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19 janvier 2013

RDC : M23 et gouvernement d'accords... sur rien

Les désaccords apparaissent au grand jour entre les rebelles du M23 et le gouvernement congolais. La rébellion a avancé mercredi une longue liste de  revendications... immédiatement rejetées par la délégation congolaise. Plusieurs analystes craignent que l'échec prévisible de tout accord ne fasse reparler les armes au Kivu.

2Image 1.pngLes premières phases de négociations ont démarré péniblement mercredi 16 janvier entre le M23 et Kinshasa. Après plus d'un mois de discussions sur l'ordre du jour des pourparlers, les deux parties ont pu exposer enfin  leurs points de vue sur la crise dans l'Est de la RDC. Pour l'instant, les négociations tournent au dialogue de sourds.

Une amnistie des faits de guerre
 
Dans le "cahier des charges" présenté par le M23, les rebelles insistent tout d'abord sur les concessions qu'ils ont accordé aux chefs d'Etat de la région (CIRGL) en stoppant leur avancée, en se retirant de la ville de Goma et en acceptant le "dialogue avec le gouvernement". Le premier point d'achoppement concerne l'accord que 23 mars, signé par l'ancienne rébellion du CNDP avec Kinshasa. Le M23 estime qu'il n'a pas été respecté et demande entre autre : "la reconnaissance des grades" de ses troupes au sein de l'armée régulière, "l'ouverture de la frontière de Bunagana", "l'amnistie générale pour faits de guerre", "la libération des détenus politiques", "la création d'une police de proximité" et "l'organisation d'une commission d'enquête sur les biens mal acquis par les officiers militaires". La rébellion exige enfin, une rémunération "régulière et décente des militaires, policiers et agents de l'Etat".

Un gouvernement de transition

Sur le plan politique, le M23 dénonce "la volonté délibérée du régime de Kinshasa de ne pas organiser les élections aux niveaux local", la "non-effectivité de la décentralisation" et la "xénophobie et la discrimination ethnique". Concernant les élections contestées de novembre 2011, les rebelles accusent le pouvoir en place de "fraudes massives" et d'avoir créé une Commission électorale non-indépendante (CENI), trop proche du parti présidentiel, alors que la Constitution recommandait une "personnalité apolitique". Le M23 souhaite donc "l'annulation des élections", "la dissolution du Sénat" et des "assemblées provinciales" et la mise en place d'un "Conseil National de Transition Congolais (CNTC)". Selon les rebelles, un nouveau gouvernement de transition devra être nommé.

Concernant l'économie, le M23 demande "la création d’une commission mixte pour évaluer tous les contrats (miniers, forestiers et pétroliers) et le cas échéant les revisiter", ainsi que "l’annulation de l’ordonnance-loi interdisant l’exploitation et l’exportation de matières précieuses à l’Est de la RDC".

Pas de Conférence Nationale Souveraine bis

Si les revendications catégorielles des militaires du M23 peuvent trouver "un certain écho" côté gouvernemental, il est clair que le reste des exigences politiques de la rébellion semblent "difficiles à satisfaire" pour Kinshasa. La réponse des autorités congolaises faite aux rebelles souligne le fossé qui s'est désormais creusé entre les deux parties. Le gouvernement rappelle tout d'abord que les preuves de bonne volonté du M23 restent limitées. Les rebelles devaient en effet se retirer "à au moins 20 km au Nord de Goma", "ce qu'il n'a toujours pas fait", souligne le texte. Le gouvernement observe une fin de non recevoir sur les revendications politiques du M23. Pour Kinshasa, "ce dialogue ne peut pas se transformer en une Conférence Nationale Souveraine ou en un Dialogue Inter-congolais bis". Et de préciser :  "il ne peut pas non plus aspirer à devenir un forum pour aborder et résoudre tous les problèmes du pays". Kinshasa ferme également la porte au "Conseil National de Transition" proposé par les rebelles.

Des FDLR au sein du M23 ?

Sur les accords du 23 mars, le gouvernement se demande en quoi ces revendications "sont suffisantes pour justifier une rébellion armée" et accuse "certains membres du CNDP" d'avoir violés les accords. Kinshasa accuse également les rebelles d'avoir maintenus "des administrations parallèles dans le territoire de Masisi et (des) commandements parallèles dans l’armée". Le gouvernement dénonce aussi "la présence dans les rangs du M23 (...) d'éléments FDLR démobilisés" et des combattants de l'aile Mandefu du même groupe. Concernant l'intégration des milices dans l'armée "avec des grades actualisés", les autorités congolaise estime ce procédé "destructurant". Et de conclure : "on ne peut vouloir une chose et son contraire. Le M23 ne peut donc en appeler à une réforme de l’armée et demander en même temps que lui soient appliquées des mesures exceptionnelles à l’efficacité à tous égards douteuses".

Sur les revendications politiques, "la quasi-totalité des missions d’observation avaient noté que ces irrégularités n’étaient pas de nature à compromettre les résultats de l’élection présidentielle" précise le gouvernement. Un argument pas tout à fait juste, puisque le Centre Carter avait déclaré les résultats "non crédibles". Concernant la réforme de la CENI, Kinshasa affirme qu'elle est "en cours de réalisation". Là encore, on peut ajouter un bémol sur cette affirmation : le "ripolinage" de la Commission est encore très "limité".

Irréconciliables

On le voit à la lecture des deux documents, les désaccords sont nombreux entre le M23 et le gouvernement congolais. Certains connaisseurs du dossier congolais n'hésitent pas à qualifier les deux parties "d'irréconciliables". Les revendications des rebelles se sont fortement élargies au cours du conflit, qui a débuté en avril 2012. Les exigences de la rébellion se multipliaient à mesure que le M23 progressait sur le terrain militaire. Il y a donc peu de chance que Kinshasa accepte, ce qui lui semble inacceptable pour l'instant : "partager le pouvoir avec les rebelles". Côté rébellion, on voit mal comment le M23 pourrait se contenter de simples accords "corporatistes" concernant ses troupes. Un connaisseur de la région me confiait qu'il voyait mal Sultani Makenga, le chef militaire du M23, réintégrer "comme si de rien n'était" l'armée régulière après la signature d'hypothétiques accords.

Pas de "2009 réchauffé"

Le temps est aujourd'hui à la méfiance. Le M23 craint que Kinshasa ne cherche qu'à gagner un peu temps, en attendant les "renforts" militaires de la force internationale neutre, qui doit se mettre en place prochainement. Un membre du M23 me confiait son pessimisme concernant la possibilité d'un accord et craignait simplement du "2009 réchauffé". Les rebelles ne se font guère d'illusion et un expert prévoit un inévitable retour au "rapport de force". Entendez : le retour de la guerre au Kivu et une possible reprise de Goma par les rebelles.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Photo : Le complexe hôtelier ougandais où se tiennent les négociations à Kampala © DR

Commentaires

Apparemment les choses étaient plus simples a Libreville qu'a Kampala ! La règle du jeu s'appelle " RAPPORT DE FORCES " .
Qui dit mieux ?

Écrit par : STEPHANIE | 18 janvier 2013

Les choses se deroulent comme a la conference nationale, souveraine, a la conference sur la paix et le developpement dans les Kivu, qui semblent n'avoir profite en rien au peuple congolais.
Dans plusieurs situations de negociations, le Gouvernement a souvent accuse des faiblesses. Pour ne pas aller tres loin, il a bel et bien passe le temps a dire qu'aux pourparlers de KAMPALA, il sera question de n'evaluer que les accords du 23 mars. Aujourd'hui, il a fini par accepter que le debat puisse aussi inclure des questions d'ordre politique, sociale et economique,...
Ceci donne de plus en plus du poids au M23 qui commence maintenant a s'attaquer meme aux institutions politiques.
La solution militaire a la crise a echoue et il n'y a pas de lueur d'espoir dans ce qui se passe a KAMPALA. Pour ne pas sacrifier la population, il serait temps de prendre une option qui permet au peuple de "respirer"le plus tot que possible. L'on ne doit pas trainer a longueur des discussions sans resultats. Si pour adopter un ordre du jour, il faut 1 mois, combien de temps faudra -t - il pour des choses plus serieuses?

Écrit par : jacques | 19 janvier 2013

Tout ce qui se passe, est la resultante de l'incapacite de l'homme politique congolais malgre ses multiples diplomes et qui se fait manupiller par l'exterieur pour des interets egoiste au detriment de sa nation. Si vous vous souvenez bien apres le resultat problematique des elections de 2011, l'oppsition avec en tete udps avait dit qu'elles allaient rendre le pays ingouvernable aussi longtemps que Kabila s'entete de sa victoire et cherche a gouverner par defi.
Et le dialogue etait dans la bouche de l'opposition sans lequel Kabila ne saura pas facilement gouverner avec sa majorite.
Voir ce qui a ete dit et ce qui se passe actuellement avec M23, amoins qu'on soit complice ou de meche dans la destruction de sa nation, la on peut tout nier et faire semblant mais la realite est celle-la.
D'ailleurs en parcourant le rapport des expert de l'onu, l'udps est citee d'avoir pris contact avec M23 et ayant depeche Lumbala prendre contact avec ce dernier pour destabiliser le pays, Lumbala avait nie tout en bloc et la suite, LUmbala est ou? le rapport avait-il trompe? qui dit vrai? je vous recommande de lire ce fameux rapport. On doit savoir qu'en politique, il n'ya pas d'amitie mais des interets. si vous ne savez pas vous organiser au niveau interne pour resoudre vos problemes et que vous allez recourir a vos voisins pour destabiliser et contraindre celui qui est au pouvoir, les voisins ne refuseront pas aussi longtemps qu'ils en tirent des dividendes.
Le rwanda et l'Ouganda tirent des gdes dividendes des recettes minieres de l'EST de notre pays pendant que nos politiciens se font armer par ces derniers pour venir destabiliser leur propre pays.
Il revient a nos politiciens d'aimer d'abord ce pays et son peuple, s'organiser, unifier et le tout marchera. vous faites tuer le peuple, le faire violer , le faire des refugies pour le pouvoir mais qui va vous voter pour le diriger
, l'exemple de Ruberua est legion. Lumbala fait tuer a Mambassa avec rdc-N et aujourd'hui il est avec M23 pour faire souffrir nos freres de l'EST et au moment de vote, il descend au Kasai pour se faire elire, pourquoi ne le fait-il pas dans les territoires qu'il dit avoir libere en tant qu'heros. pourquoi il ne va pas se faire elire a Mambassa et ira-t

Écrit par : fely | 19 janvier 2013

Les acteurs politiques à Kampala doivent s'entendre, l'impossible n'existe pas en politique, que les deux protagonistes de la crise naissante de l'est s'attendent, qu'ils signent tous un vrai accord de paix pour que cesse le bruit d'armes.

Écrit par : Emmanuel FANAO | 20 janvier 2013

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