’Humanité par des tribunaux tant nationaux qu’internationaux ;
- l’assistance des victimes de dégâts, aussi bien directs que collatéraux ;
- le retour des personnes déplacées à l’intérieur du pays et celles qui sont déplacées au-delà des frontières nationales après un recensement avec l’aide de la Croix Rouge.

Sur la cohésion nationale, nous proposons :
- l’ouverture d’un dialogue inclusif et républicain, entre les différentes forces vives congolaises, sous la supervision de la communauté internationale ;
- la mise en place d’un gouvernement de salut publique en vue de l’organisation dans un délai raisonnable des élections crédibles et transparentes, auxquelles ne participera pas l’actuel Chef de l’État conformément à la Constitution, ainsi qu’en vue de la consolidation des institutions républicaines.

Sur la paix régionale, nous sommes favorables :
- aux concertations en vue de la gestion commune des ressources frontalières ;
- aux accords de non-agression, en vue de l’indépendance dans l’interdépendance.

Pour l’année 2013, compte tenu des valeurs universelles que nous partageons avec force et vigueur, nous souhaitons vivement que la République Démocratique du Congo devienne enfin un havre de Paix où règneront la Liberté, l’Égalité, la Sécurité et la Prospérité.

Les signataires : Gaspard-Hubert Lonsi Koko (Porte-parole du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo, Président d’Union du Congo, France), Albert Bourgi (Professeur d’université, France), Erika Cologon Hajaji (Journaliste, Sénégal), Emmanuel Ikabanga (Mouvement de Libération du Congo, France), Jean-Pierre Dozon (Anthropologue, directeur d’études à l’EHESS, France), Alexandre Leupin, (professeur et directeur de mondesfrancophones.com, États-Unis), Joël Asher Lévy-Cohen (Journaliste indépendant, Canada), Laurent Louis (Député fédéral, Belgique), Ferdinand Lufete (Coordonnateur de l’’Alliance pour le Développement et la République, France), Cynthia Mckinney, (ancienne Congressiste, ancienne Candidate du Parti Vert à l’élection présidentielle, États-Unis), Akli Mellouli (Adjoint au Maire de Bonneuil, France), Augustin Mukamba (Président de Troisième Force, Suisse), Marc Mvé Bekale (Maître de conférences, enseignant-chercheur, France), Lamine Ndaw (Conseiller municipal, France), Herman Nzeza Malungidi (Président de l’Alliance Nationale pour le Changement, Angleterre), Els Schelfhout (Sénatrice honoraire, Belgique).

11 février 2013

RDC - M23 : Accord sur les désaccords

Les impressions peuvent paraître trompeuses à Kampala, où la rébellion du M23 négocie avec le gouvernement congolais. Un texte vient en effet d'être signé entre les deux belligérants, mais les désaccords restent entiers.

Carte Zone M23 HRW 2012.jpgAprès deux mois de laborieuses discussions, un premier texte a été signé entre les rebelles du M23 et le gouvernement congolais. Les deux parties reconnaissent que l'accord de paix du 23 mars 2009 n'a pas été intégralement respecté. Le document paraphé fait partie de la première phase de négociation : le fameux accord du 23 mars 2009 entre la rébellion et le gouvernement congolais, dont le M23 réclame la totale application. Le texte signé à Kampala reconnaît que sur les 35 points de l'accord de 2009, 23 dispositions ont été "pleinement mises en oeuvre" et 12 ont été exécutées "de manière inadéquate ou n’ont pas été exécutées du tout". Chacun des camps fait mine d'avoir remporté une victoire : le M23 parce que le gouvernement reconnaît que l'accord n'a pas été intégralement appliqué et le gouvernement parce qu'au contraire une  partie des dispositions de l'accord à tout de même été mise en oeuvre.

Accord du 23 mars bis ?

Dans le document signé à Kampala en fin de semaine dernière (consultable ici en anglais), plusieurs éléments font craindre que certains points seront difficilement applicables. A commencer par l'intégration des soldats du M23 dans l'armée régulière. Selon le texte, tous les soldats rebelles devront être intégrés avec le grade de major dans l'armée nationale, puis être redéployés sur l'ensemble du territoire. Ce point constituait déjà le principal blocage des accords de 2009 : les rebelles refusaient de s'éloigner des Kivus où ils affirmaient défendre leur communauté menacée (rwandophone). Un accord du 23 mars "réchauffé", selon l'expression d'un membre du M23, serait inacceptable.

Mini-accord sans consistance ?

Autre point d'accroche : les chefs rebelles. Alors que l'on imagine mal Sultani Makenga revenir tranquillement au sein de l'armée régulière après 10 mois de rébellion, les autorités congolaises proposent tout simplement d'arrêter les commandants recherchés par des mandats nationaux ou internationaux. Une solution qui résout certes le problème du retour des chefs rebelles dans l'armée, mais qui sera (on n'en doute pas) rejetée par les principaux intéressés. On imagine difficilement Bosco Ntaganda, Sultani Makenga, Innocent Zimurinda ou Baudouin Ngaruye se rendre pour être jugés par la justice congolaise. Il semble donc peu probable qu'il y ait des avancées sur les accords du 23 mars. Quant aux trois autres points : les problématiques sécuritaires, politiques et sociales, le gouvernement estime depuis le début des négociations, que ces revendications sont illégitimes pour un groupe armé. Le M23 a en effet "élargi" ses revendications et demande aujourd'hui le départ du président Kabila, élu dans des conditions contestables en novembre 2011. Au mieux, les deux parties signeront à Kampala un mini-accord sans consistance, qui sera enterré au premier accrochage militaire sur le terrain. Au pire, rien ne sera signé et les armes parleront prochainement autour de Goma.

A contre-coeur

Depuis le début des pourparlers, il y a maintenant deux mois, la volonté de négocier ne s'est jamais vraiment manifestée, autant du côté gouvernemental, que du côté rebelle. Pressés par les chefs d'Etat de la région des Grands Lacs (CIRGL) de se mettre autour de la table, le M23 et le gouvernement congolais se sont sentis obligés de faire bonne figure et de tenter de s'accorder… en vain. Il a d'ailleurs fallu plus d'un mois pour se mettre s'accord sur le seul contenu des discussions… chacun y allant à contre-coeur, croyant embarrasser l'autre avec ses propres exigences. Pourtant, les deux camps croient pouvoir sortir gagnant des pourparlers de Kampala : le M23 pour s'être retiré de Goma et avoir "prouver sa bonne volonté de dialoguer" et Kinshasa pour avoir gagner un temps précieux en attend la force neutre de 4.000 homme qu'a décidé de mettre en place la SADC, les pays d'Afrique australe. En attendant, le M23 continue de préparer une possible reprise de Goma. Ses hommes sont à quelques kilomètres du centre de la capitale du Nord-Kivu, prêts à bondir de nouveau sur la ville.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Photo : carte de la zone sous contrôle des rebelles du M23 © HRW

05 février 2013

RDC : Les vérités sur le M23 de Joseph Kitenge Mulongoy

Dans une tribune publiée par Afrikarabia le 15 janvier 2013, intitulée "Pourquoi accuser le seul M23 ?", des intellectuels dénoncaient la "lecture partiale" et "réductrice" du conflit qui sévit actuellement dans l'Est de la République démocratique du Congo. Les signataires de la tribune considéraient que "s'acharner contre une seule rébellion" (le M23) ne fait qu'occulter le rôle des dizaines d'autres groupes armés. Le député congolais Joseph Kitenge Mulongoy a souhaité répondre à ce texte "erronné", selon lui, et "rétablir la vérité". Voici ses explications.

Afrikarabia logo V2.pngJe viens de lire, via le blog Afrikarabia, la correspondance que vous avez adressée à Son Excellence Monsieur le Secrétaire Général de l’ONU en rapport avec la situation qui prévaut à l’Est de la RDC, correspondance dans laquelle vous fustigez la mise en accusation de la seule rébellion du M23 par le rapport des experts de l’ONU (le texte de la tribune est accessible ici). Selon vous, il y a « acharnement contre une seule rébellion » alors qu’il y en a plusieurs (que vous énumérez) qui sont même plus anciennes que le M23. Vous mettez ainsi en cause l’impartialité des experts.

                                 Dans le souci de rétablir la vérité, permettez-moi de vous dire que votre lecture de la situation est erronée dans une bonne mesure.  Lorsque vous dites, je cite : « L’irruption du M23 sur la scène du drame congolais est postérieure à la présence de la Monusco et des groupes armés au Congo. Cela veut dire que le M23 est moins la cause qu’une simple conséquence d’une crise régionale aux multiples facettes » vous êtes tout à fait à coté de la plaque. La vérité, en effet, c’est que le M23 est une rébellion vieille de 14 ans révolus qui a commencé depuis 1998 ! En 1998 on l’appelait RCD, ensuite elle est devenue CNDP et aujourd’hui M23. Il vous suffit d’ailleurs de reconsidérer son appellation « M23 » qui se réfère aux accords du 23 mars 2009 entre le Gouvernement et la rébellion du CNDP pour comprendre sans équivoque que le M23 c’est bien le CNDP. Rien que par là il est erroné de parler aujourd’hui d’une « irruption » comme si le M23 venait de nulle part, alors qu’il est le CNDP rebaptisé.
Cela étant clarifié, il ne reste qu’à vous démontrer que le CNDP est lui-même le relais du RCD (rébellion née en 1998) et ensuite que le RCD est une création du Rwanda, pour vous amener à comprendre par déduction logique que le M23 c’est bien le RCD et que, de ce fait, il est une création du Rwanda. Vous comprendrez alors la pertinence du rapport des experts de l’ONU qui n’a pas mis les groupes armés que vous citez dans le même sac que le M23. Ces autres groupes armés, à l’exception du FDLR, LRA et ADF, ne sont que des mouvements de résistance nés en réponse aux exactions de ces rébellions pro rwandaises contre des civiles sans défense. Que le M23 soit considéré comme une organisation criminelle, cela est juste au regard des dégâts humains que cette rébellion engendre depuis 1998.

                                  Pour mieux appréhender cette situation qui, avouons-le, est très complexe, il faut remonter à 1996 lorsque, deux ans après le génocide rwandais de 1994, l’armée rwandaise escorte Monsieur Laurent Désiré Kabila au pouvoir à Kinshasa. A cette occasion, l’armée rwandaise s’est livrée à la chasse aux génocidaires dont la présence parmi les réfugiés rwandais dans les Kivus constituait une menace. Il s’est fait que dans leur traque des génocidaires hutus les soldats rwandais (presqu’exclusivement tutsis) ont commis des graves erreurs en tuant aussi des hutus congolais (morphologiquement semblables aux génocidaires). Puisque les soldats rwandais étaient seuls maîtres sur le terrain en sorte que personne ne pouvait venir en aide aux populations civiles des Kivus, celles-ci se sont constituées en groupes de résistances sous l’appellation commune de « Mayi-mayi ». Ce ne fut qu’à partir de ce moment que ce mot « Mayi-mayi » commença à être entendu et ce fut aussi le début du désordre dans les Kivus.
 
Ensuite, lorsqu’en 1998 le Président Laurent Désiré Kabila divorce brutalement d’avec l’armée rwandaise en l’accusant de (je cite) « vouloir dominer tout le monde », celle-ci se replie à Goma et commence une rébellion sous l’appellation de « RCD ». Profitant du fait qu’il existe en RDC des tutsis autochtones du Nord-Kivu, ces soldats rwandais devinrent tout simplement des rebelles congolais pour le compte du RCD. Cela radicalisa encore les Mayi-mayi si bien que, pour asseoir sa domination, la rébellion du RCD fut obligée de commettre des graves exactions contre la population civile que vous êtes sensés ne pas ignorer (le massacre de Kiwanja, le massacre de Makobola où plusieurs femmes furent enterrées vivantes, etc.).

A la faveur des accords inter congolais de Lusaka, puis ceux de Sun City, le RCD devint un parti politique et son chef politique devint un des 4 vice-présidents de la République. Il fut convenu que toutes les rebellions (RCD ainsi que le MLC qui opérait à l’Ouest du pays) déversent leurs armées au sein de l’armée nationale et, chose significative, que le commandement de l’armée de terre soit confié au RCD. Il y eut un semblant de paix qui nous a permis d’organiser un référendum constitutionnel et de mettre en place des institutions démocratiques à l’issue des élections générales de 2006. Nous étions alors engagés dans un grand chantier de reconstruction nationale, y compris celle de l’armée. Mais premier bémol : les soldats rwandophones (donc issus du RCD) refusent d’être brassés pour aller servir sous le drapeau dans d’autres provinces de la RDC !  Puisque les rebelles devaient intégrer l’armée et la police nationales avec leurs grades respectifs, la chaîne de commandement dans les Kivus se retrouva presqu’exclusivement sous contrôle des officiers issus du RCD. Dès cet instant, parler de l’armée et de la police nationales dans les Kivus c’est designer les « ex-rebelles » du RCD et donc, c’est designer en réalité l’armée rwandaise. Ce sont donc une FARDC et une PNC qui étaient loin de rassurer les populations civiles qui ne comprenaient pas comment les mêmes soldats étrangers qui les ont massacrées hier peuvent devenir des nationaux protecteurs du jour au lendemain. De l’autre coté « l’armée » et « la police » (hier RCD) demeurent sur le qui-vive face à une population dont ils sont certains qu’elle ne les porte pas, redoutant une attaque dans tout ce qui bouge. Dans ce climat de méfiance proche de la paranoïa de deux cotés, des soldats (ex-RCD) commettront encore beaucoup d’exactions. Ils se mutineront par la suite pour créer une deuxième  rébellion baptisée CNDP toujours sous le parrainage du Rwanda. En conséquence, les groupes Mayi-mayi reprendront aussi de plus belle, considérant les rebelles comme des « occupants ».

Si donc vous appelez ces groupes Mayi-mayi comme étant des rebellions c’est parce que vous êtes piégés par la stratégie de leurs adversaires. En effet, jusqu’aux accords de Sun City les Mayi-mayi combattaient l’occupant et oppresseur rwandais déguisé en « RCD ». Après Sun City ils combattent le même RCD mais qui devient l’Armée et la Police Nationales, et du coup ce sont eux qui passent pour des rebelles ! Lorsque plusieurs fois on a dit : « les Mayi-mayi ont attaqué les positions des FARDC » il faut bien comprendre que les Mayi-mayi ne voyaient pas les FARDC quoique arborant l’insigne du drapeau national ; ils voyaient plutôt (et à juste titre) les occupants RCD (ou CNDP). Car ceux que l’on voit aujourd’hui sous le label « FARDC » ce sont les mêmes qu’on voyait hier sous le label « RCD » ou « CNDP ».

L’autre astuce de Kigali qui piège vos éminences c’est que, depuis la première mutinerie des soldats pro rwandais (CNDP) un bon nombre d’entre eux restent systématiquement dans le camp du Gouvernement (FARDC). C’est encore le cas aujourd’hui avec le M23 où seule une partie de l’ex-CNDP s’est mutinée. Cela fait que lorsque le Gouvernement veut mener une offensive c’est avec les officiers et soldats de la « rébellion » qu’il concocte des plans pour combattre la rébellion. Vous comprenez à présent pourquoi le Gouvernement ne gagne pas de bataille contre les rebellions de l’Est et pourquoi, pour les groupes de résistance à l’Est, entre les rebelles (CNDP ou M23) d’une part et l’armée gouvernementale de l’autre, c’est comme « bonnet blanc » et « blanc bonnet ».

Il suffit que le Rwanda arrête de militariser l’Est de la RDC et que par conséquent le cycle des rébellions s’arrête, que les soldats congolais d’expression rwandophone acceptent de servir sous le drapeau sur l’ensemble de la RDC (2.345.000 km²), et le résultat sera la restauration de l’autorité de l’Etat. Aujourd’hui, du fait de ces yoyos des Kivus et de la tactique d’infiltration du corps de l’armée et de la police par des éléments à la vocation contraire au bienêtre des congolais, cette autorité de l’Etat est très érodée. Pour un pays doté d’aussi importantes ressources minières que la RDC, l’absence de cette autorité laisse un champ libre à la manifestation des convoitises affairistes dans un climat de chao et au mépris des lois.

S’il est légitime pour le Rwanda de se protéger contre les menaces des FDLR, les dirigeants rwandais devraient savoir que c’est avec une RDC stable et militairement efficace qu’ils pourront y parvenir ; pas seuls. En déstabilisant l’Est de la RDC tel que c’est le cas actuellement, le Rwanda ne fait que pérenniser et rendre plus insaisissable  le FDLR. La communauté internationale doit s’y impliquer très rapidement de peur que cette partie de notre pays ne devienne un espace vitale pour les terroristes que personne ne saura plus contrôler, même pas le Rwanda lui-même.

                                  Chers Messieurs et Dames,

                                  Après cette mise au point j’espère que vous adopterez dorénavant une attitude idoine. Personne ne menace les congolais d’expression rwandophone, contrairement à ce que vous prétextez dans votre correspondance. Dans l’histoire de notre pays certains de ces compatriotes ont occupé des très hautes fonctions comme celles du Directeur de Cabinet du Président de la République, d’autres des Sénateurs ou mandataires publics, sans que cela dérange qui que ce soit. Ce n’est pas parce qu’il y a eu génocide des tutsis au Rwanda que les tutsis de la RDC devraient revêtir un statut spécial. Ils sont citoyens au même titre que ceux des autres ethnies, et tous nous devons par conséquent être protégés par les mêmes lois et au même pied d’égalité.

Lorsque vous dites dans votre correspondance qu’une partie des terres rwandaises s’était retrouvée annexée au Congo à la faveur de la conférence de Berlin en 1885, nous comprenons que vous faites une introduction au plaidoyer du Rwanda qui a besoin de récupérer « son morceau ». Nous ne sommes pas dupes ; nous avons commencé à le comprendre dès l’instant où leurs marionnettes du CNDP avaient fait inscrire le découpage de la province du Nord Kivu en deux morceaux parmi leurs revendications du 23 mars 2009. C’est là la stratégie du Rwanda qui consiste à semer la terreur pour décourager nos esprits, à occuper le morceau convoité et à y infiltrer massivement les citoyens rwandais. En martelant sur les soi-disant messages de haine du Gouverneur du Nord-Kivu (sans faire aucunement allusion aux atrocités infligées aux civiles), nous vous voyons préparer l’opinion internationale à légitimer la demande du référendum d’autodétermination qui est la prochaine étape à venir.

Nous exigeons du respect de la part du Rwanda. Les lois internationales doivent être respectées aussi. Il n’y a pas qu’au Rwanda et en RDC où, à l’issue de la Conférence de Berlin de 1885, des ethnies se sont retrouvées à cheval sur deux frontières. Du reste, rien n’indique dans notre cas que c’est un morceau du Rwanda annexé au Congo et pas un morceau du Congo annexé au Rwanda. Tant qu’il y aura des tueries barbares à l’encontre de populations bantoues de l’Est, tant que leurs femmes et leurs filles seront impunément violées, c’est très injuste de leur dénier le droit de se défendre et de dénoncer leurs bourreaux. Il faut donc que les soldats rwandais retournent au Rwanda et que les soldats et policiers tutsis de la RDC acceptent de quitter l’Est pour aller servir le pays ailleurs (s’ils sont réellement congolais) afin de permettre que d’autres viennent assurer la sécurité des biens et des personnes, y compris des tutsis civiles comme ce fut le cas depuis toujours jusqu’en 1996.

Tout en vous remerciant de votre attention, je vous adresse mes salutations distinguées.

Pasteur KITENGE MULONGOY Joseph,
Député National de la RDC

03 février 2013

RDC : Les nouveaux rebelles du Sud-Kivu

Une nouvelle rébellion a vu le jour à Bukavu, dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC). L'Union des Forces Révolutionnaires du Congo (UFRC) se présente comme une coalition de 12 groupes rebelles avec pour objectif "le départ de  Joseph Kabila" et "la défense du territoire national". Qui sont-ils ? Portrait.

Capture d’écran 2013-02-03 à 22.04.49.pngLe retour de la guerre dans l'Est de la République démocratique du Congo, depuis l'apparition du M23 en avril 2012, a provoqué la multiplication de nombreux groupes rebelles ou d'auto-défense. Le dernier en date vient de se créer à Bukavu (Sud-Kivu) sous le nom  d'Union des Forces Révolutionnaires du Congo (UFRC). Il ne s'agit pas d'un mouvement armé supplémentaire, mais d'une coalition d'une douzaine de groupes déjà constituée.

Renverser Joseph Kabila

Les revendications de l'UFRC sont clairement orientées contre le régime de Joseph Kabila dont la réélection en novembre 2011 est toujours contestées. La coalition demande le départ du président Kabila, l'organisation "d'élections démocratiques", la création "d'organes nationaux de transition" et enfin "la réforme du système de défense et de sécurité". Ce mouvement assure être soutenu "par la Société civile" ainsi que "par d'autres formations politiques". (Voir la déclaration de l'UFRC envoyée aux Nations unies).

Contre la "balkanisation"

Dans la ligne de mire de cette coalition, il a bien sûr le conflit qui oppose la rébellion du M23 (soutenu par le Rwanda) et les autorités congolaises. Mais il y a surtout le rôle du voisin rwandais, une "puissance étrangère" accusée de vouloir "balkaniser" les deux Kivus (Nord et Sud) riches en minerais. Contacté par Afrikarabia, le colonel Maké Silubwe, un des responsables de la coalition, estime que l'UFRC "n'est pas un allié du M23". D'ailleurs une des raisons de la création de cette rébellion, est le nombre "trop important de rwandais" dans les FARDC, l'armée régulière congolaise. Selon Maké Silubwe, il y a "une trentaine d'officiers rwandais au sein des FARDC". On a donc bien compris que si l'UFRC est "anti-Kabila" comme le M23, la comparaison s'arrête là avec les rebelles du mouvement du 23 mars. Maké Silubwe prend la peine de préciser : "il n'y a aucun étranger dans notre mouvement… à la différence du M23".

En contact avec "Gédéon"

A la tête de l'UFRC, on trouve Gustave Bagayamukwe Tadji, le président du comité de coordination. Candidat malheureux à la députation, en novembre 2011 dans la ville de Bukavu, il avait fortement dénoncé la "non-conformité du scrutin". Le colonel Silubwe n'a pas souhaité nous donner un chiffre sur le nombre d'hommes que représente les 12 groupes armés membres de l'UFRC. Selon lui, l'ensemble des groupes armés de la province du Sud- Kivu serait désormais sous commandement de l'UFRC. La coalition regroupe les Raïa Mutomboki dans les territoires de Shabunda, Mwenga et Kalehe ainsi que les Maï-Maï de Bunyakiri, Kalehe, Walikale, Masisi et Lubero. Maké Silubwe nous a ensuite affirmé que son mouvement était en connexion avec le groupe de Kyunga Mutanga, alias Gédéon, un chef rebelle qui sévit au Nord du Katanga, la province voisine. "Gédéon ne fait pas partie de l'UFRC, mais nous sommes en contact et poursuivons le même objectif, le départ de Joseph Kabila" a précisé le colonel Silubwe. Toujours selon ce responsable de l'UFRC, "si on regroupe notre coalition avec les autres groupes rebelles du Nord-Kivu (M23 excepté, ndlr), on arriverait à un chiffre total de 20.000 hommes". Un chiffre bien sûr invérifiable.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Photo : Gustave Bagayamukwe Tadji en campagne électorale en 2011 © DR

2012 : Année noire en RDC

Dans son rapport mondial annuel, Human Rights Watch (HRW) revient sur les faits marquants de l'année 2012 en République démocratique du Congo (RDC). Elections truquées, atteintes aux droits de l'homme, exactions, crimes de guerre, viols de masse, justice sélective… le constat est accablant.

Capture d’écran 2013-02-03 à 15.55.44.pngLe portrait de la République démocratique du Congo dressé par l'ONG Human Rights Watch dans son rapport sur l'année 2012 est particulièrement sombre. Les élections frauduleuses, fin 2011, suivies de violences post-électorales, ainsi que la reprise de la guerre à l'Est du pays entre le M23 et l'armée régulière, ont profondément dégradé la situation des droits de l'homme au Congo.

Violences électorales

Les élections présidentielles et législatives de novembre 2011 ont été entachées de nombreuses irrégularités et des soupçons de fraudes massives. Si le président Kabila a été déclaré vainqueur du scrutin, les observateurs internationaux ont dénoncé "le manque de transparence et de crédibilité" du processus électoral.

Human Rights Watch affirme que "les pires violences liées se sont produites dans la capitale, Kinshasa, où au moins 57 partisans ou sympathisants présumés de l'opposition ont été tués par les forces de sécurité, en grande partie par la Garde républicaine de Kabila". L'ONG a recueilli des informations crédibles faisant état "de près de 150 personnes tuées pendant cette période, dont les corps auraient été jetés dans le fleuve Congo, dans des fosses communes dans les banlieues de Kinshasa, ou dans des morgues loin du centre-ville. Des dizaines de personnes accusées de s'opposer à Kabila ont été arrêtées arbitrairement par les soldats de la Garde républicaine et la police. Un grand nombre ont été placées dans des centres de détention illégaux où elles ont été maltraitées et certaines ont été tuées".

Le M23 au banc des accusés

Les rebelles du M23, en lutte contre les autorités congolaises et l'armée régulière (FARDC), sont également la cible de l'ONG. Human Rights Watch dénonce le recrutement forcé "d'au moins 149 personnes, dont au moins 48 enfants, dans le territoire de Masisi, province du Nord-Kivu, en avril et mai 2012" par les troupes du rebelles Bosco Ntaganda. HRW accuse également le Rwanda voisin pour son aide au M23, "notamment dans la planification et le commandement des opérations militaires et la fourniture d'armes et de munitions". Et de préciser : "au moins 600 jeunes hommes et garçons ont été recrutés de force ou sous de faux prétextes au Rwanda pour rejoindre la rébellion". Le Rwanda a toujours nié ces accusations et le M23 s'est également défendu des attaques d'Human Rights Watch en remettant en cause les conditions dans lesquelles ont été recueillis ces témoignages. La rébellion a plusieurs fois demandé à la communauté internationale et aux ONG de venir contrôler la situation des droits de l'homme dans les zones qu'elle administre... en vain.

Human Rights Watch persiste et signe en rappelant que lors de la prise des villes de Goma et Sake par les rebelles, "les combattants du M23 ont commis des crimes de guerre généralisés, notamment des exécutions sommaires, des viols et le recrutement d'enfants : au moins 33 nouvelles recrues et d'autres combattants du M23 ont été exécutés alors qu'ils tentaient de fuir". Toujours selon HRW, des journalistes et des militants des droits de l'homme qui ont rendu compte des exactions du M23 "ont reçu des menaces de mort". "Des combattants du M23 ont tenté de violer une militante des droits humains dans le territoire de Rutshuru et lui ont dit qu'ils l’avaient prise pour cible en raison de son travail. Quand elle a essayé de s'enfuir, ils lui ont tiré dans la jambe", accuse l'ONG.

FDLR, Maï-Maï, LRA… and Co

Le M23 n'a pas le monopole des exactions en République démocratique du Congo. Les Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR), un groupe rebelle en majorité hutu rwandais dont certains membres ont pris part au génocide de 1994 au Rwanda, ainsi que d'autres groupes armés congolais, "ont augmenté leurs activités militaires, en profitant de la montée des tensions ethniques et du vide sécuritaire créé par la focalisation de l'armée sur le M23", souligne Human Rights Watch. Les groupes d'auto-défense congolais Maï-Maï ont également commis de nombreuses exactions, comme les Raï Mutomboki. "Des centaines de civils ont été tués dans les territoires de Masisi, Walikale, Kalehe et Shabunda dans le Nord et Sud-Kivu", dans des combats entre Raïa Mutomboki, FDLR et alliés congolais. HRW précise que "le M23 a cherché à s'allier avec certains des autres groupes armés, en leur fournissant un soutien périodique ou continu".

L’Armée de résistance du Seigneur (LRA), de l'ougandais Joseph Kony,  continue de semer la terreur dans le Nord-Est de la République démocratique du Congo. Human Rights Watch signale "273 attaques de la LRA entre octobre 2011 et octobre 2012, au cours desquelles au moins 52 civils ont été tués et 741 autres enlevés".

Justice fantôme

L'ONG pointe également le manque d'impartialité de la justice congolaise, accusée d'être une simple courroie de transmission du régime de Kinshasa. Le procès des assassins du militant des droits de l'homme, Floribert Chebeya et de son chauffeur Fidèle Bazana, est emblématique des carences de la justice congolaise. Si quatre policiers ont été condamnés à mort et un autre à la réclusion à perpétuité, le général John Numbi, ancien chef de police et impliqué dans l'assassinat, "n'a pas été arrêté et n’a apparemment pas fait l’objet d’une véritable enquête", dénonce le rapport d'HRW. Mais l'affaire Chebeya n'est pas la seule. Le 2 décembre 2011, les autorités judiciaires ont ouvert une enquête sur les violences électorales du 26 et du 28 novembre 2011. Un an plus tard, l'enquête n'a toujours pas avancé.

Human Rights Watch revient aussi sur le cas de Bosco Ntaganda, un des chefs rebelles du M23, accusé d'utiliser des enfants-soldats dans ses troupes. La Cour pénale internationale (CPI) est toujours à sa recherche, et la RDC ne l'a toujours pas arrêté.

Pressions américaines

La dernière partie de l'état des lieux d'Human Rights Watch en RDC est consacré à la communauté internationale. L'ONG rappelle le déploiement américain, en 2011, de 100 membres des forces spéciales dans la région pour lutter contre la LRA. Mais également la mise en place de la loi Dodd-Frank pour endiguer le commerce de minerais de guerre, en provenance de la RDC. Deux initiatives louables, mais qui peinent à prouver leur efficacité. HRW rappelle que les Etats-unis "suspendaient pour la deuxième année le financement militaire étranger, en raison de la continuation par l'armée du recrutement et de l'utilisation d'enfants soldats". Et d'annoncer que  l'administration américaine avait également annoncé qu'elle "ne formerait pas un second bataillon de l'armée jusqu'à ce que la RD Congo ait signé un plan d'action de l'ONU pour mettre fin à l'utilisation d'enfants soldats".

Un acteur essentiel n'est pas mentionné dans ce rapport d'HRW. Il s'agit de la Monusco, la mission des Nations unies au Congo. Sous le feu des critiques pour son inaction, la Monusco, forte de 17.000 hommes (dont un peu plus de 5.000 dans les Kivus), peine à trouver sa place dans le conflit. Accusée de suppléer une armée congolaise défaillante et qui n'est pas exempt d'exactions sur la population civile, l'ONU est en quête de solutions pour reprendre la main sur le terrain. Une force d'intervention rapide est à l'étude. Mais ils sont peu nombreux à croire à son efficacité… voir à sa réalité.

Avenir sombre

2013 sera-t-elle une meilleure année pour les Congolais ? Pas si sûr. Les premières ébauches de négociations à Kampala, entre le M23 et le gouvernement, sont au point mort. La majorité des observateurs doutent d'un quelconque accord en Ouganda et misent plutôt sur une reprise des hostilités autour de Goma, où plus au Sud, vers Bukavu, où la tension s'est brusquement accrue. Un nouveau mouvement rebelle a d'ailleurs vu le jour au Sud-Kivu : l'UFRC (Union des Forces Révolutionnaires du Congo). Cette coalition, présidée par Gustave Bagayamukwe Tadji, souhaite l'organisation d'"élections démocratiques" et promet qu'elle va "diriger prochainement" la province "en attendant la démission effective du régime actuel". 2013 commence bien mal.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Photo : Kinshasa © Ch. Rigaud - www.afrikarabia.com

01 février 2013

RDC : "La violence se déplace" vers le Sud-Kivu, selon le CICR

Depuis le retrait des rebelles du M23 de la ville de Goma, fin novembre 2012, un calme précaire règne autour de la capitale du Nord-Kivu. Selon le Comité international de la Croix Rouge (CICR), «plusieurs dizaines de milliers familles déplacées continuent de souffrir» et «la violence s'est propagée» pour gagner Bukavu et le Katanga.

filtre DSC02375.jpgPendant que la rébellion du M23 et le gouvernement congolais tentent de négocier à Kampala, la situation sécuritaire reste fragile dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC). Selon le CICR la population civile continue de payer un lourd tribut au conflit qui oppose les multiples groupes armés et l'armée régulière. «Que ce soit dans la région du Masisi au Nord-Kivu, où les affrontements entre militaires et groupes armés ont continué, ou dans le Katanga où la violence est toujours présente, de nombreuses personnes, craignant pour leur sécurité, ont été forcées de se déplacer. Des actes de violence à l’égard de la population, pillages, rackets, etc., ont également été commis», explique Franz Rauchenstein, le chef de la délégation du CICR en République démocratique du Congo.

Si la situation reste calme autour de la ville de Goma, depuis le retrait des rebelles du M23, l'insécurité s'est déplacée et gagne désormais le Sud-Kivu, relativement épargné jusque là. Selon Laetitia Courtois, chef de la sous-délégation du CICR de la province, «on observe aujourd'hui un regain d'hostilités entre groupes armés. Les combats se rapprochent de plus en plus de la ville de Bukavu, et des zones très reculées, comme les territoires de Kalehe, au nord de Bukavu, et de Walungu / Shabunda, au sud-ouest, sont également touchées par les affrontements.»

Au Katanga, un peu plus au Sud, la situation «se dégrade», selon le CICR. La violence augmente et les déplacements de populations aussi. Dans la localité de Bunkeya au nord de Likasi, la Croix-Rouge de la RDC «a distribué des articles de première nécessité (casseroles, houes, bâches, habits) à plus de 850 personnes déplacées par les violences plus au nord, dans le territoire de Mitwaba. Mais ces familles ont dû fuir à nouveau en raison d'affrontements à Bunkeya.»

Alors que les négociations de Kampala entre M23 et gouvernement congolais sont toujours dans l'impasse, de nombreux observateurs internationaux craignent le retour des combats à l'Est, avec un risque d'embrasement au Sud-Kivu, au Katanga, mais aussi au plus au Nord, dans le Masisi et en Ituri. Une crainte qui correspond aux inquiétudes du CICR dans ces zones.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Photo © Ch. Rigaud - www.afrikarabia.com

RDC : Le M23 cherche de nouveaux alliés

Alors que la possibilité d'un accord s'éloigne entre les rebelles du M23 et le gouvernement congolais, de nouveaux acteurs font leur entrée dans le conflit du Kivu : l'Afrique du Sud, la Tanzanie et le Congo-Brazzaville. Le M23 compte sur ces  pays pour contraindre Kinshasa au compromis politique.

filtre DSC04014.jpgLes deux discours sont toujours irréconciliables. La rébellion du M23 demande un changement de régime à Kinshasa, assorti du départ du président Joseph Kabila, alors que le gouvernement congolais refuse toute "négociation politique" et attend l'arrivée d'une hypothétique force internationale neutre (FIN). Mais au mini-sommet de l'Union africaine ce week-end à Addis-Abeba, la création d'une force neutre s'est peu à peu éloignée… Aucun accord n'a été signé. "Questions de procédures",  selon Ban Ki-moon, le patron de l'ONU. En cause : les contours de la force neutre. L'ONU veut l'intégrer au sein de la Monusco, la mission des Nations unies en RDC. Mais la Tanzanie et l'Afrique du sud, susceptibles d'alimenter cette force, refusent. Selon la SADC, l'organisation régionale, dont l'Afrique du Sud et la Tanzanie sont membres, ces pays préféreraient avoir "les mains libres" et "piloter seuls" la force neutre. Résultats : Kinshasa n'est pas prêt de voir une telle force venir s'interposer à l'Est de la RDC entre l'armée congolaise et les rebelles du M23.

L'option sud africaine

Un projet de force neutre qui s'éloigne… et le M23 qui reprend confiance. L'abandon provisoire de cette force est un coup dur pour les autorités congolaises, mais constitue une occasion en or pour la rébellion de se chercher de nouveaux alliés. Une délégation rebelle, avec le député congolais Roger Lumbala à sa tête, aurait décidé de se rendre dans la capitale sud africaine. Accompagné d'Antipas Mbuasa Nyamwisi, ancien ministre des affaires étrangères et de Deogracias Bugera, ancien proche de Laurent Désiré Kabila, Roger Lumbala serait venu défendre la cause du M23 auprès des autorités sud africaines. Prétoria n'a pas été choisie au hasard par les rebelles congolais. L'Afrique du Sud est l'un des poids lourds du continent et a joué, par le passé, plusieurs fois le rôle de médiateur. L'accord de 2002, signé à Sun City, institua le fameux "1+4" (1 président et 4 vices présidents) et a permis d'amorcer une période de transition politique. L'Afrique du sud pourrait constituer un "allié" important du M23 pour les mois suivants, qui s'annoncent délicats… surtout si les événements venaient à mal tourner du côté du Goma. La capitale provinciale du Nord-Kivu est toujours à portée de fusils des rebelles, qui campent à Munigi… à moins de 5 km du centre-ville.

Sassou à la manoeuvre

Après l'Afrique du Sud, la Tanzanie, absente un temps sur le plan régional, chercherait  à revenir sur le devant de la scène. Le conflit congolais constituerait une excellente "opportunité" de jouer un rôle régional majeur dans la crise des Grands Lacs. Mais la surprise pourrait venir du Congo-Brazzavile, qui se verrait bien "indispensable" dans un certain nombre de crises, comme la Centrafrique, où Sassou Nguesso à joué les facilitateurs "à poigne" entre Bozizé et la Séléka. L'arrivée de Sassou Nguesso dans le dossier congolais est intervenue en deux temps. Très "distant" avec le président Kabila, il s'est d'abord rapproché de Paul Kagame, le président rwandais, accusé de soutenir les rebelles du M23. En août 2012, alors que le Kivu s'enflammait de nouveau, avec l'offensive du M23 sur l'armée régulière, Sassou et Kagame mettaient en place des "axes de coopérations prioritaires" dans le tourisme, le transport (lignes aériennes), l'environnement et l'habitat. Du côté de Kinshasa, les commentateurs trouvaient cette manoeuvre diplomatique "un peu suspecte" en des temps si troublés. Après une brève rencontre avec le président Kabila, le 19 janvier dernier, Sassou Nguesso, laissé entendre qu'il pourrait organiser "une rencontre à trois", avec Paul Kagame, Joseph Kabila et lui-même, pour "résoudre efficacement la crise sécuritaire" en RDC. Sassou souhaite une sortie de crise "négociée" entre les deux parties et il est fort à parier qu'après l'Afrique du Sud et la Tanzanie, une délégation du M23 débarque à Brazzaville pour plaider sa cause.

L'échec annoncé de Kampala risque donc de donné lieu à un scénario en deux actes : tout d'abord une reprise des affrontements autour de Goma et Bukavu et ensuite, un second round de négociations, où, en plus du Rwanda et de l'Ouganda, on risque de retrouver l'Afrique du Sud, la Tanzanie et le Congo-Brazzaville à la manoeuvre. Mais attention, il n'y aura pas de place pour tout le monde.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Photo © Ch. Rigaud - www.afrikarabia.com

29 janvier 2013

RDC : Décentralisation à haut risque au Katanga

Adoptée en 2006 dans la constitution, la décentralisation tarde toujours à se concrétiser en République démocratique du Congo. En visite dans la bouillonnante province du Katanga, le ministre le l'intérieur a affirmé que la décentralisation se fera "au rythme de chaque province". Une formule "à la carte" pour tenter de rassurer les Katangais, partagés entre l'envie d'autonomie et la crainte d'éclatement de leur riche province.

filtre Katanga DSC02227.jpgAu Katanga, Richard Muyej, le ministre de l'intérieur congolais, marche sur des oeufs. Ici, certains Katangais voient d'un très mauvais oeil le redécoupage provinciale proposé par la constitution de 2006… et toujours pas en vigueur. Le texte prévoit le passage de 11 à 26 provinces. Ce nouveau découpage territorial permettrait aux provinces d'acquérir "une autonomie de gestion en conservant 40 % de leurs recettes" afin de gérer une fonction publique provinciale, des programmes miniers et forestiers et des investissements en infrastructures. L’article 2 de la constitution stipule également que les 26 provinces pourraient être "redécoupées et réunifiées, selon la volonté du peuple"... d'où une certaine inquiétude chez certains Katangais.

Le "Katanga utile"

Le sujet de la décentralisation est particulièrement sensible au Katanga, partagé entre zones minières riches au Sud et agricoles pauvres au Nord. L'actuel Katanga pourrait être morcelé en 4 territoires distincts :  le Haut-Katanga, le Haut-Lomami, le Tanganyika et le Lualaba. Les Katangais du Nord craignent d'être les laissés pour compte du Sud, le "Katanga utile". A la tête de l'Assemblée provinciale, le turbulent Gabriel Kyungu, plaide lui pour un fédéralisme "assumé". Avec son parti, l'Unafec, le patron de la province prône un Katanga "fort" et plus "autonome". Ses opposants  l'accusent de vouloir renouveler les velléités sécessionnistes de 1960 et de vouloir "balkaniser" la RDC. Pour seule réponse, Gabriel Kyungu a lancé un pétition en faveur du fédéralisme depuis l'été 2012. Son objectif : 100.000 signatures pour faire bouger le pouvoir central. Il en aurait recueilli pour le moment 53.000.

Indépendantistes en embuscade

Véritable serpent de mer en République démocratique du Congo, la décentralisation constitue pourtant l'une des solutions pour sortir le pays des crises à répétition : Nord et Sud-Kivu, Ituri, Equateur, Bas-Congo et… Katanga. Comme pour marquer le passage du ministre de l'intérieur à Lubumbashi, la capitale katangaise, un groupe de miliciens Maï-Maï nommé "Bakata Katanga" a réclamer mardi 29 janvier "l'indépendance de la province". Cette milice sème la terreur depuis plusieurs semaines parmi l'ethnie luba et s'en prend également aux forces de sécurité congolaises. Dimanche 27 janvier, la chefferie de Kikondja situé dans le territoire de Bukama a été le théâtre de violences provoquées par les "indépendantistes" katangais. Bilan : 4 morts côté Maï-Maï et un policier blessé.

D'autres milices sont également actives depuis plusieurs mois au Katanga. Début 2012, le retour de Kyunga Mutanga, alias Gédéon, a sèmé la peur au Katanga. Ce seigneur de guerre avait été condamné à la peine capitale pour crimes contre l’humanité par la justice congolaise. Emprisonné depuis 2006, Gédéon s'est évadé en septembre 2011 de la prison de Lubumbashi… en plein jour. Depuis, l'enquête est au point mort et un vent de panique souffle au Nord-Katanga... On comprend donc pourquoi Kinshasa tarde à mettre en place son nouveau redécoupage provinciale, de peur qu'une partie de son territoire ne lui échappe. Au Nord-Kivu, la rébellion du M23, le lui rappelle tous les jours.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Photo : Lubumbashi © Ch. Rigaud www.afrikarabia.com

26 janvier 2013

RDC : Exit la Monusco ?

La création d'une force internationale neutre signifiera-t-elle la fin de la mission des casques bleus dans l'Est de la République démocratique du Congo ? Les pays de la région, réunis au sein de la SADC et de la CIRGL, viennent de demander le remplacement de la Monusco par une force africaine. Une proposition qui pourrait sonner le glas des casques bleus en RDC.

ONU filtre1.jpgCoup dur pour la Monusco. Critiquée pour son inefficacité, la mission de l'ONU au Congo est depuis quelques semaines la cible des pays africains de la région. Les ministres de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) et de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), proposent à l'Union africaine (UA), de remplacer la Monusco par des troupes africaines. La raison avancée :  l'échec de la mission de l'ONU dans l'Est de la RDC, en proie à des conflits chroniques et son incapacité  à protéger les populations civile.

La Monusco sur la sellette

La charge anti-Monusco est signée par le général Aronda Nyakairima, le ministre ougandais de la Défense. "Nous recommandons que l'Afrique prenne le relais de la Monusco", a précisé le général à  une agence de presse chinoise. Selon lui, "les forces africaines peuvent mieux faire que les forces internationales qui viennent de l'extérieur et qui ne ne savent pas ce qu'elles font". Une critique qui tombe après que certains membres de l'ONU se déclarent "contre l'idée de déployer une force internationale neutre pour combattre les forces négatives" en République démocratique du Congo. Ces membres proposaient une "simple" intégration de la force neutre à la Monusco. Proposition inacceptable pour le général ougandais Nyakairima.

1,5 milliards de dollars… pour rien !

Depuis plusieurs mois, pour ne pas dire plusieurs années, les casques bleus sont l'objet de nombreuses critiques. La récente prise de la ville Goma par les rebelles du M23 constitue "la goutte d'eau qui a fait déborder le vase". Pour Godefroid Kä Mana, du pole Institut, sur le site radiozones.com, la mission des Nations unies est coûteuse (1,5 milliard de dollars) pour un résultat inexistant. "Quand le M23 est entré dans la ville de Goma", raconte-t-il, "j'ai beaucoup aimé la justification de l'inertie de la Monusco. Un responsable de l'ONU expliquait qu'ils étaient à Goma pour protéger la population et il n'a pas vu le M23 s'attaquer à la population ! Le deuxième argument était de dire que la Monusco est une force de soutien et d'appui à l'armée congolaise, mais le problème était que l'armée congolaise avait disparu ! ".

Des casques bleus "bunkerisés"

La demande de la SADC et de la CIRGL de remplacer la Monusco par des troupes africaines s'explique par 2 raisons.  La première est strictement militaire. Les pays africains estiment, à juste titre, que les troupes "asiatiques" basées à l'Est, venant du Pakistan, de l'Inde ou du Bangladesh, sont inefficaces… et le seront toujours. "Peu impliqués", "refusant de prendre le moindre risque", ces troupes, bunkerisées dans leurs bases du Kivu, n'interviennent que rarement et sont accusés par la population de laisser commettre des exactions "sous leurs propres yeux" et "sans bouger". Si ce constat n'est pas "politiquement correct", la majorité des observateurs le partage. Godefroid Kä Mana, du pole Institut, explique qu'il comprend ces soldats qui souhaitent avant tout "revenir vivants" de leur mission au Congo. La SADC affirme pouvoir venir dans les Kivus avec des troupes plus "motivées" (parce qu'africaines ?) et donc plus "offensives" face aux groupes armés.

Problème africain : solutions africaines ?

La deuxième raison qui justifierai le remplacement de la Monusco par des troupes africaines est "historique". Depuis une dizaine d'année, on assiste en Afrique, à un désengagement progressif de l'ONU et plus largement des troupes occidentales sur le terrain militaire (le Mali étant l'exception qui confirme la règle). Le "sens de l'histoire" voudrait que, petit à petit, les conflits africains soient réglés par les institutions africaines (Union africaine et institutions régionales, CEDEO, SADC, CIRGL… ). A ce propos, le responsable d'International Crisis Group en Afrique centrale, Thierry Vircoulon, nous l'avait expliqué sur Afrikarabia, en précisant que ce "scénario" avait été mis en place il y a 10 ans, "lorsque l'Organisation de l'union africaine est devenue l'Union africaine (UA)" (voir son interview).

Pas de "zone franche" dans les Kivus

La constitution d'une force neutre dans la région des Kivus n'est cependant pas sans risque. Comme le souligne, l'essayiste Gaspard-Hubert Lonsi Koko, "il ne faudrait surtout pas tomber dans le piège qui consiste à installer, à travers cette force internationale neutre, une « zone franche », laquelle préfigurera à court terme la mise en place d’un futur État autonome". Les Congolais, toujours très inquiets sur le risque de "balkanisation" de l'Est du pays par le M23 et leurs alliés rwandais et ougandais, restent donc plutôt septiques sur la mise en place d'une telle force. Quand aux rebelles du M23, la création, très "hypothétique", de cette force, reste pour le moment "une fiction". Car, si le contours de cette force neutre commence à se dessiner, son financement et sa mise en place sera longue. Un spécialiste militaire de la région, nous confiait : "il faudrait 2 ans pour constituer une force efficace dans la région !".

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Photo : L'ONU en RDC © Ch. Rigaud www.afrikarabia.com

24 janvier 2013

RDC-M23 : "Un compromis est possible" pour Rucogoza

Le chef de la délégation du M23 calme le jeu à Kampala. Dans une interview exclusive accordée à Afrikarabia, François Rucogoza espère signer un accord avec le gouvernement congolais. Malgré les blocages sur les questions politiques, la rébellion souhaite pouvoir aborder toutes ses revendications avec Kinshasa. Le M23 vient de demander au président ougandais Museveni de jouer les arbitres.

Capture d’écran 2013-01-24 à 00.20.00.png- Afrikarabia : Les tensions sont vives à Kampala entre le M23 et le gouvernement congolais. Les désaccords sont nombreux, notamment sur les questions de politique intérieur. Le facilitateur ougandais, Crispus Kiyonga, a refusé que ces négociations remettent en cause la légitimité du président Kabila. Vous souhaitez le récuser ?

- François Rucogoza : Le récuser ? Non, je ne crois pas. Il y a eu une petite contradiction sur un point de l'ordre du jour (les questions politiques, ndlr), mais je ne crois pas qu'on va le récuser. Nous avons demandé à la facilitation d'informer notre médiateur, le président Museveni, pour que l'on puisse faire quelques précisions. Nous avons sollicité une audience au président ougandais.

- Afrikarabia : On sait que ce sont les revendications politiques et constitutionnelles qui bloquent pour le moment.

- François Rucogoza : C'est vraiment très contradictoire, puisque nous avons déjà signé ces points à l'ordre du jour avec le gouvernement et la facilitation. Le premier point était les accords du 23 mars 2009, le deuxième point, les questions de sécurité et le troisième point  concerne les questions politiques. Nous devons donc "vider" les questions politiques, sociales et économiques avec le gouvernement congolais. Personne ne peut donc nous empêcher de dire ce que nous pensons des problèmes du Congo. Nous devons trouver des pistes de solutions à tous les problèmes du Congo.

- Afrikarabia : Lorsqu'un membre de la délégation du M23, Roger Lumbala, déclare sur RFI, qu'il souhaite le départ de Joseph Kabila, vous le suivez sur cette revendication ?

- François Rucogoza : Nous sommes dans des négociations, il y a donc des revendications. Nous devons discuter de cela avec la partie gouvernementale. Mais c'est évident qu'il y a des souhaits et des questions politiques qui se posent. Nous devons examiner le problème des élections contestées de novembre 2011, la "vérité des urnes"…. Si le président doit partir, il partira, si le président doit rester, il restera, mais nous devons examiner la question et trouver un compromis.

- Afrikarabia : Lorsque vous parlez de compromis, est-ce qu'un gouvernement de transition, à l'image de ce qui s'est passé en Centrafrique, est envisageable ?

- François Rucogoza : Oui, toutes les solutions sont possibles. Mais nous devons déjà respecter ce que nous avons signer dans l'ordre du jour. On va ensuite débattre et essayer de trouver un compromis. Mais attention, si nous ne pouvons discuter des questions politiques… cela n'ira pas. Toutes les questions doivent être abordés.

- Afrikarabia : On parle de dissensions au sein du M23 entre les politiques et les militaires, qui sont de plus en plus impatients.

- François Rucogoza : Non pas du tout. Nous sommes un mouvement qui est extrêmement bien organisé et structuré. Si des gens croient à cela... ils se trompent beaucoup.

- Afrikarabia : Si le blocage continue. Si le gouvernement congolais ne veut pas discuter des problèmes de politiques intérieurs avec vous, êtes-vous prêts à reprendre les armes et pourquoi pas la ville de Goma ?

- François Rucogoza : Ce n'est pas notre souhait. Nous avons toujours dit, même avant la prise de Goma, que nous voulions un compromis  pacifique. Nous avons toujours voulu discuter avec le gouvernement. Si le gouvernement refuse les voix pacifiques de la négociation… alors les mêmes causes produiront les mêmes effets. Vous avez bien vu que nous avons décrété un cessez-le-feu unilatéral pour laisser une place au dialogue.

- Afrikarabia : On attend dans la région la mise en place une force internationale neutre de 3.000 hommes à l'Est de la RDC. Vous redoutez son arrivée ?

- François Rucogoza : Pas du tout ! C'est une force neutre par rapport à quoi ? Nous sommes avec nos frères congolais en train de dialoguer. Nous avons privilégié ce processus pacifique. Si d'autres choisissent une voix belliqueuse, nous serons en droit de répondre et de se défendre. Mais je ne vois pas comment une force étrangère peut venir traquer une organisation qui est en train de discuter avec un gouvernement.

- Afrikarabia : Vous savez que beaucoup de Congolais redoutent une "balkanisation" de l'Est de la RDC. L'autonomie des Kivus est-il l'un de vos objectifs ?

- François Rucogoza : La "Balkanisation" par rapport à quoi ? Roger Lumbala, qui est avec nous, vient du Kasaï (une province du centre du pays, ndlr). Notre organisation est Congolaise et notre mouvement est national. Tout cela, c'est de la manipulation politique qui n'a pas de sens.

- Afrikarabia : Vous souhaitez toujours que l'opposition politique congolaise vous rejoignent ?

- François Rucogoza : Ce n'est pas seulement l'opposition, mais c'est aussi la diaspora. Nous devons résoudre les problèmes ensemble. Toutes les forces vives de la RDC doivent se retrouver autour de la table.

- Afrikarabia : Vous avez des contacts avec l'UDPS d'Etienne Tshisekedi ou l'UNC de Vital Kamerhe ?

- François Rucogoza : Pas seulement eux… avec tout le monde ! Les problèmes du Congo doivent être résolus avec tous les Congolais.

- Afrikarabia : Vous pensez pouvoir signer un accord à Kampala avec les autorités congolaises ?

- François Rucogoza : Oui, nous devons signer un accord à Kampala avec le gouvernement congolais. Mais pas uniquement par rapport au seul conflit du Nord-Kivu, par rapport aussi aux problèmes nationaux.

Propos recueillis par Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Photo : François Rucogoza à Kampala © DR

20 janvier 2013

RDC : "Deux opposants enlevés" selon la Démocratie Chrétienne

Un parti d'opposition de République démocratique du Congo dénonce l'enlèvement de deux membres de la Démocratie Chrétienne (DC), dans la nuit du 17 au 18 janvier 2013. Verdict Nkoba Mituntia et Stallone Katumba François auraient été embarqués par des hommes en armes et conduits "vers une destination inconnue", selon le mouvement politique. Ces deux opposants  préparaient une manifestation du parti, prévue ce samedi à Kinshasa.

220px-Logo-Démocratie_Chrétienne_2006.GIFUn communiqué de la Démocratie Chrétienne (DC), le parti de l'opposant Diomi Ndongala, a annoncé ce samedi, l'arrestation de deux de ses membres. Selon Marc Mawete, le porte-parole du mouvement, Verdict Nkoba Mituntia et Stallone Katumba François auraient été arrêtés en pleine nuit, à leurs domiciles, par des hommes en armes. Toujours selon le parti d'opposition, Verdict Nkoba Mituntia, responsable de la communication du parti, aurait été enlevé dans la nuit du 17 au 18 janvier 2013 par des hommes de la Police militaire et d'autres hommes en civil, dans sa résidence de l'avenue Buta à Kinshasa.

Le second, Stallone Katumba François, responsable de la jeunesse de la DC et de la Majorité présidentielle populaire (MPP) aurait été enlevé la même nuit. Les deux hommes préparaient pour le lendemain, samedi 19 janvier, une manifestation du parti. La Démocratie Chrétienne rappelle que depuis le 27 juin 2012, les membres ce parti font l'objet "d'arrestations arbitraires de la part des services de sécurité". A cette date, plusieurs militants du mouvement de Diomi Ndongala, "avaient été arrêtés et conduits au camp Lufungula", puis "enfermés pendant une semaine".

Le même jour, c'était au tour du leader du mouvement, Diomi Ndongala, d'être "enlevé et tenu au secret pendant 100 jours" par différents services de sécurité congolais. Les autorités congolaises avait maintenu pendant toute l'affaire que Diomi Ndongala s'était enfui "pour échapper à une accusation de viol sur mineure". Diomi Ndongala avait toujours démenti ces allégations et accusait le régime de Kinshasa de vouloir "se débarrasser d'un opposant politique".

En octobre 2012, trois membres de la Démocratie Chrétienne avaient également été enlevés à proximité du siège du parti, sur la commune de la Gombe, à Kinshasa. Héritier Kazadi, Jean-Paul Mabondo et Jean-Claude Yongo Kasele sont restés "30 jours au secret, dans les cellules de l'ANR", les services de renseignements congolais.

Le parti, qui s'estime la cible d'attaques politiques, dénonce une véritable "chasse aux sorcières" de la part du régime du président Joseph Kabila et la volonté d'éliminer les "tshisekedistes", les partisans d'Etienne Tshisekedi. La DC accuse enfoin le pouvoir de détenir une "liste noire" des opposants à museler. Notamment des personnalités comme José Makila ou Joseph Olenghakoy. Les autorités congolaises ont toujours fermement récusé ces allégations.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

RDC : Menaces sur 2 avocats de l'affaire Chebeya

L'association des droits de l'homme congolaise, la Voix des Sans Voix (VSV), s'inquiète des menaces et des intimidations qui pèsent sur Jean-Marie Kabengela Ilunga et Peter Ngomo Milambo. Ces deux avocats représentent les parties civiles dans le  très "politique" procès de l'assassinat de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana.

Capture d’écran 2013-01-19 à 17.42.21.pngLa Voix des Sans Voix lance un appel à l'aide. Selon cette ONG congolaise, deux avocats faisant partie du collectif qui assistent les parties civiles dans le procès sur l’assassinat des défenseurs des droits humains, Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, seraient en danger. Les deux avocats feraient l'objet de menaces, d'intimidations et de harcèlements. La Voix des Sans Voix se dit très préoccupée pour leur sécurité… et leur vie.

Pour l'association congolaise, Me Jean-Marie Kabengela Ilunga a fait l’objet "d’une attaque verbale par le Ministère public représenté par le Colonel Likulia, lors d’une audience du procès sur l’assassinat des défenseurs des droits de l’homme Floribert Chebeya Bahizire et Fidèle Bazana Edadi". La Voix des Sans Voix (VSV) explique que cette "attaque fait suite à la demande adressée par ce dernier à la Haute  Cour Militaire (HCM) de prendre en compte le témoignage du major Paul Milambwe, fugitif et témoin oculaire qui a assisté" au meurtre de Floribert Chebeya. Me Jean Marie Kabengela Ilunga reçoit depuis octobre 2012, sur son téléphone des appels de menaces de mort avec des numéros téléphoniques "difficiles à rappeler, des messages sans texte, des appels sans que l’émetteur parle…".
 
Autre menace, une lettre envoyée par le premier président de la Cour Militaire de Kinshasa-Gombe, le colonel Masungi, le 20 décembre 2012, au bâtonnier de Me Jean Marie Kabengela Ilunga pour "une action disciplinaire contre lui". Le motif est "d’avoir été absent à une audience des affaires des militaires de l’Equateur". Motifs non fondés, selon l'avocat.
 
Pour Me Peter Ngomo Milambo, les menaces sont semblables, d'après la VSV. Cet avocat défend Me Firmin Yangambi, Président de l’ONG « Paix sur Terre » et deux autres co-détenus, accusés depuis 2009, de tentative d’organisation du mouvement insurrectionnel et détention illégale d’armes. Peter Ngomo Milambo a reçu le 9 janvier 2013 un appel téléphonique émis par un numéro masqué d’une personne refusant de s’identifier. L’avocat a été "menacé de mort" et on lui a signifié que son habitation "était bien connue pour mise en exécution de ces menaces". L'ONG explique qu'il est reproché à Me Peter Ngomo "d’avoir accordé une interview sur les antennes de Radio France Internationale (RFI)". Il lui a été demandé "d’arrêter d’exposer le pays sur RFI". Ces deux avocats défendent également d'autres personnes poursuivies pour "motifs politiques", notamment "des opposants et les personnes accusées d’insurrection".

La Voix des Sans Voix s'inquiète de ces menaces répétées et demandent aux autorités congolaises "de garantir la sécurité, l’intégrité physique et la liberté de ces avocats pour leur permettre d’exercer librement leur profession".

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

19 janvier 2013

RDC : M23 et gouvernement d'accords... sur rien

Les désaccords apparaissent au grand jour entre les rebelles du M23 et le gouvernement congolais. La rébellion a avancé mercredi une longue liste de  revendications... immédiatement rejetées par la délégation congolaise. Plusieurs analystes craignent que l'échec prévisible de tout accord ne fasse reparler les armes au Kivu.

2Image 1.pngLes premières phases de négociations ont démarré péniblement mercredi 16 janvier entre le M23 et Kinshasa. Après plus d'un mois de discussions sur l'ordre du jour des pourparlers, les deux parties ont pu exposer enfin  leurs points de vue sur la crise dans l'Est de la RDC. Pour l'instant, les négociations tournent au dialogue de sourds.

Une amnistie des faits de guerre
 
Dans le "cahier des charges" présenté par le M23, les rebelles insistent tout d'abord sur les concessions qu'ils ont accordé aux chefs d'Etat de la région (CIRGL) en stoppant leur avancée, en se retirant de la ville de Goma et en acceptant le "dialogue avec le gouvernement". Le premier point d'achoppement concerne l'accord que 23 mars, signé par l'ancienne rébellion du CNDP avec Kinshasa. Le M23 estime qu'il n'a pas été respecté et demande entre autre : "la reconnaissance des grades" de ses troupes au sein de l'armée régulière, "l'ouverture de la frontière de Bunagana", "l'amnistie générale pour faits de guerre", "la libération des détenus politiques", "la création d'une police de proximité" et "l'organisation d'une commission d'enquête sur les biens mal acquis par les officiers militaires". La rébellion exige enfin, une rémunération "régulière et décente des militaires, policiers et agents de l'Etat".

Un gouvernement de transition

Sur le plan politique, le M23 dénonce "la volonté délibérée du régime de Kinshasa de ne pas organiser les élections aux niveaux local", la "non-effectivité de la décentralisation" et la "xénophobie et la discrimination ethnique". Concernant les élections contestées de novembre 2011, les rebelles accusent le pouvoir en place de "fraudes massives" et d'avoir créé une Commission électorale non-indépendante (CENI), trop proche du parti présidentiel, alors que la Constitution recommandait une "personnalité apolitique". Le M23 souhaite donc "l'annulation des élections", "la dissolution du Sénat" et des "assemblées provinciales" et la mise en place d'un "Conseil National de Transition Congolais (CNTC)". Selon les rebelles, un nouveau gouvernement de transition devra être nommé.

Concernant l'économie, le M23 demande "la création d’une commission mixte pour évaluer tous les contrats (miniers, forestiers et pétroliers) et le cas échéant les revisiter", ainsi que "l’annulation de l’ordonnance-loi interdisant l’exploitation et l’exportation de matières précieuses à l’Est de la RDC".

Pas de Conférence Nationale Souveraine bis

Si les revendications catégorielles des militaires du M23 peuvent trouver "un certain écho" côté gouvernemental, il est clair que le reste des exigences politiques de la rébellion semblent "difficiles à satisfaire" pour Kinshasa. La réponse des autorités congolaises faite aux rebelles souligne le fossé qui s'est désormais creusé entre les deux parties. Le gouvernement rappelle tout d'abord que les preuves de bonne volonté du M23 restent limitées. Les rebelles devaient en effet se retirer "à au moins 20 km au Nord de Goma", "ce qu'il n'a toujours pas fait", souligne le texte. Le gouvernement observe une fin de non recevoir sur les revendications politiques du M23. Pour Kinshasa, "ce dialogue ne peut pas se transformer en une Conférence Nationale Souveraine ou en un Dialogue Inter-congolais bis". Et de préciser :  "il ne peut pas non plus aspirer à devenir un forum pour aborder et résoudre tous les problèmes du pays". Kinshasa ferme également la porte au "Conseil National de Transition" proposé par les rebelles.

Des FDLR au sein du M23 ?

Sur les accords du 23 mars, le gouvernement se demande en quoi ces revendications "sont suffisantes pour justifier une rébellion armée" et accuse "certains membres du CNDP" d'avoir violés les accords. Kinshasa accuse également les rebelles d'avoir maintenus "des administrations parallèles dans le territoire de Masisi et (des) commandements parallèles dans l’armée". Le gouvernement dénonce aussi "la présence dans les rangs du M23 (...) d'éléments FDLR démobilisés" et des combattants de l'aile Mandefu du même groupe. Concernant l'intégration des milices dans l'armée "avec des grades actualisés", les autorités congolaise estime ce procédé "destructurant". Et de conclure : "on ne peut vouloir une chose et son contraire. Le M23 ne peut donc en appeler à une réforme de l’armée et demander en même temps que lui soient appliquées des mesures exceptionnelles à l’efficacité à tous égards douteuses".

Sur les revendications politiques, "la quasi-totalité des missions d’observation avaient noté que ces irrégularités n’étaient pas de nature à compromettre les résultats de l’élection présidentielle" précise le gouvernement. Un argument pas tout à fait juste, puisque le Centre Carter avait déclaré les résultats "non crédibles". Concernant la réforme de la CENI, Kinshasa affirme qu'elle est "en cours de réalisation". Là encore, on peut ajouter un bémol sur cette affirmation : le "ripolinage" de la Commission est encore très "limité".

Irréconciliables

On le voit à la lecture des deux documents, les désaccords sont nombreux entre le M23 et le gouvernement congolais. Certains connaisseurs du dossier congolais n'hésitent pas à qualifier les deux parties "d'irréconciliables". Les revendications des rebelles se sont fortement élargies au cours du conflit, qui a débuté en avril 2012. Les exigences de la rébellion se multipliaient à mesure que le M23 progressait sur le terrain militaire. Il y a donc peu de chance que Kinshasa accepte, ce qui lui semble inacceptable pour l'instant : "partager le pouvoir avec les rebelles". Côté rébellion, on voit mal comment le M23 pourrait se contenter de simples accords "corporatistes" concernant ses troupes. Un connaisseur de la région me confiait qu'il voyait mal Sultani Makenga, le chef militaire du M23, réintégrer "comme si de rien n'était" l'armée régulière après la signature d'hypothétiques accords.

Pas de "2009 réchauffé"

Le temps est aujourd'hui à la méfiance. Le M23 craint que Kinshasa ne cherche qu'à gagner un peu temps, en attendant les "renforts" militaires de la force internationale neutre, qui doit se mettre en place prochainement. Un membre du M23 me confiait son pessimisme concernant la possibilité d'un accord et craignait simplement du "2009 réchauffé". Les rebelles ne se font guère d'illusion et un expert prévoit un inévitable retour au "rapport de force". Entendez : le retour de la guerre au Kivu et une possible reprise de Goma par les rebelles.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Photo : Le complexe hôtelier ougandais où se tiennent les négociations à Kampala © DR

15 janvier 2013

Kivu (RDC) : "Pourquoi accuser le seul M23 ?"

Des écrivains, artistes, chercheurs et professeurs des universités interpellent le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki Moon sur la situation dans l'Est du Congo. Dans une lettre ouverte que nous publions, ces intellectuels dénoncent une "lecture partiale" et "réductrice" du conflit qui sévit dans les Kivus. S'ils reconnaissent "la nécessité d'une attitude ferme vis à vis du M23" et du Rwanda, accusé de soutenir les rebelles, ils considèrent que "s'acharner contre une seule rébellion" ne fait qu'occulter le rôle des dizaines d'autres groupes armés.

Capture d’écran 2013-01-15 à 21.03.13.pngMonsieur le Secrétaire général,

Nous, écrivains, artistes, chercheurs et professeurs des universités, qui suivons de près la situation dans l’Est du Congo, avons décidé, par la présente, de nous adresser directement à vous sur une question dont dépendent la sécurité et le mieux-être de millions d’hommes et de femmes mais aussi la stabilité de toute la région des Grands Lacs et, plus largement, du continent africain.

Nous souhaitons avant tout, par notre geste, attirer votre attention sur une lecture que nous jugeons partiale et réductrice de la situation actuelle dans cette partie de l'Afrique. Une telle lecture est aujourd’hui imposée par les rapports de certains experts internationaux adeptes du « single-issue », consistant à faire fi de la complexité d’un phénomène pour en donner une explication unique et forcément simpliste. L’enquêteur principal Steve Hege et son équipe, que vous avez nommés, ont ainsi choisi d’accabler dans leurs conclusions le seul M23, pendant que d’autres mouvements rebelles opérationnels depuis 1994 et extrêmement nuisibles sont soit oubliés, soit passés sous silence pour des raisons qui nous inquiètent et nous interpellent. Cette interprétation orientée, porteuse de tous les dangers, est condamnée à être contre-productive en l’absence d’une vision globale du problème congolais, prenant en compte toutes ses ramifications politiques, économiques et socioculturelles. Nous ne comprenons pas que ces enquêteurs aient choisi d’ignorer l’existence des groupes armés- en particulier, et de manière très significative, des FDLR - responsables d’un chaos sanglant à l’Est du Congo. Nous vous invitons aussi à prendre au sérieux, à la différence de vos prédécesseurs jusqu’en 1994,les signes avant-coureurs d’un embrasement général de la région et, chose tout aussi troublante, les incitations publiques à la haine et au massacre des populations congolaises d’expression kinyarwanda.

Monsieur le Secrétaire général,
Nous apprécions à sa juste valeur le choix de l’ONU de s’investir dans la stabilité du Congo à travers plusieurs missions. Il ne fait aucun doute que ses différentes opérations ont été d’une grande aide pour les populations congolaises sans défense. Nous n’en pensons pas moins qu’il ne sert à rien de traiter les effets d’une politique au lieu de s’attaquer aux causes réelles du mal. Il est temps que ce peuple, victime hier d’une exploitation coloniale féroce et, depuis l’indépendance, de la voracité des compagnies occidentales, chinoises et sud-africaines et de régimes tyranniques et prédateurs, puisse jouir des droits que seul peut lui garantir un Etat digne de ce nom. En effet si le Congo, ce pays aussi étendu que toute l’Europe occidentale et aux ressources naturelles quasi inépuisables, est aujourd’hui sans armée ni Etat, ce n’est pas la faute du Rwanda encore profondément traumatisé par un des pires génocides du vingtième siècle et faisant toujours face à la menace que font peser sur sa sécurité des génocidaires bien décidés à « finir le travail » entamé en avril 1994. Notre conviction est que si le Congo, qui aurait dû être le géant de l’Afrique en est le ventre mou, c’est aussi parce qu’il ne s’est jamais résolu à faire l’inventaire d’expériences coloniale et néocoloniale particulièrement dévastatrices. Il est impérieux pour ce grand peuple de méditer un moment-clé de son histoire, le meurtre de Patrice Lumumba qu’il n’en finit pas d’expier puisqu’il a balisé le chemin du pouvoir à Mobutu Sese Seko. Et chacun sait avec quelle rapacité ce dernier a mis son pays à genoux pendant trente-deux longues années, en complicité avec des puissances étrangères, avant de le laisser complètement exsangue à sa chute.

Monsieur le Secrétaire général,
Nous reconnaissons la nécessité d’une attitude ferme vis-à-vis du M23, et d’une mise en garde responsable de tous les pays frontaliers du Congo, dont le Rwanda, pour qu’ils s’abstiennent de tout appui à cette nouvelle rébellion qui risque d’embraser, une fois de plus, la région et de plonger ses habitants dans d’effroyables souffrances. Nous avons toutefois du mal à accepter la logique sélective de ceux qui s’acharnent contre une rébellion récente pour mieux occulter le rôle dans le conflit de plusieurs groupes criminels, bien plus anciens et actifs, qui ont recours à une violence ouverte et massive. Ce silence témoigne à notre avis d’un choix délibéré d’induire l’opinion internationale en erreur. Voilà pourquoi nous tenons à rappeler que plusieurs rébellions opèrent dans le Sud-Kivu, le Nord-Kivu et le Maniema. Oxfam et 41 ONG congolaises en ont dressé la liste dans un récent rapport. Il s’agit de :
ADF : Alliance des Forces Démocratiques;
APCLS : Alliance des Patriotes pour un Congo Libre et Souverain;
FRPI : Force des Résistances Patriotiques en Ituri;
FDLR : Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda;
LRA : Armée de résistance du Seigneur;
M23 : Mouvement du 23 mars;
Nyatura, rébellion Hutu ;
Sheka, rébellion Nyange ;
Mayi-Mayi Yakutumba, rébellion Bembe contre la communauté Banyamulenge;
Raïa Mutomboki, rébellion Rega et Tembo
UPCP : Union des Patriotes Congolais pour la Paix;
(Source: « 164 OXFAM briefing paper, November 2012. Commodities of war.
Communities speak out on the true cost of conflict in Eastern DRC, p.22»)

En plus des violences commises par les soldats gouvernementaux et les groupes armés cités plus haut contre les populations congolaises, « les preuves récemment recueillies par Oxfam, dans le cadre d’une enquête impliquant plus de 1300 personnes, dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, et dans la province orientale, montrent que les soldats de l’armée nationale et les autorités civiles y compris la police, ainsi que les groupes rebelles, se battent pour le monopole de l’extorsion des biens et de l’argent des communautés locales». Il est fondamental de souligner qu’à l’exception probable du M23, tous les groupes armés opérant dans les trois régions du Kivu sont hostiles au Rwanda et aux Congolais rwandophones. Ils constituent aussi un danger certain pour la stabilité du Congo. En outre, certaines de ces rebellions menacent d’autres pays de la région. C'est le cas notamment du FNL (Front national de Libération), rébellion burundaise active dans la plaine de la Ruzizi et de deux groupes ougandais, la LRA et l’ADF, ciblant particulièrement le régime de Kampala. Aucun de ces faits pourtant lourds de sens n’est mentionné dans ces rapports très contestés et qui ont surtout contribué à jeter de l’huile sur le feu. Ce faisant, ils se sont étrangement éloignés de toute possibilité de solution concertée. Bref, ils ont découragé le dialogue initié par des pays africains de la région des Grands Lacs et alimenté la méfiance entre communautés congolaises de l’Est et entre le Congo et le Rwanda. Cette lecture tronquée, relayée par la presse internationale et locale congolaise ainsi
que par les organisations des droits de l’homme, pourrait elle-même très vite générer de nouvelles violences.

Il est difficile pour un esprit rationnel de se faire à l’idée que le destin de millions d’humains puisse à ce point être tributaire des états d’âme d’un expert qui, aussi talentueux soit-il, n’est pas à l’abri de ses propres passions, voire de ses a priori idéologiques. Il apparaît très clairement que dans ce cas précis on a instrumentalisé l’appareil des Nations-Unies pour régler des comptes avec le gouvernement rwandais. Il est surprenant et inacceptable que l’ONU ait placé à la tête d’un groupe d’enquêteurs un homme qui s’est toujours montré en fin de compte si « compréhensif » à l’égard des Forces démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) Ce mouvement rebelle, constitué des vestiges de l'armée et des milices Interahamwe qui ont commis le génocide contre les Tutsi du Rwanda en 1994, s’est enrichi de nouvelles recrues dans les régions congolaises qu’il occupe depuis plusieurs années. Il continue à y commettre impunément des atrocités inouïes et, pour financer ses opérations militaires, en exploite les minerais en toute illégalité. Il les revend sur le marché international et il serait intéressant de savoir qui sont ses clients.

Monsieur le Secrétaire général,
L’ONU savait-elle au moment de la nomination de Steve Hege qu’il est l’auteur de
« Understanding the FDLR in DR Congo », texte dans lequel il s’employait déjà à réhabiliter cette organisation génocidaire, présentée comme l’émanation d’un groupe de réfugiés aux revendications légitimes ? Agacé et attristé par plusieurs tentatives de rapprochement entre les gouvernements du Congo et du Rwanda, il avouait craindre que ce processus ne marginalise le FDLR qui, écrivait-il, « se sent profondément trahi par les Congolais ».

Il s’exprimait ainsi au moment même où le président Barack Obama, alors sénateur, adressait une lettre de protestation à Condoleezza Rice, la Secrétaire d’Etat de l’époque à propos des violences sexuelles contre les femmes congolaises. Permettez-nous d’en reprendre à votre intention le passage que voici : “ Les criminels – constitués de militaires congolais sans foi ni loi, de milices locales et d’anciens miliciens Hutu ayant trouvé refuge dans les forêts du Congo après avoir participé au génocide rwandais de 1994 – ont réussi à financer et entretenir des conflits armés en exploitant les ressources naturelles du pays et en s’attaquant aux villages où ils commettent d’inqualifiables atrocités.”

Voilà en quels termes le président Obama exprimait son indignation contre les génocidaires repliés au Congo.

Mais ce n’est pas tout.

En 2010, dans un document intitulé « Independent Oversight for Mining In The Eastern Congo : A proposal for a third party Monitoring and Enforcement Mechanism», Steve Hege et son associé Jason Stearns, lui-même curieusement ancien investigateur des Nations-Unies sur la violence au Congo, réclamaient le droit exclusif de s’occuper de la vente des minerais de l’Est du Congo pour le compte de leur organisation non gouvernementale dénommée CIC (« Center on
International Cooperation »), d’un budget annuel évalué entre 3 et 5 millions de dollars.

Ces deux hommes, à travers le projet évoqué ci-dessus ont fait état, publiquement et par écrit, de leur souhait de commercialiser les minerais de l’Est du Congo. Il est dès lors étonnant que l’ONU ait mis l’un d’eux en position d’arbitre sur une crise aux forts relents miniers dans la même région. Le pire c’est que nous ne savons même plus s’il faut s’étonner de conflits d’intérêt aussi manifestes que scandaleux ou au contraire les juger en parfaite cohérence avec une politique de spoliation du Congo qui ne date hélas pas d’aujourd’hui. Pour s’approprier le marché, Hege et Stearns affirment, avec condescendance, que « (les institutions locales congolaises) sont essentiellement faibles et facilement exposées à la manipulation politique, au conflit des intérêts, à la corruption et, plus important, à l’intimidation de la part des gouvernants et des militaires eux mêmes.» Le mépris à l’égard du peuple congolais, que ces deux personnes prétendent pourtant défendre, est aussi patent que leur désir de se substituer aux autorités de ce pays. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les conditions n’étaient pas réunies pour l’élaboration d’un rapport objectif. Il nous est dès lors absolument impossible de comprendre le choix fait par le Conseil de Sécurité de reprendre à son compte les conclusions du Groupe d’Experts sans débat ni mise à l’épreuve préalable.

En tant que chercheurs, nous nous interrogeons sur l’impartialité et la rigueur d’une approche qui s’appuie largement et dans les termes les plus vagues sur une des parties, à savoir les officiels congolais et des opposants au régime de Kigali.

Nous notons au demeurant sans surprise que ce rapport-ci, comme les précédents, a fait l’objet d’une « fuite » bien opportune, destinée à distiller dans les medias et dans l’opinion internationale le message suivant : le monstrueux M23 est une création du Rwanda. Sauf votre respect, nous ne voyons pas ce que l’appui, fantasmé ou réel, du Rwanda à un tel mouvement, peut bien changer au fond de l’affaire. L’irruption du M23 sur la scène du drame congolais est postérieure à la présence de la Monusco et des groupes armés au Congo. Cela veut dire que le M23 est moins la cause qu’une simple conséquence d’une crise régionale aux multiples facettes. Certains choisissent d’ignorer cette évidence car il est plus commode pour eux d’instruire le procès de ces mutins que de parler des maux, connus de tous, qui gangrènent la société congolaise et dont le moindre n’est pas une corruption généralisée. Les rapports du Groupe d’experts de l’ONU ainsi que la couverture médiatique dont ils ont bénéficié aident à faire oublier les sociétés minières étrangères qui ont littéralement fait main basse sur le Congo. Oserons-nous vous suggérer de diligenter une enquête sur ce pillage ? C’est ce que le monde, l’Afrique, et en particulier le peuple congolais, attendent du Conseil de sécurité.

Monsieur le Secrétaire général,
Les Nations-Unies ont tort, à notre avis, de penser que la mise hors jeu du M23 et la suspension paradoxale de l’aide au développement du Rwanda - un pays salué pour la gestion rigoureuse, saine et transparente de son budget national - vont suffire pour ramener la paix à l’Est du Congo. L’expérience a également montré les limites de la solution militaire consistant à faire appuyer les forces gouvernementales congolaises par la Monusco. Sur le terrain, une telle option a pour principal résultat d’entretenir la guerre à laquelle on prétend par ailleurs mettre fin. C’est ainsi qu’au cours de la prise de Goma, le M23 a récupéré plus de 4 tonnes d’armes que l’on pourrait retrouver à un moment ou à un autre entre les mains de différents groupes rebelles.

Selon nous, la meilleure façon de contribuer à la paix et à la sécurité dans la région des Grands Lacs consisterait, entre autres,

- à décourager tout appui du Rwanda au M23 afin de permettre aux communautés
congolaises d’initier des discussions de fond sur leurs problèmes nationaux ;

- à décourager toute association du Congo avec le FDLR et tout soutien du
gouvernement congolais aux groupes armés qui sévissent actuellement sur son
territoire ;

- à s’attaquer à tous ces groupes armés et aux logiques qui en alimentent l’esprit
destructeur ;

- à prendre au sérieux les légitimes revendications sécuritaires du Rwanda.

- à oeuvrer sans relâche pour un rapprochement entre les gouvernements du Congo et du Rwanda ;

- à favoriser un échange franc et respectueux entre les forces intellectuelles, éthiques et spirituelles rwandaises et congolaises pour qu’elles initient et promeuvent un « vivre ensemble » fertile entre les communautés ;

- à initier des solutions qui intègrent les différents paramètres de la crise à l’Est du
Congo

- à réexaminer les accords occultes entre le gouvernement congolais et les
compagnies minières opérant sur son sol,

- à exiger une gestion saine des ressources du Congo par l’Etat congolais,

- à diligenter une enquête sur le clientélisme et l’enrichissement illicite de la classe
dirigeante congolaise actuelle, afin d’impulser une dynamique de gouvernance saine en RDC ;

- à privilégier la voie du dialogue initiée par la conférence des Grands Lacs et non
les menées bellicistes qui risquent de provoquer une grande guerre africaine aux
conséquences incalculables ;

- à protéger des communautés marginalisées prêtes à s’enrôler par désespoir dans des rébellions sans lendemain ;

- à défendre l’intangibilité des frontières congolaises, conformément aux voeux du
peuple congolais convaincu de la communauté de destin de toutes ses composantes ethniques ;

- à lier la notion d’intangibilité des frontières aux droits des communautés
propriétaires de leurs terres à vivre tranquillement et en toute sécurité dans leur pays en tant que citoyens congolais de plein droit ;

- à améliorer les méthodes de recrutement des enquêteurs de l’ONU dont les rapports ont une si grande influence sur le cours des évènements. Il est hautement souhaitable de veiller à ce qu’ils ne soient engagés qu’à l’issue de procédures transparentes et contradictoires, de nature à écarter tout risque ou soupçon de partialité de leur part.

Monsieur le Secrétaire général,
L’impératif de l’heure est la défense résolue par les Nations-Unies du principe de l’intangibilité des frontières congolaises. Elle est toutefois vouée à un échec certain si elle fait l’impasse sur les discriminations envers les citoyens congolais d’expression kinyarwanda, propriétaires de plein droit des terres congolaises où ils vivent de génération en génération depuis des siècles.

Pour bien comprendre la vulnérabilité d’une communauté marginalisée et indexée dans l’imaginaire congolais actuel comme la source de tous les maux du pays, il faut remonter aux origines du problème, à l’époque où, dans la dynamique de la Conférence de Berlin, des territoires rwandais sont devenus congolais ou encore lorsque, dans les années 30, des populations rwandophones ont été transplantées au Congo. Il n’y a pas longtemps, plus précisément dans les années 80, ces citoyens de seconde zone, privés de leurs doits civiques, étaient électeurs, mais pas éligibles. Au cours de la même période, durant « l’Opération Herbe », des étudiants Tutsi ont été battus et renvoyés des universités zaïroises. Du reste, afin que les objectifs visés par ces campagnes meurtrières soient bien clairs pour tous, un document a circulé en ce temps-là sous le titre révélateur : « Vive la nation zaïroise et à mort les usurpateurs de notre nationalité ». Ce texte appelait à « frapper ensemble et partout ces serpents (les étudiants Tutsi) qui veulent nous mordre ». Une décennie plus tard, au début des années 90, les Congolais Tutsi étaient tous interdits de participation à la « Conférence nationale souveraine », toujours sous prétexte qu’ils n’étaient pas « Zaïrois ». La chute de Mobutu, qui avait pourtant fait naître l’espoir de lendemains meilleurs grâce aux liens forgés dans la lutte contre la dictature, n’a fait qu’accentuer l’hostilité envers les Congolais rwandophones. De dérive en dérive, on en est arrivé aujourd’hui à ce qu’il faut bien appeler un désir ardent, quoique diffus, d’en finir une fois pour toutes avec ce que d’aucuns se permettent d’appeler « la question tutsi. » Certains milieux, ignorant les leçons de l’histoire, s’imaginent qu’il suffirait de se débarrasser de la communauté d’expression kinyarwanda du Congo pour améliorer les conditions d’existence du reste de la population.

Monsieur le Secrétaire Général,
Nous pensons qu’il est urgent de procéder à une analyse moins tendancieuse et étriquée de la situation du Kivu, préalable nécessaire à toute solution durable. Nous ne saurions trop insister sur le fait que la focalisation exclusive sur le M23 et le Rwanda est suspecte et encourage les discours venimeux chez les extrémistes de plus en plus hardis qui n’hésitent plus à appeler dans les media sociaux à l’extermination des Tutsi. Le gouverneur du Nord Kivu, Julien Paluku, des membres du gouvernement congolais, une certaine presse locale congolaise, des hommes d’Eglise comme Bishop Élisée, un musicien comme Boketsu 1er incitent, ouvertement ou insidieusement, à la haine contre les populations Tutsi du Congo. Il est temps que vous-même preniez, à l’inverse de celui qui occupait vos fonctions en 1994, la mesure des périls qui menacent des populations civiles sans défense et dont le seul tort est d’être ce qu’elles sont. Une grande partie de la population congolaise, chauffée à blanc par son gouvernement et par les accusations de Hege et d’une certaine presse, est aujourd’hui prête pour un meurtrier passage à l’acte. Les alliances entre les militaires de l’armée congolaise et les milices génocidaires sont un autre signe qui ne devrait tromper personne, et surtout pas vous qui avez une responsabilité particulière dans la préservation de la paix mondiale.

Monsieur le Secrétaire Général,
Nous demandons aux Nations-Unies de tout mettre en oeuvre pour qu’à l’absurde guerre de l’Est de la RDC se substitue enfin une paix durable. Cette paix est un rêve et nous avons voulu vous dire, à travers cette lettre, à quelles conditions il peut, selon nous, devenir une réalité. Pour préserver les chances de cette paix à venir, nous, écrivains, professeurs des Universités, chercheurs et artistes d’horizon divers, dénonçons la mutinerie du M23. Nous nous élevons également contre tout appui, d’où qu’il vienne, à ce mouvement armé. Mais nous estimons aussi qu’il est de notre devoir d’appeler la communauté internationale à traiter avec plus de sérieux et de rigueur la question de la présence de génocidaires lourdement armés sur le sol congolais, grave source d’inquiétude pour le Rwanda. Nous condamnons également avec fermeté la tentative de militarisation à outrance du Kivu par le gouvernement congolais.

Monsieur le Secrétaire général,
Nous vous invitons à prendre vos responsabilités face aux menaces sur lesquelles nous avons voulu attirer votre attention. Il n’en va pas seulement du destin des populations et de leur besoin de sécurité dans les pays des Grands Lacs ; il en va aussi de la crédibilité des Nations-Unies et de l’honneur de l’humanité. En souhaitant que 2013 soit l’année du dialogue et de la paix pour tous les peuples de la terre, nous vous prions d’accepter Monsieur le Secrétaire général, les assurances de nos meilleurs sentiments.

Signataires :

Boubacar Boris Diop, Sénégal, romancier, essayiste et enseignant, Université Gaston Berger, Saint-Louis- Senegal.

Godefroid Kä Mana, RDCongo, philosophe, analyste politique et théologien, Professeur, Université évangélique du Cameroun, Institut catholique de Goma-RDCongo.

Jean-Pierre Karegeye, Rwanda, Directeur du Centre d'études pluridisciplinaires sur le génocide, Professeur assistant, Macalester College, Minnesota-USA.

Margee Ensign, USA, Présidente de l’Universite américaine du Nigeria.

Koulsy Lamko, Tchad, Romancier, dramaturge, directeur de la Casa Hankili Africa, Centro Historico in Mexico.

Wandia Njoya, Kenya, Professeure assistante, Daystar University, Nairobi-Kenya.

Aminata Dramane Traoré, Mali, écrivaine, sociologue, ancienne ministre de la Culture.

Susan Allen, USA, Professeure, Emory University, Atlanta.

Jean-Claude Djereke, Côte d'Ivoire, Centre de Recherches Pluridisciplinaires sur les Communautés d'Afrique Noire et des Diasporas, Ottawa, Canada.

Jean-François Dupaquier, France, écrivain , Journaliste

Erik Ehn, USA, Directeur de programme, Writing for Performance, Brown University.

Mireille Fanon Mendes-France, France, Présidente, Fondation Frantz Fanon.

Gerise Herndon, USA, professeure, directrice de Gender Studies, Nebraska Wesleyan University.

Timothy Horner, USA, Professeur associé, Center for Peace and Justice Education, Villanova University.

Jean-Baptiste Kakoma, RDCongo, Médecin, Professeur, ancien doyen de la faculté de médecine, Ancien recteur de l'université de Lubumbashi en RDCongo, Directeur de l'école de Santé publique, Université nationale du Rwanda.

Aloys Mahwa, chercheur , centre d'etudes pluridisciplinaires sur le génocide, Kigali-Rwanda.

Yolande Mukagasana, Rwanda, écrivaine, Survivante du génocide, Lauréate du prix la colombe d'or, lauréate du prix Unesco de l'éducation pour la paix.

Timothée Ngakoutou, Tchad/France, professeur, ancien recteur de l'université du Tchad, ancien haut fonctionnaire de l'UNESCO chargé de mission pour l'éducation.

Moukoko Priso, Cameroun, Professeur, Université évangélique du Cameroon.
François Wokouache, Cameroun, cineaste, Directeur de KEMIT.

Photo : Ch. Rigaud © www.afrikarabia.com

13 janvier 2013

RDC : L'opposition extra-parlementaire s'allie à la société civile

Une plateforme politique regroupe pour la première fois l'opposition extra-parlementaire et la société civile. L'Action pour une autre voie (AV) rassemble une vingtaine de partis politiques et des associations des droits de l'homme comme l'Asadho, les Toges Noires ou la Ligue des Electeurs. Cette plateforme citoyenne et non partisane prône "la cohésion nationale" et appelle au "dialogue politique".

139682_DK11475u.jpgUne nouvelle plateforme politique est née. L'Action pour une autre voie (AV) se propose de rassembler politiques et société civile autour de "la cohésion nationale et du retour du dialogue politique". En plus d'une vingtaine de partis politiques, l'AV regroupe également des associations de la société civile, comme les Toges Noires, l'Asadho, le Codhod, l'Acaj ou la Ligue des Electeurs.

Le Coordonnateur de la plateforme, Auguste Mampuya, dénonce "le climat politique et sécuritaire qui aboutit à une véritable impasse politique : panne de débat, panne d’initiatives, panne de gouvernance, panne des institutions…". L'objectif affiché : "sortir l’Etat du blocage actuel" dans un esprit citoyen et non partisan. Auguste Mampuya rappelle que "depuis les élections (entachées de nombreuses irrégularités, ndlr), c’est une évidence incontestable que notre pays et l’Etat connaissent une sorte d’impasse politique (…) exacerbée par l’insécurité et la guerre qui nous sont imposées par le Rwanda et l’Ouganda et leurs complices".

L'Action pour une autre voie (AV) propose au président Kabila "la convocation d’un dialogue politique franc et ouvert entre tous : pouvoir, opposition parlementaire, opposition extra-parlementaire, groupes armés, société civile et diaspora…" afin de "s'accorder sur une vision indérogeable de la maison commune Congo". L'appel de cette nouvelle plateforme répond ainsi positivement au "dialogue intercongolais" proposé début janvier par le président Joseph Kabila. Si les principaux partis d'opposition congolais (UDPS, MLC… ) ont tous rejeté la "main tendue" du président congolais, "un rassemblement national" est  "salutaire", argumente Auguste Mampuya.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

RDC : L'UE s'inquiète du sort de Pierre-Jacques Chalupa

L'affaire Chalupa préoccupe la délégation de l'Union européenne (UE) en République démocratique du Congo (RDC). L'opposant politique Pierre-Jacques Chalupa avait été condamné en octobre dernier à 4 ans de prison pour fausse attestation de nationalité congolaise. Selon l'UE, l'état de santé "préoccupant de l'ancien député nécessite une prise en charge médicale urgente".

EU-Flag-French-Moments-02.jpgDans un communiqué, la délégation de l'Union européenne a manifesté "sa profonde  préoccupation sur la situation de Pierre-Jacques Chalupa". Le président de l’ADD avait été condamné en octobre dernier à quatre ans d’emprisonnement pour détention d’une fausse attestation d’acquisition de la nationalité congolaise, d’une fausse carte d’électeur et d’un faux passeport congolais. Mais plusieurs ONG des droits de l'homme y voyaient un "acharnement" du pouvoir en place à Kinshasa pour "déstabiliser les opposants politiques" au président Joseph Kabila.

La délégation de l'Union européenne a rappelé qu'elle suivait "avec beaucoup d'attention le procès en appel le concernant devant la Cour Suprême de Justice". L'Union européenne s'inquiète "en particulier du fait que la Cour n'a toujours pas statué sur la requête de mise en liberté provisoire de M. Chalupa, motivée par sa situation médicale". La santé de l'ancien député congolais est en effet "préoccupante et nécessite une prise en charge médicale urgente qui ne peut être assurée en détention", poursuit le communiqué. Concernant le procès en appel de Pierre-Jacques Chalupa, l'UE souhaite que son cas "soit traité rapidement, de manière indépendante et équitable".

Commerçant né dans l’Est du Congo avant l’indépendance, de parents portugais et grecs, Pierre-Jacques Chalupa avait entamé il y a vingt ans sa naturalisation. Pour cela il avait d'ailleurs renoncé à la nationalité portugaise. L'opposant politique a toujours plaidé non coupable, qualifiant de non fondées les accusations du ministère public.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

12 janvier 2013

RDC : Lumumba en débat à Paris

Patrice Lumumba est toujours d'actualité. 52 ans après son assassinat, cet homme politique congolais continue de susciter un réel intérêt. Une conférence se tiendra à Paris, dimanche 20 janvier 2013 autour du nationaliste panafricain.

_39298996_lumumba300.jpgAlors qu'une énième enquête vient de s'ouvrir en Belgique sur les conditions de l'assassinat de Patrice Lumumba, le leader congolais continue de faire débat. En 2013, 52 ans après sa disparition, de nombreux congolais se revendiquent encore du "lumumbisme". A Paris, une conférence sera organisée à la Maison de l'Afrique, dimanche 20 janvier 2013. Une bonne occasion de se demander ce qui reste aujourd'hui de l'héritage de Patrice Lumumba.

Pour évoquer cette figure marquante du Congo : Anicet MOBE, sociologue et Historien congolais et le Professeur Jean Omasombo Tshonda, Historien, biographe de Patrice Lumumba et ancien membre de la Commission Lumumba à Bruxelles. Ces spécialistes retraceront la vie et le combat du premier Premier Ministre élu de la République du Congo. Un film sera également projeté, avant la conférence : "Assassinat de Lumumba: Une mort de style colonial", un documentaire de Thomas Giefer (2001). Des personnalités viendront également témoigner de "l'appui, réel ou supposé, proposé ou reçu des pays étrangers pour lutter contre l'éclatement du pays".

Dimanche 20 janvier 2013
de 15h00 à 18h00
Maison de l'Afrique
7, rue des carmes 75005 PARIS

10 janvier 2013

RDC : "Les milices ont remplacé l'armée"

Critiquée pour son inefficacité , accusée des pires exactions sur les populations civiles, l'armée congolaise doit se réformer. Dans un ouvrage retraçant l'histoire des armées en République démocratique du Congo, Jean-Jacques Wondo pointe les nombreux dysfonctionnements des forces de sécurité : manque de leadership politique, soldes insuffisantes, carence de formation, intégration ratée des rebelles, règne des milices… Jean-Jacques Wondo analyse pour Afrikarabia l'échec du secteur de la sécurité et ébauche des solutions.

Capture d’écran 2013-01-10 à 22.24.10.png- Afrikarabia : Quelle a été l'évolution des différentes armées congolaises depuis son indépendance en 1960 ?

- Jean-Jacques Wondo : Depuis le départ, ce pays n'a jamais disposé d'une armée comme nous l'entendons, c'est à dire d'une armée censée défendre le territoire national. Cet ouvrage propose une analyse synoptique qui montre que, dès la Force publique, jusqu'aux FARDC, cette armée a toujours été rongée par cette maladie que je qualifie d'intraversion (1), de perversion et de subversion.

- Afrikarabia : Aujourd'hui, l'armée congolaise est critiquée de toutes parts. Quels sont ses principaux travers ?

- Jean-Jacques Wondo : Une armée est avant une question politique. Donc le mal est d'abord politique. Il y a clairement un manque de volonté politique par que cette armée soit républicaine et nationale. De ce fait, on laisse les milices remplacer l'armée et faire n'importe quoi. Cette armée est une armée de milices. Elle n'obéit pas au principe de défense territoriale, mais aux intérêt de leurs chefs.

- Afrikarabia : En comparant l'armée congolaise de la période Mobutu à celle actuelle de Joseph Kabila, on s'aperçoit que l'on est passé d'un régime autoritaire fort à un régime autoritaire faible, avec des rébellions plus fortes que l'armée régulière.

- Jean-Jacques Wondo : Du temps de Mobutu, nous avions un pouvoir autoritaire sous une dictature et aujourd'hui, nous avons ce que je qualifie dans mon livre de "dictocratie". A la différence de Mobutu, nous avons actuellement en RDC un leadership faible. Il n'y a pas de leadership capable de mettre en place une réelle armée. Si vous comparez deux périodes : 1961-64 et la période 1998-2003. A quelques variantes près nous avons dans ces deux époques un Congo morcelé. Mais à l'époque, en 64-65, il y avait un leadership fort de Mobutu pour mettre fin au désordre.

- Afrikarabia : L'une des raisons avancées pour expliquer la faiblesse l'armée congolaise est d'ordre financière. Les soldes des soldats sont extrêmement modiques : 82$ pour un général quatre étoiles et 60$ pour un soldat de seconde classe.

- Jean-Jacques Wondo : Dans mon livre, je compare l'évolution des soldes de 2006 à 2010, complétée par des informations de 2012, où le salaire moyen d'un soldat des FARDC est passée de 10$ à 60$. Il y a donc eu une faible augmentation. Mais avec 60$, on est incapable de motiver une armée. J'ai été en contact avec un jeune officier l'année passée. Il a été témoin d'une mission assignée à un bataillon à l'Est du pays, comprenant environ 1.000 personnes. Ils ont reçu pour ces 1.000 personnes la somme de… 6.000$ ! Avec femmes et enfants ! Ces problèmes ne datent pas d'aujourd'hui, dès 1895, on a connu la première mutinerie au sein de la Force publique à Luluabourg. Mais c'est aussi la conception de l'armée qui est mal assimilée par nos politiciens, où l'on conçoit l'armée comme un danger pour le pouvoir politique. C'est aussi pour cette raison que l'armée régulière est "laissée pour compte" par les régimes.

- Afrikarabia : On parle aussi d'une autre problématique : celle du "brassage", c'est à dire de l'intégration de rebelles dans l'armée régulière après la signature d'accords de paix.

- Jean-Jacques Wondo : Le "brassage" est une des pistes de solution, mais pas la solution miracle. Le "brassage" a réussi en Sierra Leone. Au Libéria, il a plus ou moins bien marché. Chez nous en RDC, le "brassage" a été un échec. Le rapport de l'Union européenne, qui supervisait le "brassage", affirme qu'il y a eu des "ratés"… mais on ne peut pas accuser tout le monde. Le "brassage" a souffert au départ d'un défaut de conceptualisation. Au moment des derniers accords de paix (en 2009, ndlr), il fallait satisfaire tout le monde, rebelles et gouvernement. A un moment, le gouvernement est sorti de la logique du "brassage" pour passer à la "logique de régiments". Le CNDP (les rebelles de l'époque, ndlr) n'a pas voulu être mélangé avec les autres unités.

- Afrikarabia : Quelles sont les pistes à explorer pour reconstruire cette armée congolaise ?

- Jean-Jacques Wondo : La première piste est d'abord politique. L'armée, comme le dit von Clausewitz, "ce n'est que la continuation de la politique par d'autres moyens". Cela signifie que la puissance d'une armée est une option politique que l'Etat doit décider. Deuxième piste : la formation. Depuis 2001,  cela fait environ plus de 10 ans que le Congo n'a pas formé d'officiers sur son territoire ! Il y a eu quelques tentatives pour former des officiers à l'étranger, mais cela n'a pas vraiment marché. On peut déjà, entre des cycles de formation de 18 mois à 6 ans, commencer à former la base d'une armée efficace sur une période de 10 ans… il y a là aussi un problème de volonté politique et pourquoi pas "d'agendas cachés". Qu'est-ce qui nous empêche de créer des centres d'entraînement et de formation pour nos militaires dans la région du Bandundu par exemple, pendant qu'on tente de pacifier et sécuriser l'est du pays ? On parle beaucoup de la responsabilité de la communauté internationale, mais je veux dire aux Congolais que nous devons apprendre à assumer nos propres responsabilités. Il est tant que les Congolais développent ce que j'appelle la "résilience politique". Ce n'est pas le déploiement d'une force neutre à l'Est ou la construction d'un mur entre la RDC et le Rwanda qui vont faire que le Congo ait une Armée forte!

Propos recueillis par Christophe RIGAUD - Afrikarabia

"Les armées du Congo-Kinshasa, radioscopie de la Force publique aux FARDC" de Jean-Jacques Wondo aux éditions Monde nouveau / Afrique nouvelle

(1) Intraversion : "qui vit centré sur lui-même, se détourne du monde extérieur"