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06 janvier 2013

RDC-Centrafrique : Conflits jumeaux ?

La République démocratique du Congo (RDC) et la Centrafrique font face à des rébellions capables de faire tomber les régimes en place. Le M23 s'est emparé pendant quelques jours de la ville de Goma et les rebelles du Séléka se trouvent aujourd'hui à une centaine de kilomètres de Bangui. Thierry Vicoulon, directeur du programme Afrique centrale d'International Crisis Group (ICG) analyse pour Afrikarabia les similitudes, mais aussi les différences entre ces deux conflits.

Thierry Vircoulon filtre 3.jpg- Afrikarabia : Quels sont les points communs entre la crise Centrafricaine et ce qui se passe actuellement en République démocratique du Congo ?

- Thierry Vircoulon : Dans les deux cas, nous avons une rébellion qui est plus forte que l'armée nationale et qui force le gouvernement à négocier, ce qu'il n'a évidemment pas envie de faire. Tout cela se passe sous l'égide d'une organisation régionale africaine, la CEEAC (1) dans le cas centrafricain et la CIRGL (2), pour la République démocratique du Congo. Dans ces deux conflits, nous voyons qu'il y a une demande d'intervention militaire extérieure. La CEEAC avait déjà une mission en Centrafrique qu'elle est en train de transformer en mission d'interposition et qui constitue le dernier rempart entre le pouvoir et les rebelles. En République démocratique du Congo, c'est la SADC (3) qui a été appelée à l'aide et est censée déployer des troupes dans les Kivus. Ces deux pouvoirs, Bangui et Kinshasa, se retrouvent donc dans une sorte de dépendance sécuritaire, faute d'avoir construit une armée suffisamment robuste pour résister à leurs rébellions.

- Afrikarabia : Dans ces deux pays, le point de départ de ces rébellions repose également sur un processus électoral raté et contesté ?

- Thierry Vircoulon : Les deux élections présidentielles, en RDC et en Centrafrique, ont eu lieu en même temps, en 2011 et ont montré aux forces politiques de ces pays que le pouvoir se resserrait. Les gouvernements congolais et centrafricains signifiaient alors qu'ils sortaient des logiques de partage des pouvoirs, négociées après les conflits et qu'ils souhaitaient monopoliser un peu plus le pouvoir pour leur deuxième mandat. Un monopole qui laissait penser aux oppositions congolaises et centrafricaines que ces pouvoirs comptaient effectuer une réforme constitutionnelle pour se représenter une troisième fois, ce qui est impossible dans les deux pays.

- Afrikarabia : Ce sont aussi des régimes qui ne peuvent plus compter sur leurs armées ?

- Thierry Vircoulon : Dans ces deux pays, il n'y a pas eu de réformes de l'armée, malgré les appels répétés de la communauté internationale, mais aussi des voix nationales. Ces appels n'ont pas été écoutés par ces deux régimes et ils se retrouvent aujourd'hui avec des forces armées qui sont, in fine, en situation d'infériorité par rapport aux rébellions.

- Afrikarabia : Est-ce que l'épilogue de ces deux "aventures rebelles" pourrait être le même à Bangui et à Kinshasa ?

- Thierry Vircoulon : La différence fondamentale entre les deux scénarios est d'ordre géographique. On voit que les rebelles centrafricains sont arrivés en 3 semaines aux portes de Bangui, alors que le M23 se trouve à quelques milliers de kilomètres de Kinshasa, sans aucune route. C'est la raison pour laquelle la configuration est différente. Mais la logique est la même. S'il y avait des routes qui traversaient la RDC et si le pays était moins grand, le M23, comme il le disait à une époque, aurait pu arriver aux portes de Kinshasa.

- Afrikarabia : N'est-ce pas dans ces conflits, la faillite de ce que nous appelons la communauté internationale ?

- Thierry Vircoulon : Il y a un désengagement politico-militaire très clair des européens et de Paris en Afrique, qui a comme contre-partie de soutenir des solutions africaines au crises africaines. C'est la CEEAC qui, dans le cadre d'une architecture de paix et de sécurité, doit gérer la crise centrafricaine et c'est la CIRGL qui est censée gérer les problèmes de paix et de sécurité dans les Grands Lacs. Dans la mesure où les européens sont maintenant en retraits, nous sommes là dans un système qui est logique. Ce sont désormais les instances africaines qui doivent gérer les problèmes de sécurité. Les Nations-unies, se retrouvent dans une situation un peu intermédiaire, où, elles sont là, mais n'ont plus une grande capacité d'initiative dans ces conflits et ont l'air de piétiner.

- Afrikarabia : Ce désengagement de la communauté internationale vous semble un phénomène durable ?

- Thierry Vircoulon : C'est le scénario qui a été mis en place il y a 10 ans lorsque l'Organisation de l'union africaine est devenue l'Union africaine (UA). Les crises africaines doivent être gérées par les africains et cette politique ne va pas changer. A moins d'une grande catastrophe, je ne vois pas cette politique changer. Au contraire, on va aller de plus en plus dans ce schéma. On le voit d'ailleurs dans le cas du Mali, où il faut des troupes de la CEDEAO pour intervenir, les occidentaux restants en deuxième ligne.

Propos recueillis par Christophe RIGAUD - Afrikarabia

(1) CEEAC : Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale.
(2) CIRGL : Conférence internationale sur la région des Grands Lacs.
(3) SADC : Communauté de développement d'Afrique australe

Photo : Thierry Vircoulon à Paris © Ch; Rigaud www.afrikarabia.com

01 janvier 2013

Centrafrique (RCA) : L'agenda secret de la rébellion

En moins de 20 jours, une rébellion inconnue il y a encore quelques semaines, contrôle 85% de la Centrafrique et menace de renverser le président François Bozizé. Dans un entretien exclusif à Afrikarabia, un responsable du mouvement a accepté de lever le voile sur une partie des dessous de la coalition Séléka : le "réel" président du mouvement, leurs soutiens politiques, leur financement, mais aussi les premières mesures qu'ils prendront une fois au pouvoir.

carte RDC Afrikarabia Centrafrique 10km Bangui copie.jpgDepuis le 10 décembre 2012, une coalition de plusieurs mouvements rebelles (UFDR, CPJP, FDPC, CPSK et A2R) mène une offensive éclair sur la capitale centrafricaine. Objectif : faire tomber le régime du président François Bozizé. Face à une armée régulière qui fuit les combats et une force d'interposition tchadienne passive, la rébellion du Séléka se retrouve en mesure de prendre le pouvoir à Bangui. De ces rebelles, venus de plusieurs formations hétéroclites, on connait peu de chose. Un membre important de la coalition a accepté de nous dévoiler quelques secrets du mouvement. Il n'a pas souhaité divulguer son identité.

- Afrikarabia : A quand remonte l'idée de la coalition du Séléka ?

- La coalition de tous ces mouvements rebelles date de moins de 4 mois. Tout a commencé à partir de fin octobre 2012. Nous étions conscients que pour renverser le président Bozizé, il fallait passer par le Tchad et d'autres pays de la sous-région. Nous avons constaté que les relations s'étaient fortement dégradées entre la Centrafrique (RCA) et le Tchad. Nous avons réussi à convaincre de notre démarche certains proches du président Idriss Déby, que nous avons rencontré à Paris… des officiels de hauts rangs et des membres de son cabinet. Ils nous ont expliqué qu'ils étaient déçus de l'attitude et de l'incompétence du président François Bozizé. Plusieurs accords avaient d'ailleurs été signés entre le Tchad et la RCA et les choses traînaient.

- Afrikarabia : Quel était votre projet ?

- En 2003, c'est nous (certains membres de la rébellion, ndlr), qui avons aidé Bozizé à prendre le pouvoir. Malheureusement, Bozizé est devenu fou avec le pouvoir. Il n'était donc plus un interlocuteur valable pour les intérêts de la Centrafrique mais aussi du Tchad. Nous voulions quelqu'un de responsable pour prendre la tête du pays. Pour réussir notre objectif, nous étions convaincus qu'il fallait une coordination entre tous ces chefs rebelles. Au début cela a été difficile à mettre en place.

- Afrikarabia : Qui dirige ce mouvement ?

- Nous avons une stratégie au niveau de notre président. Pour l'instant, nous ne voulons pas que son nom soit connu. Nous n'avons pas voulu qu'il s'affiche tout de suite comme le porte-parole ou le coordinateur du mouvement. C'est donc pour cela que nous avons choisi, en accord avec le commandement militaire sur place, Eric Massi comme porte-parole de la coalition. Notre président sera connu une fois que le pouvoir sera tombé à Bangui. Je peux juste vous dire qu'il est très réservé et c'est un sage. La discipline, le respect des droits de l'homme et des populations civiles dans les rangs de nos militaires sont, par exemple, une stratégie mise en place par lui. Nous devons éviter toutes les erreurs commises par les autres mouvements rebelles en Afrique.

- Afrikarabia : Avez-vous le soutien d'autres pays ? On parle duTchad évidemment, mais aussi du Congo Brazzaville et du Soudan ?

- Nous avons le soutien politique de proches d'Idriss Déby, mais cela ne veut pas dire qu'on a le soutien personnel du président Déby. Concernant Sassou Nguesso, cela fait longtemps qu'il ne s'entendait plus avec Bozizé. Il a joué un rôle important, notamment pour demander au président Déby de ne pas intervenir militairement contre la rébellion. Quant au Soudan, c'est très clair, il n'y a aucun élément soudanais dans notre mouvement. D'ailleurs vous savez très bien que les relations ne sont pas bonnes entre le Tchad et le Soudan, ce serait donc contradictoire.

- Afrikarabia : Comment êtes-vous financé ?

- Le financement repose uniquement sur des petites cotisations entre nous.
La rébellion vit très difficilement. Les hommes font des sacrifices énormes. C'est le patriotisme qui anime nos soldats. Nous avons des problèmes pour acheter des crédits de télécommunication. On se cotise ici en Europe pour envoyer des crédits téléphoniques sur place par exemple...

- Afrikarabia : …il y a pourtant des uniformes neufs, des armes… cela ne peut pas être financé par de simples cotisations ?

- Croyez-moi, nous avons commencé cette rébellion sans aucun moyen. Le matériel et la logistique viennent uniquement de ce que nous avons récupéré aux forces armées centrafricaines (FACA). Nous n'avons pas un centimes et aucun soutien extérieur. Si nous avions de réels moyens financiers, François Bozizé serait tombé depuis longtemps.

- Afrikarabia : Quelles seront les premières mesures que vous prendrez si vous arrivez au pouvoir ?

- Si le régime de François Bozizé tombe, je peux vous annoncer que allons organiser une période de transition de 2 ans. Et ce délai ne sera pas dépassé. A la suite de cette transition, les responsables de la rébellion devront signer un amendement et s'engager à ne pas se représenter. Avant d'organiser les élections présidentielles, les élections municipales devront être organisées. Sur le plan politique, nous allons suspendre l'actuelle constitution, mais aussi le parlement, dans lequel règne en maître le clan Bozizé. Une Assemblée constituante sera nommée. Elle devra être représentative de toutes les forces vives de la RCA. Puis, nous allons mettre en place une commission des droits de l'homme, une commission de lutte contre la corruption, une commission des biens mal acquis et une commission vérité et réconciliation. François Bozizé a déchiré ce pays. Il est actuellement en train de monter des Centrafricains contre d'autres Centrafricains. Pour terminer, nous souhaitons également garantir la sécurité de tous nos voisins.

Propos recueillis par Christophe RIGAUD - Afrikarabia

31 décembre 2012

Centrafrique : Des mercenaires sud-africains à Bangui

Alors que la rébellion progresse vers Damara, le dernier verrou avant la capitale centrafricaine, un porte-parole rebelle indiquait à Afrikarabia que 3 gros porteurs sud-africains s'étaient posés sur l'aéroport de Bangui ce lundi. Selon Jean-Paul Bagaza, il s'agirait "de mercenaires venus défendre le président François Bozizé".

Afrikarabia logo V2.pngLundi 31 décembre, la situation était toujours extrêmement tendue en Centrafrique, où les rebelles du Séléka menacent toujours de s'emparer de Bangui. En fin de journée, la rébellion dénonçait l'arrivée de "3 avions gros porteurs en provenance d'Afrique du Sud" sur l'aéroport de Bangui. Selon le Séléka, "un groupe de mercenaires sud-africains ainsi que du matériel ont débarqué vers 17h à la demande du gouvernement centrafricain". Les rebelles croient savoir que le fils du président Bozizé, Francis, par ailleurs ministre de la défense, "s'était rendu dernièrement en Afrique du Sud". Pour l'instant, ni à Bangui, ni à Prétoria, n'ont confirmé cette information.

Selon Jean-Paul Bagaza, un porte-parole de la rébellion, ces mercenaires sud-africains viendraient prêter main-forte à l'armée régulière centrafricaine (FACA) qui a tenté, ce lundi, une contre-offensive sur la ville de Sibut, toujours contrôlée par le Séléka. La rébellion aurait repoussé l'attaque des FACA et ferait désormais route vers Bangui, la capitale.

Sur le plan diplomatique, la situation est toujours au point mort. Dimanche, le béninois Thomas Boni Yayi, président de l'Union Africaine, est parvenu à obtenir de François Bozizé, la proposition d’un gouvernement d’union nationale avec la promesse de ne pas se représenter à la présidentielle de 2016. La rébellion a sèchement rejeté ces propositions estimant qu'il était désormais "trop tard". Pour la coalition, le président Bozizé "n'est plus crédible" et "doit partir". Lundi 31 décembre, le président français François Hollande s’est entretenu au téléphone avec le président centrafricain et il a appelé toutes les parties au dialogue, sans répondre aux demandes d'aide de François Bozizé. Les premiers jours de l'année 2013 risquent d'être décisifs pour l'avenir de la Centrafrique.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Viols au Kivu (RDC) : le M23 suscite une guerre de tribu(ne)s en France

Valérie Trierweiler, compagne du président Hollande, a apposé sa signature sur un texte du quotidien Le Monde accusant le M 23 de viols massifs commis en RDC, et l’ONU d’inertie coupable.  L’écrivain Jean-François Dupaquier lui a répondu cinq jours plus tard dans les colonnes de Libération (consultable ici). Il s’en explique pour Afrikarabia. 

Capture d’écran 2012-12-31 à 11.29.56.png- Afrikarabia : Jean-François Dupaquier, qu’est-ce qui vous a choqué dans la tribune publiée le jour de Noël par Le Monde daté du 26 décembre 2012, tribune intitulée : « Au Kivu, on viole et massacre dans le silence, l'ONU doit remplir son mandat en RDC » ? 

- Jean-François Dupaquier : Certainement pas ce titre. Il résume des informations tragiques, d’ailleurs relayées depuis un certain temps par votre site Afrikarabia. Mais la tribune qui suit est bien plus manipulatrice que ce titre le laisse à penser. Il est vraisemblable que de nombreux abonnés de votre site n’ont pas lu cette tribune signée notamment par la Première Dame de France. Je vous suggère de la publier in extenso, pour que chacun puisse la lire et comprendre toute cette histoire.

- Afrikarabia : La tribune du Monde est consultable en cliquant ici

- Jean-François Dupaquier : Donc chacun voit qu’après des considérations générale sur la beauté des paysages et le pillage des richesses du sous-sol, on revient sur la présence de « bandes de mercenaires et de pillards de toutes sortes qui « martyrisent les populations », notamment par « les viols et les massacres ».

- Afrikarabia : Rien à redire à cela ? 

- Jean-François Dupaquier : Bien au contraire. Comme je l’ai écrit dans Libération, au niveau d’abjection atteint en RDC, toute proclamation d’indignation est bienvenue. J’ai moi-même dénoncé l’inertie des forces des Nations-Unies coûteusement déployées en RDC et bien des voix se sont élevées contre cette situation.  

- Afrikarabia :  Alors, qu’est-ce qui pose problème ? 

- Jean-François Dupaquier : Ce qui pose problème, c’est que la dénonciation vienne du pouvoir français sous les signatures, entre autres, de Yamina Benguigui, ministre déléguée à la Francophonie au Quai d’Orsay et Valérie Trierweiler,  la compagne du président François Hollande, Première Dame de France. Cette tribune est, en raison des fonctions de ses signataires, un texte politique qui implique Paris. Comment ces deux femmes si haut placées dans l’Etat peuvent-elles dénoncer le fait que « ces dix-sept mille soldats de la Mission de l'ONU pour la stabilisation en RDC (Monusco) attendent une résolution du Conseil de sécurité qui leur permettrait d'agir » et ajouter qu’il s’agit d’un  « drame que la communauté internationale pourrait arrêter. A l'instant. Il lui suffirait de donner l'ordre aux dix-sept mille soldats de faire leur métier et de remplir leur mandat. Leur métier de soldat. Et leur mission de garantir la paix et la dignité de l'espèce humaine. » Fin de citation. Les pétitionnaires semblent avoir oublié que la France est l’un des membres permanents du Conseil de sécurité. Nos représentants à New-York ont voté en 1999 le texte du mandat qui n’accordait qu’un mandat purement défensif aux Casques bleus de la MONUC (Mission de l'Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo, devenue MONUSCO - Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo -). Depuis 1999, les chefs d’Etat français et leurs chefs de gouvernement, UMP ou PS, n’ont rien réclamé d’autre à l’ONU. 

- Afrikarabia : Selon certains spécialistes du droit international, le mandat des Casques bleus de la MONUSCO est moins défensif qu’on l’interprète sur le terrain…? 

- Jean-François Dupaquier : Si l’on aborde la question sous cet angle, la prise de position de mesdames Trierweiler et Benguigui n’est pas davantage pertinente. Elles ne semblent pas savoir que depuis des années le Département des Opérations de Maintien de la Paix de l’ONU est dirigé par un Français. Il s’agit actuellement d’Hervé Ladsous, ex-directeur de cabinet de Michelle Alliot Marie et d'Alain Juppé. C’est lui qui pourrait interpréter le mandat des Casques bleus de l’ONU dans un sens plus offensif. Avez-vous entendu dire que M. Hollande  ou M Fabius ait demandé sa tête ?  

- Afrikarabia : Et les représentants de la France au Conseil de sécurité, qu’ont-ils fait concernant la tragédie du Kivu ? 

- Jean-François Dupaquier :  Les signataires de la pétition exigent « de donner l'ordre aux dix-sept mille soldats de faire leur métier et de remplir leur mandat ». Depuis 1999 l’Elysée a accueilli trois présidents, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande. Un seul des trois a-t-il entamé des démarches à l’ONU pour stopper la tragédie de l’impuissance des Casques bleus? Un seul des cinq Premiers ministres, de droite comme de gauche, de la période, Lionel Jospin (1997-2002), Jean-Pierre Raffarin (2002-2005), Dominique de Villepin (2005-2007), François Fillon (2007-2012), et enfin Jean-Marc Ayrault (depuis six mois) est-il intervenu en ce sens ? La réponse est non, là encore. Trouver parmi d’autres signataires le nom de Jacques Chirac donne la mesure du caractère inconséquent de cette tribune. 

- Afrikrabia : Les signataires de cette tribune incriminent le mouvement rebelle M 23 de crimes et de viols massifs ? 

- Jean-François Dupaquier : C’est effectivement ce qu’on lit dans « Le Monde » : « L'horreur, ces derniers jours, a franchi un nouveau degré. Des escadrons, dont le groupe baptisé M23, font des incursions à Goma et sèment la terreur dans sa périphérie. Ils portent de beaux uniformes et brandissent des armes neuves. D'où viennent-ils ?  Ils ravagent et ils tuent. Et ils violent. Ils violent par centaines de milliers les femmes et les enfants pour terroriser la population. Ils violent pour détruire. Ils violent pour arracher à jamais les identités. Et les enfants qu'ils n'ont pas massacrés, ils les enrôlent de force. » Quand on  lit ça, on se frotte les yeux. Le seul groupe armé nommément accusé de viols massifs par nos tribuniciens est le « M 23 », un mouvement mené par des Congolais rwandophones toujours frappés par un racisme quasi-officiel et menacés dans leur existence. Le M 23 est apparu au mois de mars dernier alors que les viols massifs ont commencé en 1995-1996. Il n’est pas présent au Sud-Kivu où les viols sont les plus massifs. Cherchez l’erreur !  Il n’entre pas dans mon propos de prétendre que les combattants du M 23 sont des anges. Seulement d’observer que le M 23 est presque le seul parmi quelque 200 groupes armés qui n’ait pas fait du viol une arme de guerre. C’est ce paragraphe de la tribune du Monde signée de mesdames Trierweiler et Benguigui qui leur permettra d’être inscrites au monument de la confusion compassionnelle pour la première, et de l’erreur de casting pour la seconde. 

- Afrikrabia : Pourquoi donc avoir stigmatisé le seul M 23 alors que des dizaines d'autres groupes armés terrorisent la population ? 

- Jean-François Dupaquier :  Bonne question à poser aux signataires de la tribune. L’écrivain Erik Orsenna a livré à ce sujet des détails très intéressants jeudi 27 décembre à 7 h 51 sur France Inter, où il était interrogé par l’excellente journaliste Pascale Clark. Je suggère à vos abonnés de réécouter cette émission ou de la podcaster sur http://www.franceinter.fr/emission-l-invite-de-7h50-erik-...  Chacun entendra Erik Orsenna reconnaitre de façon un peu vaniteuse être le rédacteur en chef de ce texte. En même temps il déclare « je ne suis pas à l'origine de cette tribune du Monde, c'est vraiment une sorte d'indignation collective ».

- Afrikrabia : Que veut-il dire par là ? 

- Jean-François Dupaquier :  C’est clairement Mme Yamina Benguigui qui est à l’origine de toute cette affaire. Lors de la préparation du sommet de la Francophonie à Kinshasa, elle a découvert cette tragédie des viols massifs au Kivu. D’après son entourage, elle s’est aussi prise de sympathie pour le président Joseph Kabila qu’elle veut absolument tirer de ses problèmes actuels. Alors que le choix de Kinshasa posait toutes sortes de défis notamment politique et éthiques, la ministre déléguée à la Francophonie a cherché à faire diversion. La rébellion du M23 venait de s’emparer à mi-octobre de Goma. Devant la ministre, le président Joseph Kabila a joué les victimes et lui a raconté une belle fable sur les viols commis par les hommes du M 23. Yamina Benguigui s’est vue en incarnation d’une grande cause internationale : porte-parole des femmes victimes du Kivu. De retour à Paris, à la sortie du Conseil des ministres, elle a accroché les journalistes en rappelant que 70 000 réfugiés, pour l'essentiel des femmes et des enfants, vivaient à Goma : « C'est une situation catastrophique a-t-elle martelé. Depuis deux jours ce camp a été ouvert, elles se sont enfuies, elles sont tuées, elles sont massacrées, c'est un conflit qui se passe sans aucune image. C'est un conflit tragique, humanitaire, où les femmes sont devenues des butins de guerre, elles sont un champ de bataille, et on les massacre et viole à satiété ».

- Afrikarabia :  Elle a surtout fait du buzz pour avoir affrêté un Falcon vers la RDC, au lieu d’emprunter les lignes régulières, comme François Hollande en a donné instruction à ses ministres ? 

- Jean-François Dupaquier :  Les journalistes ont relevé ce problème sans prendre en compte l’ensemble du scénario. L’objectif était de mettre en scène Yamina Benguigui en chargée d’action humanitaire. Elle avait annoncé apporter pour 2 millions d’euros d’aide aux populations. Une part de la somme a servi à payer son coûteux déplacement dans un luxueux Falcon 2000 appartenant à la République française qui lui permettait de faire ce crochet par Goma, au retour de Kinshasa. Finalement, elle a remis 1 250 000 euros à l’agence régionale du PAM (Programme Alimentaire Mondial) et promis 500 000 euros pour les activités de protection des déplacés menées par le Haut commissariat aux réfugiés (HCR).  Ceci constitue une faible part des besoins du PAM, estimés à 514 millions d’euros, mais ce n’était pas la question : Yamina Benguigui s’est surtout fait photographier visitant le camp de déplacés de Kanyarunya qui accueille 57 000 personnes dont beaucoup de femmes et d’enfants, et s’entretenant avec les acteurs humanitaires. De belles images supposées lui donner une expertise des problèmes de la région.  Ce qu’Erik Orsenna appelle « vraiment une sorte d'indignation collective » est surtout une opération personnelle de Yamina Benguigui à la recherche d’une gloire facile.

- Afrikarabia :  Une gloire facile selon vous ?  

- Jean-François Dupaquier :  C’est une litote de dire que l’ex-réalisatrice n’a pas réussi à endosser le costume de ministre déléguée à la Francophonie et qu’elle essaye désespérément de retarder son départ du gouvernement. L’appui de Valérie Trierweiler lui serait d’un grand secours. Autour de cette affaire du Kivu, elle a donc monté une petite coterie avec Emmanuel Poilâne, directeur de la Fondation France Libertés de la défunte Danielle Mitterrand, pour « mouiller » la Première Dame. 

- Afrikarabia :  Qu’est-ce qui vous fait dire que la Fondation France Libertés serait impliquée dans ce que vous qualifiez de « coterie » ?

- Jean-François Dupaquier : D’une part, Erik Orsenna déclare à France Inter que dans le groupe à l’origine de la tribune du Monde, il y a « des représentants d'O.N.G. comme Emmanuel Poilâne qui est le représentant de France Libertés ». D’autre part, la Première Dame signe la tribune ainsi : « Valérie Trierweiler, ambassadrice de la Fondation Danielle Mitterrand » [le nom familier de la Fondation France Libertés]. Il a fallu beaucoup d’inconscience et d’ignorance à ces gens pour faire croire à Valérie Trierweiler que le nom « Mitterrand » pouvait lui apporter une parcelle de crédibilité dans la région des Grands Lacs.  François Mitterrand a été le premier responsable de l’intervention militaire française au Rwanda entre 1990 et 1993, intervention qui avait donné à un régime disqualifié le temps de préparer le génocide des Tutsi. Son fils Jean-Christophe Mitterrand, alors chef de la cellule « Afrique » de l’Elysée,  a été aussi l’artisan de cette politique  (voir le livre de Gérard Prunier, Rwanda, Ed Dagorno). Quand à Danielle Mitterrand, elle s’était gardée de prononcer un mot sur les responsabilités de la France dans le troisième génocide du XXe siècle. Sans doute au nom de l’esprit de famille, plus lourd qu’un million de morts.  Emmanuel Poilâne, qui a proféré beaucoup de bêtises sur la région, ferait bien de se documenter et de réfléchir avant de s’exprimer sur cet océan de tombes où plane l’ombre de trois Mitterrand.

- Afrikarabia : J’en reviens à la question de tout à l’heure : pourquoi donc avoir stigmatisé le seul M 23 comme auteur de viols massifs ? 

- Jean-François Dupaquier :  Je répète: bonne question à poser aux signataires de la tribune ! Qui a développé les viols massifs comme arme de guerre ? Il n’y avait pas de viols massifs au Congo avant le génocide contre les Tutsi du Rwanda en 1994. C’est un produit d’importation des milices et de l’armée « génocidaires » rwandaises qui ont pu se replier au Congo grâce à « l’opération Turquoise » et ensuite organiser à leur profit le pillage du pays sous l’étiquette FDLR. Je le répète : les Forces armées de la RDC (FARDC)  sont, de l’avis des observateurs, les premiers auteurs de viols massifs avec leurs alliés issus des anciennes Forces armées rwandaises et des milices interahamwe rebaptisées FDLR. Voici quelques extraits des rapports successifs de l’ONU entre 2009 et 2012 sur les responsabilités des FDLR dans des viols collectifs (à consulter ici).   Sur France Inter, l’écrivain  Erik Orsenna, rédacteur du texte, absout pourtant « l’Etat très faible et tout à fait corrompu, donc tout à fait impuissant » de Kabila fils. Voici la corruption érigée en circonstance atténuante pour le chef des corrompus… « L'horreur, ces derniers jours, a franchi un nouveau degré », selon Mme Benguigui, sans doute pour justifier sa découverte tardive de la tragédie. C’est regarder son nombril et le prendre pour la Lune. Or ce que craignent surtout les habitants de Goma et des alentours, c’est le retour des FARDC, entourées d’une réputation d’ivrognes, de pillards et de violeurs, et leurs alliés des FDLR, agrégat de milices et d’anciens militaires rwandais qui ne vaut pas mieux. S’agirait-il en définitive de sauver Joseph Kabila, président défaillant d’un Etat devenu maffieux ?

- Afrikarabia :  On lit dans la tribune « D'où viennent-ils ? Ils ravagent et ils tuent. Et ils violent. Ils violent par centaines de milliers les femmes et les enfants pour terroriser la population ». On voit bien que le régime de Paul Kagame, au Rwanda, est implicitement désigné comme le prescripteur de crimes horribles ? 

- Jean-François Dupaquier :  Il y a un passage encore plus significatif dans la tribune du Monde, c’est celui ci : « Des escadrons, dont le groupe baptisé M23, font des incursions à Goma et sèment la terreur dans sa périphérie. Ils portent de beaux uniformes et brandissent des armes neuves ».  Cette histoire des uniformes et armes neufs semble avoir une grande importance. Déjà durant la guerre civile au Rwanda les militaires français se plaignaient que l’armée qu’ils soutenaient était dépenaillée, incapable de bien entretenir ses armes, à l’inverse des rebelles du Front patriotique. Eric Orsenna y revient dans l’interview de Pascale Clark sur France Inter : « Le M. 23 a pris possession de la ville principale du Nord Kivu qui s'appelle Goma, et donc ils sont arrivés avec des uniformes  très neuf, et des armes qui semblaient sortir de l'usine, et on était quelques-uns à s'intéresser à ces questions depuis longtemps, et on s'est dit que là, ça suffisait ». Pourquoi des rebelles qui seraient bien habillés, bien armés et disciplinés devraient-ils être diabolisés ?  Peut-être parce que ça réveille un fond de racisme inconscient, y compris chez nos pétitionnaires parisiens, pontifiant dans le « triangle intello »  entre la Closerie des Lilas, le boulevard Saint-Michel et le carrefour de Saint-Germain des Prés. Certains à l’évidence réservent leur capital de sympathie aux Africains dépenaillés, en loques, surtout les militaires. Comme s’ils étaient moins dangereux !  Vous avez sans doute remarqué ces derniers jours que la coalition rebelle du Séléka en Centrafrique est également accusée d’avoir fourni à ses troupes des uniformes et armes neufs. Ce n’est pas normal pour des rebelles africains. Et en plus, comme en RDC, l’armée régulière se décompose à leur approche : méfiance !   …. 

- Afrikarabia :  Revenons au fond : le Rwanda est accusé plus ou moins insidieusement par M. Orsenna, Mme Benguigui, Mme Trierweiler et d’autres, dans les colonnes du Monde, de soutenir des hordes de violeurs en RDC….  

- Jean-François Dupaquier :  Franchement, quel culot ! J’ai déjà expliqué sur votre site la genèse de ces viols massifs utilisés comme arme de guerre. Au risque de me répéter : il n’y avait pas de viols massifs au Congo avant le génocide contre les Tutsi du Rwanda en 1994. C’est un produit d’importation des milices et de l’armée « génocidaires » rwandaises qui ont pu se replier au Congo grâce à « l’opération « militaro-humanitaire » française  Turquoise, entre juin et août 1994. Ce qui leur a permis ensuite d’organiser à leur profit le pillage du pays sous l’étiquette FDLR.  Si nos pétitionnaires veulent voir la réalité en face, pas besoin de s’offrir un  Falcon 2000 aux frais des contribuables français. Un ticket de métro suffit : le principal chef des FDLR (« Secrétaire exécutif ») se prélasse en Seine-Saint-Denis, à une des portes de Paris. Il s’appelle Callixte Mbarushimana. La France de Jacques Chirac (Droite, Elysée) et de Lionel Jospin (PS, Matignon) l’a accueilli à bras ouvert en 2002. La France de François Hollande/Valérie Trierweiler le supporte toujours. 

- Afrikarabia :  Callixte Mbarushimana a été remis à la Cour pénale internationale (CPI) en février 2011. Mais en décembre de la même année, la CPI a finalement décidé de ne pas retenir les charges de crimes contre l’Humanité et crimes de guerre contre lui concernant les atrocités des FDLR au Kivu. Après quoi il est revenu vivre en France.

- Jean-François Dupaquier : Un épisode effectivement intéressant, car la décision de ne pas donner suite au mandat d’arrêt international a sanctionné une enquête bâclée des policiers de l’ONU au Kivu. Mais savez-vous pourquoi l’enquête a été bâclée ? Notamment parce que la France a refusé d’y collaborer. Lorsque les enquêteurs de l’ONU ont voulu, en 2008, documenter les ramifications des FDLR en France, on leur a même été refusé d’identifier les 21 destinataires de communications qui ressortaient des écoutes téléphoniques menées par les services de l’ONU au Kivu.  Sans pouvoir en fournir des preuve écrite, la Commission d'enquête citoyenne française et la journaliste belge Colette Braeckman ont eu des informations selon lesquelles la France aurait aussi contribué à l’armement de ce groupe si sympathique.

- Afrikarabia : Concernant les chefs des FDLR réfugiés en Europe comme Mbarushimana, l’ONU parle  d'une structure politique "propre" c’est à dire non impliquée dans le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994 »

- Jean-François Dupaquier : Effectivement. Le 12 mars 2008, lorsque le Conseil de sécurité de l'ONU s’est intéressé aux groupes armés hutus rwandais opérant dans l'est de la République démocratique du Congo, c’est la France qui a rédigé la résolution 1804 qui "exige que tous les membres des FDLR, ex-FAR/Interahamwe et autres groupes armés rwandais qui opèrent dans l'est de la RDC déposent immédiatement les armes. » Contre ces propagateurs de violences sexuelles de masse, Paris a ainsi fait preuve d’une duplicité remarquable. Comme l’écrivait le quotidien Le Monde dans son édition du 26 novembre 2009, « un rapport d'experts mandatés par l'ONU a mis en évidence l'important réseau international sur lequel ils [les FDLR] s'appuient. Le texte, examiné à huis clos par le Conseil de sécurité, mercredi 25 novembre, n'a pas été rendu public. Selon une copie dont Le Monde a possession, il montre l'étendue du réseau à l'étranger de la rébellion hutue rwandaise. Celle-ci a été créée autour d'un noyau de miliciens et d'ex-soldats impliqués dans le génocide rwandais de 1994. Avec le temps, ces "génocidaires" ont été rejoints par de nouvelles recrues dans l'est de la RDC, où ils ont longtemps opéré.
Parallèlement, les FDLR se sont dotés à l'étranger d'une structure politique "propre" (non impliquée dans le génocide), de réseaux de soutien et de financement dans une vingtaine de pays décrits par les experts mandatés par les Nations unies. » La France apparaissant au premier rang dans l’échelle de complicité.

- Afrikarabia : C’était en 2008… 

- Jean-François Dupaquier : Si en 2008 on parlait de duplicité française, comment qualifier en 2012 la tribune du Monde où les FDLR ne sont même pas mentionnées comme un des principaux groupes pratiquant le viol massif comme arme de guerre ? Puisque les pétitionnaires Orsenna, Benguigui, Trierweiler, Chirac etc.,  se disent révulsés par les viols massifs commis dans cette région des Grands Lacs, encore une observation : trois mois après le génocide, la France accueillait un prêtre rwandais soupçonné de participation au génocide et d’avoir violé des paroissiennes tutsi, le père Wenceslas Munyeshyaka. C’était encore sous la présidence de François Mitterrand.  Un  an plus tard, il était mis en examen par un juge d’instruction français. C’était en 1995.  Ca dure depuis 17 ans : un record de lenteur. De gauche, de droite, tous les gouvernements français se sont donné le mot : ne rien faire, encourager les juges d’instruction successifs à glisser ce dossier « sous le tas » quand la chancellerie ne leur mettait pas des bâtons dans les roues. On attend soit un non-lieu, soit qu’il soit renvoyé devant la cour d’assises. Peut-être en 2014… Pour les 20 ans du génocide ? Pas besoin là encore du Falcon 2000 de la République pour se rendre sur le théâtre des opérations, car il n’y a pas de piste d’atterrissage à Gisors, dans l’Eure, où le père Munyeshyaka dit tous les jours la messe. Le trajet en train, depuis Paris Saint-Lazare, prend une heure…

- Afrikarabia :  quelles leçons tirez-vous de toute cette affaire ? 

- Jean-François Dupaquier :  Au moins quatre leçons.  D’abord, le constat d’un racisme sournois, à mon avis inconscient, qui sous-tend la rédaction de cette tribune du Monde. C’est l’idée reçue que, concernant l’Afrique noire, il n’y a pas besoin de se renseigner vraiment pour savoir et pour faire la leçon. Et comme au temps des premières grandes expéditions coloniales dans la seconde moitié du XIXe siècle,  Mme Benguigui croit pouvoir facilement tirer gloire, honneur et surcroît d’influence d’une aventure africaine de quelques heures, vite médiatisée. Seconde leçon, c’est une nouvelle démonstration de la vacuité de nos élites, entraînées à signer cette tribune, peut-être sans l’avoir lue auparavant, sans avoir pris conseil. J’éprouve de la peine d’y lire les noms de personnes éminemment respectables comme Robert Badinter, Abdou Diouf, ancien Président de la République du Sénégal et Secrétaire Général de la Francophonie, Leymah Gbowee, prix Nobel de la paix 2011 ; l’écrivain Jean Christophe Ruffin, et last but not least,  Stéphane Hessel, ancien ambassadeur de France. On sait au moins comment ils ont été sollicités grâce aux confidences d’Erik Orsenna sur France Inter : « Le lien c'était Nathalie Mercier qui est la directrice de la communication du Musée du quai Branly. Et alors on m'a demandé de porter la plume  comme d'habitude, moi, depuis l'âge de 15 ans, dès qu'il y a un texte à écrire, c'est moi qui l'écris. » Nathalie Mercier, ancienne directrice dans la grande agence de publicité Euro-RSCG, était la conseillère en image de Valérie Trierweiler durant la campagne de la présidentielle. Disons tout simplement une experte en manipulation et désinformation, elle vient d’en faire la preuve.

- Afrikarabia : quelle troisième leçon ?

- Jean-François Dupaquier :  Troisième leçon, et elle se rattache aux précédentes : il s’agit d’une intrigue de cour. Eric Orsenna a une fois encore « mangé le morceau » au micro de Pascale Clark, avec une impudeur qui en dit long :


- [Question de Pascale Clark] : « Érik Orsenna, vous projetez, vous venez de le dire, un voyage l'an prochain au Kivu. Valérie Trierweiler travaille à vos côtés ? »
- [Erik Orsenna] : « Je ne sais pas. En tout cas, elle est très impliquée, parce que je vous rappelle qu'elle était avec le président de la République à Kinshasa lors du sommet de la Francophonie. Elle a vu les enfants sorciers qu'ils l'ont tout à fait bouleversée, et donc on verra si elle vient avec nous. » [fin de l’interview]


Monsieur Orsennadevrait comprendre qu’émotion et courtisanerie ne fondent pas une politique ! On comprend que ça grenouille beaucoup autour de la Première Dame et là, malheureusement, les courtisans ont gagné ! Ce n’est pas l’Affaire du collier de la Reine, mais ça fait mauvais effet.

- Afrikarabia : et la dernière leçon de tout ça ? 

- Jean-François Dupaquier : quelle place occupe un tel texte dans un régime démocratique ? Est-il imaginable que la Première Dame et un ministre du gouvernement français cosignent une analyse diplomatique sur une zone de conflit majeur mettant en cause l’ONU et un des protagonistes armés sans engager l’autorité de l’Etat ? On voit mal Michelle Obama signer un texte équivalent sans en parler à son époux de Président, et sans qu’il soit validé par le Département d’Etat.
Mais une tribune aussi contestable, pour ne pas dire aussi lourde de non-sens sur un problème pourtant aussi grave, peut-elle avoir obtenu le « feu vert » de François Hollande, de Laurent Fabius, ou encore un avis favorable de la « cellule Afrique » de l’Elysée ? Que la réponse soit positive ou négative, la conclusion est la même : nous ne sommes pas dans le cadre de la « présidence normale » et de la bonne gouvernance qui ont été promises.

Propos recueillis par Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Jean-François Dupaquier a publié « L’Agenda du génocide». Ed. Karthala, Paris, 2010 - 29 euros.

30 décembre 2012

Centrafrique (RCA) : Les rebelles "en mesure de prendre Bangui"

Désormais aux portes de Bangui, plus rien ne semble pouvoir arrêter les rebelles du Séléka. Le président centrafricain, François Bozizé, abat ses dernières cartes en proposant la nomination d'un gouvernement d'union nationale… ce que refusent la rébellion. Selon le Séléka, la chute de Bangui serait une question d'heures.

carte RDC Afrikarabia Centrafrique 10km Bangui.jpgLa rébellion centrafricaine du Séléka estime dimanche soir pouvoir faire tomber Bangui "à tout moment" et "au plus tard mardi". Certains éléments de la coalition du Séléka se trouveraient "à moins de 10 km" de la capitale centrafricaine, selon un porte-parole contacté ce dimanche par Afrikarabia. L'étau se resserre donc autour du président François Bozizé, qui vient de faire plusieurs gestes envers la rébellion : il propose des négociations sans délai, de former un gouvernement d'union nationale et promet de ne pas se représenter en 2016. "Trop tard" répondent les rebelles, pour qui, François Bozizé "avait cette possibilité depuis 2007". Dans un dernier sursaut, François Bozizé demande une rencontre avec François Hollande, celui-là même qu'il accusait il y a encore quelques jours de vouloir le renverser. Le président français a appelé, dimanche soir, toutes les parties au calme, sans faire mention de la demande de rencontre.

En position de force, la rébellion rejette en bloc toutes les propositions de négociations de François Bozizé et demande à l'Union africaine (UA) de "faire comprendre" au président centrafricain "qu'il doit accepter de partir". "François Bozizé n'est plus légitime, ni crédible pour dialoguer", nous explique un porte-parole de la coalition. "Nous ne voyons aucune objection à la formation d'un gouvernement d'union nationale… mais sans Bozizé ! On pourra peut-être lui proposer l'amnistie, mais c'est tout !". Au sein du mouvement rebelle, la page Bozizé semble déjà tournée. "On croit même savoir", me confie un membre du Séléka, "que François Bozizé se réfugiera au Bénin si les choses tournent mal". "C'est aussi pour cela que le président béninois Yayi Boni était ce dimanche à Bangui", conclut mon interlocuteur. Selon Eric Massi, un porte-parole du Séléka à Paris, la rébellion contrôlerait 85% du territoire.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

29 décembre 2012

Centrafrique : Sibut tombée aux mains des rebelles

La rébellion centrafricaine du Séléka affirme ce samedi avoir pris la ville de Sibut et contrôler celle de Bambari. C'est au cours d'une contre-offensive, lancée vendredi par le président François Bozizé pour reprendre Bambari, que les rebelles se sont emparés de Sibut, à 180 km de la capitale Bangui.

carte RDC Afrikarabia Centrafrique prise Sibut.jpgLes événements se sont accélérés, vendredi, en Centrafrique. Alors que la rébellion du Séléka marche depuis le 10 décembre sur la capitale centrafricaine et s'est emparée de plusieurs villes du pays, le président François Bozizé a lancé une  importante contre-offensive sur la ville stratégique de Bambari qu'il souhaitait reprendre. Les combats ont duré plusieurs heures sans qu'aucun bilan officiel ne soit donné. La rébellion affirme qu'il y aurait "au moins 10 morts et 20 blessés côté gouvernemental".

Samedi matin, la coalition du Séléka nous a affirmé avoir le contrôle total de Bambari et s'être emparée de la ville de Sibut, à 180 km de Bangui. C'est dans cette ville qu'étaient stationnés les forces armées centrafricaines (FACA) qui ont mené la contre-offensive sur Bambari.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

28 décembre 2012

RDC : Inquiétants retards de la "réforme de l'armée"

"Une armée qui rassure notre peuple", c'est ce que souhaitent 144 ONG congolaises dans une lettre ouverte au président congolais, Joseph Kabila. Après le discours du chef de l'Etat, le 15 décembre dernier, ces ONG demandent une urgente application de la réforme de l'armée et du système de sécurité en République démocratique du Congo, qui prend un inquiétant retard.

DSC04006.jpgAlors que le pays est une nouvelle fois en proie à l'insécurité à l'Est du Congo, 144 ONG congolaises réclament une rapide réforme de l'armée, de la police et des services de sécurité, "apolitiques et professionnelles". Ces organisations notent les "avancées significatives" enregistrées en août 2011, avec la promulgation des lois organiques n°11/012 et 11/013, mais s'inquiètent des retards et de l'arrêt de la réorganisation de l'armée et de la police nationale congolaise. (Lettre à lire en cliquant ici)

Elles s'étonnent que la mise en place du Conseil supérieur de la défense, votée par les deux chambres, attend toujours sa promulgation par le président de la république. De même pour la loi sur le Statut militaire des forces armées, votée en seconde délibération en juin 2012 et qui n'est toujours pas promulguée. Ces ONG notent également, que certaines lois promulguées (n°11/012), souffrent de l'absence d'ordonnances présidentielles et d'arrêtés ministériels. La loi n°11/012 prévoit notamment un délai fixe de deux ans pour être appliquée… il ne reste donc que quelques mois pour agir, selon ces organisations.

D'autres lois, sur le statut des personnels de la police, l'assainissement des effectifs de l'armée, le commandement des Ecoles militaires, le fonctionnement des juridictions militaires… sont elles aussi en "stand-by". Les 144 ONG signataires de cette lettre ouverte au président Kabila estiment que "la défense de la patrie est une priorité nationale" et passe par une réforme profonde et efficace de l'armée congolaise.

Tout le monde le sait : l'armée congolaise est à reconstruire. Désorganisés, mal formés, mal payés, les militaires congolais (FARDC) sont dans l'incapacité de rétablir la sécurité dans le pays. Ces troupes vieillissantes et non-formées à 70% se retrouvent également accusées des pires atrocités : pillages, viols, meurtres… Résultat : 1,7 million de Congolais sont déplacés dans leur propre pays et 500.000 se sont réfugiés dans les pays voisins. Après 15 années de conflits à répétition, l'armée régulière se révèle toujours incapable d'assurer la sécurité de sa population.  Les 144 ONG estiment que "c’est en procédant de la sorte que la République démocratique du Congo sera dotée réellement d’une armée dissuasive, républicaine… que le peuple soutiendra en tous temps et en toutes circonstances…".

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Photo : Ch. Rigaud © Afrikarabia

RDC-RCA : La rébellion confirme les renforts congolais à Bangui

Afrikarabia rapportait jeudi 27 décembre la présence de 300 membres de la garde présidentielle de RDC pour soutenir le président Bozizé à Bangui. Les autorités congolaises ont démenti cette information, affirmant que ces éléments étaient à Bangui "depuis 3 ans dans le cadre de la force multinationale d'Afrique centrale (FOMAC)". La rébellion centrafricaine déclare aujourd'hui que ces renforts "ne font pas partie de la FOMAC" et ont même été aperçus ce matin "à 22 km de Bangui". La Séléka donne 48 heures aux troupes congolaises "pour se replier".

carte RDC Afrikarabia Centrafrique zone rebelle.jpgLa polémique continue sur la présence de soldats congolais de la garde présidentielle à Bangui. Jeudi, les rebelles de la coalition Séléka affirmaient sur Afrikarabia, que "300 éléments de la garde présidentielle de République démocratique du Congo (RDC) ont été dépêchés à Bangui, mercredi 26 décembre, via Zongo". Les soldats congolais auraient été accueillis par un bataillon d'infanterie amphibie et installés au camp Beya, le quartier général de l'armée centrafricaine. Les rebelles demandaient alors à la garde présidentielle congolaise de "rester neutre, de ne pas rentrer dans le conflit" et de "protéger la population des exactions de Bozizé".

Vendredi, le gouvernement congolais a démenti cette information. "Les troupes congolaises sont à Bangui depuis près de trois ans dans le cadre de la Force multinationale d'Afrique centrale (FOMAC)" a affirmé le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende. La FOMAC compte en effet 500 hommes en Centrafrique, essentiellement pour sécuriser Bangui. Ces troupes sont composées de militaires venant du Tchad, du Gabon et de République démocratique du Congo (RDC).

Pour la coalition rebelle, il s'agit pourtant de renforts, envoyés mercredi par Kinshasa et non de troupes de la FOMAC, déjà présentes en Centrafrique. Les rebelles révèlent également que ses équipes de renseignements ont vu les éléments de la garde présidentielle congolaise, stationnés à 22 km de Bangui. La coalition demande donc à ces troupes congolaises de "se replier vers Bangui" et de "rester neutre dans le conflit". Les rebelles donnent 48 heures à la  garde présidentielle de RDC "pour obtempérer", sinon "nous les attaquerons" affirme un porte-parole de la Séléka.

Sur le terrain militaire, la située est restée figée ce vendredi. Ce matin, les troupes gouvernementales ont affronté la rébellion à Sibut, dans l'espoir de reprendre Bambari, aux mains de la coalition. La rébellion affirme avoir repoussé l'attaque des FACA (Forces armées centrafricaines) et avoir fait 13 prisonniers. 8 pick-up ont également été récupérés par la rébellion. Plus loin, les rebelles affirment avoir stoppé leur avancée "à moins de 30 km de la capitale". Un porte-parole de la Séléka nous confiait cependant que ses hommes ne resteraient pas indéfiniment aux portes de Bangui "sans bouger". Un bref instant, une rumeur faisait état, à Bangui, de la fuite de François Bozizé à Kigali. Le Rwanda a aussitôt démenti l'information.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

27 décembre 2012

RDC-RCA : La garde présidentielle congolaise à Bangui ?

La rébellion Séléka qui menace de renverser le régime du président François Bozizé en Centrafrique, affirme que la RDC aurait envoyé 300 soldats de la garde présidentielle à Bangui. La rébellion centrafricaine demande aux troupes congolaises de "ne pas rentrer dans le conflit". Ces troupes interviendraient dans le cadre de la force multinationale d'Afrique centrale (FOMAC) et seraient stationnées au camp Beya de Bangui.

carte RDC Afrikarabia Centrafrique Bangui Zongo.jpgLe président Joseph Kabila va-t-il prêter main forte à François Bozizé, menacé par une rébellion en Centrafrique ? C'est ce que croit savoir la coalition Séléka qui a repris les armes depuis le 10 décembre et progresse dangereusement vers Bangui. La rébellion affirme à Afrikarabia que "300 éléments de la garde présidentielle de République démocratique du Congo (RDC) ont été dépêchés à Bangui, via Zongo". Les soldats congolais auraient été accueillis par un bataillon d'infanterie amphibie et installés au camp Beya, le quartier général de l'armée centrafricaine. Selon la Séléka, ces militaires interviendraient dans le cadre de la force multinationale d'Afrique centrale (FOMAC) et pourraient être rejoints par d'autres pays, comme le Gabon. Les rebelles demandent aux troupes de la FOMAC de "rester neutre, de ne pas rentrer dans le conflit" et de "protéger la population des exactions de Bozizé".

A l'heure où les rebelles de la Séléka affirment se tenir "à moins de 30 km" de la capitale centrafricaine, l'envoi des troupes congolaises, si minces soient-elles, confirme l'isolement diplomatique du président Bozizé. Le Tchad, son plus fidèle allié, semble faire "le service minimum". Les troupes d'Idriss Déby, se sont prépositionnées dans le Nord et le Centre du pays, mais n'ont jamais constitué un obstacle pour l'avancée des rebelles. La coalition affirme "contourner" les forces tchadiennes, sans affrontement. La France et les Etats-unis, n'ont pas donné suite aux demandes d'assistance du président Bozizé, se contentant d'évacuer ou de protéger leurs ressortissants.

Côté congolais, rien n'a filtré sur la présence de troupes congolaises à Bangui. Deux questions restent pour le moment sans réponse : le parlement congolais est-il au courant de l'envoi de ces soldats ? et pourquoi le président Kabila dépêche-t-il des troupes en Centrafrique alors que sa propre armée peine à venir à bout des rebelles du M23 à l'Est de la RDC ?

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

MISE A JOUR Jeudi 27 décembre à 22h00 : Les troupes de la garde présidentielle de RDC ont été vues par les rebelles de la coalition Séléka aux environs de Liton, à 22 km de Bangui. La rébellion affirme que ces éléments n'intervenaient visiblement pas dans le cadre de la FOMAC comme nous le disons dans l'article ci-dessus.

23 décembre 2012

Centrafrique : Une compagnie rebelle à 85 km de Bangui

Les rebelles continuent leur progression vers la capitale centrafricaine. La coalition Séléka s'est emparée ce dimanche de Bambari, une des principales localités du pays. La rébellion a indiqué à Afrikarabia qu'une compagnie de leur mouvement serait à "seulement 85 km de Bangui". Selon eux, François Bozizé "ne peut plus tenir militairement".

carte RDC Afrikarabia Centrafrique V2.jpgQui peut arrêter l'avancée des rebelles ? Depuis trois semaines, la coalition du Séléka, un mouvement regroupant 3 rébellions centrafricaines, fait route vers Bangui, avec la ferme intention de "faire appliquer pleinement" les accords de paix de 2007. Les rebelles accusent le président centrafricain, François Bozizé, de ne pas avoir respecté ses engagements.

Après une première percée au Nord du pays, les rebelles se sont emparés de la ville minière de Bria et samedi des villes d'Ippy et Ndassima, situées dans le centre. Dimanche, dans la matinée, l'importante localité de Bambari est tombée aux mains des rebelles, après d'intenses combats. La prise de Bambari est symbolique pour la coalition. Cette grosse localité de 50.000 habitants constituait une zone de garnison importante pour l'armée régulière (FACA).

La chute de Bambari intervient alors que François Bozizé, peu enclin aux négociations jusqu'à maintenant, s'estimait prêt à dialoguer à Libreville à condition que la coalition se retire de ses positions. Inacceptable pour la Séléka, qui dit continuer son avancée pour "contrer" les attaques de l'armée régulière. Ce dimanche, un porte-parole de la rébellion a indiqué à Afrikarabia, que son mouvement ne pouvait plus se rendre à Libreville pour négocier, depuis la condamnation des rebelles par le Gabon. La Séléka demande une délocalisation des négociations et souhaite un réel "dialogue inclusif" pour régler la crise.

Sur le plan militaire, les rebelles sont toujours à l'avantage malgré l'intervention des troupes tchadiennes, en renfort de l'armée gouvernementale. Un responsable de la Séléka a confié à Afrikarabia que les troupes tchadiennes n'avaient "toujours pas affronté la rébellion" et  "ne bougeaient pas". Un signe, selon les rebelles, de l'hésitation d'Idriss Déby, à soutenir jusqu'au bout, son allié Bozizé... pour ne pas dire "un lâchage". La Séléka affirme également avoir récupéré "huit jeeps" aux FACA ce dimanche. Toujours, selon un porte-parole de la coalition, "une compagnie rebelle se trouverait dimanche soir à 85 km de Bangui" et nous adéclaré que "François Bozizé ne pouvait plus tenir militairement". Pour l'instant, les autorités centrafricaines n'ont pas réagi à la progression des rebelles vers Bangui.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

19 décembre 2012

Centrafrique (RCA) : Les rebelles peuvent-ils renverser Bozizé ?

Les rebelles de la coalition Séléka menacent de renverser le président François Bozizé, en exigeant le respect des accords de paix signés en 2007. Après avoir fait tombé les villes de Ndélé, Bria et Kabo, les rebelles sont maintenant à 450 km de la capitale. La rébellion affirme être en mesure de prendre Bangui et demande au président tchadien, venu à la rescousse de François Bozizé, de "revenir à la raison" et de servir de médiateur. Afrikarabia a interviewé Jean-Paul Bagaza, porte-parole de la coalition en France.

carte RDC Afrikarabia Centrafrique Bria V2.jpg- Afrikarabia : Quelles sont les revendications de votre coalition ?

- Jean-Paul Bagaza : Nous souhaitons simplement que le président Bozizé respecte les accords signés à Libreville en 2007. Il y avait deux points essentiels : le désarmement et l'insertion dans l'armée centrafricaine de tous les anciens belligérants. Nous souhaitons maintenant insérer dans cette négociation de nouveaux éléments,  comme l'instauration de la démocratie, le respect des droits de l'homme ainsi que le respect de notre constitution. Le président Bozizé a l'intention de modifier la constitution afin de pouvoir se représenter en 2016.

- Afrikarabia : Est-ce que vous demandez le départ de François Bozizé du pouvoir ?

- Jean-Paul Bagaza : Pour le moment nous ne demandons pas son départ. Ce n'est pas l'objectif de la rébellion. L'objectif de notre rébellion est le respect des accords de 2007. Il y a un mois, le président Idriss Déby du Tchad avait lui-même appelé François Bozizé à rassembler toutes les forces politiques du pays, mais il n'en a rien fait. Au lieu de tenir ses engagements, le président Bozizé a simplement procédé au débauchage de certains leaders rebelles. Il les a payé en oubliant les troupes… Et ce que nous vivons aujourd'hui, ce sont les conséquences de cette non-application des accords de 2007. François Bozizé ne tient pas parole.

- Afrikarabia : Le président Bozizé a demandé l'aide militaire du Tchad. Pour quelles raisons ?

- Jean-Paul Bagaza : Le président Idriss Déby a été mal informé par le président Bozizé. François Bozizé lui a menti en expliquant que la rébellion, qui sévit en Centrafrique, est une rébellion "de la France" et "de François Hollande". Bozizé a dit à Déby que la France voulait le renverser et que le régime tchadien serait ensuite le prochain sur la liste à tomber. C'est ce qui a précipité la décision d'Idriss Déby à dépêcher une centaine de chars afin de nous empêcher d'avancer vers Bangui. Nous avons donc demandé au président Déby de revenir à la raison et nous l'avons même sollicité pour devenir médiateur dans cette affaire. Nous lui avons expliqué que la France ne nous soutient pas et que nous sommes une rébellion interne à la Centrafrique. Comme en 2010, Bozizé essaie de sauver son régime avec une intervention tchadienne, mais aujourd'hui, la donne a changé.

- Afrikarabia : La population soutient-elle votre rébellion ?

- Jean-Paul Bagaza : La population centrafricaine ne veut plus de Bozizé. C'est quelqu'un qui ne voit que son intérêt personnel et celui de son camp. Aujourd'hui, notre rébellion est soutenue par la population centrafricaine.

- Afrikarabia : A combien de kilomètres de la capitale se trouve votre rébellion et quelles sont vos chances d'arriver jusqu'à Bangui ?

- Jean-Paul Bagaza : Nos hommes sont à environ 450 km de Bangui. Mais à l'heure où je vous parle (20h mercredi 19 décembre, ndlr), nos hommes ont déjà infiltré la capitale. Il y a eu des tirs d'armes automatiques au niveau de l'aéroport. Il faut bien constater que l'armée centrafricaine (FACA, ndlr) n'existe pas. Il faut savoir aussi que depuis 2003, ce sont les forces tchadiennes qui constituent la garde rapprochée du président Bozizé.

- Afrikarabia : Est-ce que selon vous, François Bozizé contrôle toujours la situation dans la capitale ?

- Jean-Paul Bagaza : Bozizé n'a plus le contrôle de la capitale. Son propre chef d'Etat major a fui. Bozizé avait fait ses valises et voulait se réfugier à Ndjamena, avant l'intervention de l'armée tchadienne. A Bangui, c'est la panique totale. Tout le monde sait que Bozizé va tomber. Même les FACA disent qu'ils ne mourront pas pour quelqu'un qui ne tient pas compte de leur situation sociale. Certaines villes sont tombées sans résistance. Pour preuve, la rébellion n'a perdu aucun homme sur le terrain. Côté gouvernemental, il y a eu 14 morts et nous avons fait une centaine de prisonniers.

Propos recueillis par Christophe RIGAUD - Afrikarabia

18 décembre 2012

RDC : Des millions de personnes "prises au piège" selon Oxfam

Alors que les négociations entre les rebelles du M23 et les autorités congolaises n'ont pas encore commencé à Kampala, la menace d'une reprise des hostilités inquiète Oxfam. Pour cette ONG, "des millions de personnes sont prises au piège dans et autour de Goma, ainsi que dans d’autres villes de l’Est" de la République démocratique du Congo (RDC).

carte RDC Afrikarabia GomaV2.jpgDepuis le retrait des rebelles du M23 de la ville de Goma, samedi 1er décembre, une situation de "ni guerre ni paix", règne sur la capitale provinciale du Nord-Kivu. Mais la peur n'a pas disparu. L'issue des pourparlers entre la rébellion et le gouvernement congolais reste incertaine. Et si les négociations capotaient ? La guerre reprendrait sans doute et le M23, toujours en embuscade, aux portes de la ville, ferait de nouveau tomber Goma.

Selon l'ONG Oxfam, présente au Nord et au Sud-Kivu, notamment dans les trois camp de réfugiés autour de Goma, "plus d’un million de personnes sont menacées par les attaques des milices, rebelles et armées régulières alors que les combattants commencent à se positionner dans et autour" de la capitale du Nord-Kivu. Oxfam "craint que les populations civiles ne subissent des attaques ciblant les camps de déplacés, et que plus d’un million de personnes cherchent à se protéger dans une zone qui fourmille de soldats et de miliciens".

Pour Nicolas Vercken, d'Oxfam France, "il existe désormais un vrai risque de guerre, qui vient s’ajouter à la violence quotidienne et aux exactions auxquelles fait face la population. Un tel conflit serait catastrophique pour la population congolaise, qui subit déjà le pillage, le viol et la torture de la part de plus de 25 groupes rebelles dans l’Est de la RDC".

En plus des rebelles du M23, de nombreuses milices, rançonnent, violent, tuent… y compris l'armée régulière (FARDC). Les soldats congolais constituent souvent l'une des premières sources d'insécurité dans l'Est du pays… avant les rebelles. Oxfam note qu'au moins "quatre groupes armés contrôlent les voies d’entrée et de sortie de Masisi, empêchant presque totalement les personnes de fuir la zone". "Plus de 8000 familles s’abritent à l’heure actuelle dans des églises et des écoles de la ville, et n’ont que difficilement accès à l’eau potable, aux soins médicaux ou aux médicaments", explique Oxfam.

Nicolas Vercken lance un appel aux négociateurs de Kampala pour "mettre fin à cette situation de folie destructrice". Mais aussi aux institutions internationales : "l’Union Africaine et l’ONU doivent s’impliquer comme chefs de file des négociations et s’assurer qu’un agenda pour une solution de long terme soit trouvé". Pour l'instant, seul le "règlement intérieur" des négociations a été validé par les deux parties à Kampala. Quand aux chances de réussites… elles sont minces.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

16 décembre 2012

François Muamba (RDC) : "Je suis à Kampala pour arrêter l'hémorragie"

François Muamba, président de l'ADR, se trouve à Kampala pour assister aux négociations entre le M23 et le gouvernement congolais. Contrairement aux autres partis d'opposition qui boycottent les discussions, l'ancien numéro deux du MLC estime que l'ensemble de la classe politique congolaise doit faire front à "l'agression rwandaise". François Muamba se dit prêt à soutenir le président Kabila et même à participer à un gouvernement d'union nationale.

François Muamba filtre 2.jpg

- Afrikarabia : Les quatre principaux groupes parlementaires d'opposition ont refusé de participer aux négociations entre le gouvernement congolais et le M23. Pour quelles raisons êtes-vous allé à Kampala ?

- François Muamba : Je pense que mes collègues ont mal apprécié la nature du problème qui se pose à la République démocratique du Congo. Nous faisons l'objet d'une agression extérieure, avec des visées et des prétentions sur notre sol et sur nos ressources. A partir de ce moment là, nous ne sommes plus dans un contexte qui doit s'apprécier en terme de tendances politiques : "je suis opposant ou je suis de la majorité". On le voit dans tous les pays du monde lorsqu'une nation est agressée dans sa substance : tout le monde doit se mettre ensemble pour d'abord défendre la nation. La métaphore que j'utilise le plus souvent est médicale : quand un corps perd du sang et qu'il y a des plaies et des fractures, il tombe sous le sens qu'il faut d'abord arrêter l'hémorragie. Et ensuite on peut s'attaquer aux problèmes des fractures et des plaies. En tant qu'opposition, nous avons des revendications. Mais ces revendications, qui sont séculaires, relèvent des fractures et des plaies. Le corps, la République démocratique du Congo, perd son sang. Moi, je suis à Kampala pour arrêter l'hémorragie. Si par les discussions et le dialogue, nous pouvons faire en sorte que la guerre s'arrête, sans tirer un coup de feu… ce sera très bien. Mais une fois que l'exercice du dialogue sera terminé, j'espère positivement, il sera tant, ensuite, que les querelles politiques reprennent.

- Afrikarabia : Vous pensez que la solution à la crise des Kivus est politique ?

- François Muamba : En réalité, les trois fronts (militaire, diplomatique et politique) doivent être simultanés. Les résultats commencent à tomber sur le plan diplomatique. C'est en effet la première fois que sur ce type d'agression, un pays comme le Rwanda est aussi malmené diplomatiquement. Si nous devons renforcer cela par des discussions politiques, parlons-en avec le M23. Les rebelles disent qu'ils ont pris les armes parce qu'un certain accord du 23 mars 2009 n'aurait pas été exécuté correctement… nous sommes ici à Kampala pour examiner cela. Les chefs d'Etat de la région des Grands Lacs ont clairement indiqué le 24 novembre dernier qu'il y aurait dans ce document du 23 mars des revendications dites "légitimes". Si cela peut vider la question des prétextes à ces guerres à répétition dans l'Est, alors parlons-en.

- Afrikarabia : Le M23 demande maintenant la démission du président Joseph Kabila. Vous estimez que les rebelles vont trop loin dans leurs revendications ?

- François Muamba : Ce que vous dites s'obtient par une victoire militaire… nous sommes d'accord ? De deux choses l'une, soit les rebelles veulent discuter avec le président de la République démocratique du Congo, soit ils veulent le chasser du pouvoir, mais il faut savoir. Il y a des gens d'expérience ici, il y en a aussi des plus jeunes, notamment chez eux (au sein du M23, ndlr) qui disent une chose aujourd'hui et le contraire le lendemain… il faut que jeunesse se passe comme on dit. Il ne faut pas oublier que le M23 a dû quitter Goma pour se retrouver avec nous, ici à Kampala, pour discuter, alors qu'il voulait prendre Bukavu et Kisangani… cela veut donc dire qu'un certain nombre de choses se sont passées. Le président Kabila est toujours le président de la République démocratique du Congo, mais cela ne dispense pas le même président de la République, de régler les problèmes qui se posent. Le M23 prend les armes pour dire que l'accord du 23 mars n'a pas été exécuté d'une manière satisfaisante, parlons-en, nous sommes là pour cela. Visiblement, les rebelles ont d'autres choses à dire, qui ressemblent à deux gouttes d'eau à ce que dit l'opposition et qui concernent les problèmes économiques, sociaux et politiques du pays… Sur ces points, le M23 n'a pas le monopole de ces revendications et surtout, il n'avait pas besoin de prendre les armes pour cela. Alors, retournons à Kinshasa et parlons-en entre nous. Et si j'ai bien entendu le président de la République dans son discours de samedi devant les deux chambres, il est lui-même disposé à s'attaquer à tous ces problèmes.

- Afrikarabia : La sortie de crise doit-elle passer par un compromis, qui serait la formation d'un gouvernement d'union nationale ou d'unité nationale ?

- François Muamba : Nous ne pouvons pas admettre qu'un pays qui attaque la République démocratique du Congo, nous oblige à former un nouveau gouvernement. Est-ce que maintenant la situation nécessite que le président prennent des mesures courageuses pour mettre la RDC une bonne fois pour toute à sa place ? Oui. On ne peut pas être la RDC et avoir un peuple qui meurt de faim. On ne peut pas être la RDC et ne pas pouvoir participer à la sécurisation et à la stabilisation de l'ensemble de la région. On ne peut pas être la RDC et ne pas pouvoir fournir au reste du monde un nouveau moteur de croissance (notamment grâce à ses ressources naturelles, ndlr)… Si le président de la République ne relevait pas ces enjeux là, la situation de "balkanisation" du pays deviendrait alors une réalité. Et être opposant aujourd'hui en RDC, cela veut dire : si Joseph Kabila prend les choses en main, on le soutient ; s'il ne les fait pas, on s'oppose.

- Afrikarabia : Cela veut dire, éventuellement, que François Muamba serait disponible pour intégrer un gouvernement d'union nationale ?

- François Muamba : Ce qui n'est vraiment pas possible serait de dire : François Muamba va aller au PPRD (le parti de Joseph Kabila, ndlr) ou à la MP, qui est la plateforme présidentielle. Mais s'agissant d'une décision du président de la République, qui serait de dire : où est la "dream tram" pour l'agenda que je viens d'indiquer, je serai disponible.

Propos recueillis par Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Photo : François Muamba © DR

RDC : Une carte interactive pour suivre le conflit du Kivu

Le think tank International Crisis Group (ICG) propose une carte interactive pour visualiser la crise entre les rebelles du M23 et l'armée régulière congolaise à l'Est de la République démocratique du Congo. Un outil qui permet de mettre "une géographie" sur un conflit complexe.

Carte interactive ICG.pngLe site internet du centre de recherche International Crisis Group (ICG) a recensé sur une carte interactive "tous les incidents de sécurité" dans l'Est de la République démocratique du Congo. Cette carte permet de visualiser l'évolution de la guerre dans les Kivus, depuis la création de la rébellion du M23 en avril 2012. La cartographie proposée par ICG révèle notamment les zones de forts affrontements, durant l'été 2012, autour des villes de Bunagana et Rutshuru, deux villes tombées aux mains des rebelles… un excellent outil pour remettre une géographie et une chronologie sur ces événements.

Les données sont actualisées et revues en fonction des nouvelles informations en provenance des zones de crise. Vous pouvez accéder à cette carte en cliquant ici.

13 décembre 2012

RDC : Matata Ponyo sur la sellette ?

Le Premier ministre de la République démocratique du Congo, Augustin Matata Ponyo se trouve dans une situation très inconfortable. Depuis la reprise de la guerre à l'Est du pays et la suspension du prêt du FMI accordée à la RDC, le Premier ministre pourrait servir de fusible à un président Joseph Kabila, lui-même très affaibli.

Capture d’écran 2012-12-13 à 23.06.03.pngLes heures d'Augustin Matata Ponyo sont-elles comptées à la tête du gouvernement congolais ? Beaucoup le pensent à Kinshasa. Les sites Direct.cd et CongoNews affirment même qu'il pourrait démissionner. Il faut dire que depuis quelques semaines, le Premier ministre congolais enchaîne les déconvenues. A commencer par la crise dans les Kivus.

"Impuissance" gouvernementale à l'Est

Sur le front de la guerre à l'Est, le Premier ministre n'a jamais vraiment eu la main sur le dossier. Le conflit avec les rebelles du M23 est directement géré par la présidence et l'Etat major de l'armée. Sa responsabilité est donc limitée. Mais sur le plan diplomatique, qui dépend directement de son gouvernement, Matata Ponyo n'a pas su convaincre. Dans une tribune publiée dans le quotidien français Libération, le Premier ministre congolais appelle la communauté internationale à "aider la République démocratique du Congo". Pour l'essayiste Gaspard-Hubert Lonsi Koko, Matata Ponyo signe là un aveu "d'impuissance" et ne fait que confirmer "l'aspect moribond de la diplomatie congolaise" (voir son article).

La majorité présidentielle se fissure

Dans la majorité présidentielle, à Kinshasa, on juge également l'action du Premier ministre "un peu faible". Il faut dire que Matata Ponyo n'a jamais fait complètement partie du "sérail politique" congolais. Membre discret du PPRD (le parti présidentiel), Matata Ponyo n'a jamais été considéré par ses pairs comme "un politique", mais plutôt comme un "simple technocrate". La majorité présidentiel commence d'ailleurs à se craqueler depuis quelques mois. Certains dans la majorité n'ont toujours pas digérer le choix de ce Premier ministre "technique", très éloigné du cercle des "purs et durs" du PPRD, qui n'attendent que la chute.

Un Premier ministre pour rassurer

Pourtant le choix de Matata Ponyo paraissait judicieux de la part de Joseph Kabila (voir cet article d'Afrikarabia). Après les élections frauduleuses de novembre 2011, le président Kabila cherchait un homme de compromis à la primature. Il souhaitait également à rassurer la communauté internationale et les nombreux bailleurs de la RDC, échaudés par sa réélection contestée. Matata Ponyo semblait parfait pour le job. Il avait l'avantage de connaître parfaitement les grands équilibres macroéconomiques, ainsi que les principales institutions internationales. Formé en économie monétaire et internationale à l'Université de Kinshasa, où il avait été professeur assistant, il avait ensuite suivi une brillante carrière au sein de la Banque Centrale du Congo (BCC).

Quand Matata ne rassure plus le FMI

Mais après le dossier de l'Est, le Premier ministre a trébuché dans un autre domaine, plus ennuyeux pour son image : l'économie. Le FMI a en effet annoncé début décembre, la suspension du prêt de 240 millions de dollars à la République démocratique du Congo. Le FMI accuse la RDC de ne pas avoir publié toutes les informations concernant plusieurs transactions relatives à des contrats miniers. Un coup dur pour Matata Ponyo, économiste de formation, qui juge la décision du FMI, "disproportionnée". En cause : l'opacité de certains contrats entre la Gécamines (la société minière d'Etat) et l'entreprise Straker International Corporation, immatriculée dans les îles Vierges. L'avertissement du FMI tombe au plus mauvais moment : le Premier ministre tentait depuis plusieurs semaines de convaincre les investisseurs étrangers de venir faire des affaires en RDC.

Si Matata Ponyo n'arrive plus à convaincre le FMI, à quoi sert-il ? semble-t-on se demander à Kinshasa, surtout que le contexte politique est des plus instable. Avec les négociations délicates entre le gouvernement et le M23, le président Kabila pourrait bien être tenté de se servir de son Premier ministre comme fusible en cas de problème. Devant l'impasse des discussions avec la rébellion, qui demande la démission de Joseph Kabila, on parle de plus en plus de la composition d'un gouvernement d'union nationale… seul moyen, disent certains, de sortir de cette crise "par le haut". L'évolution des négociations avec le M23 et le rapport de force sur le terrain militaire détermineront la viabilité plus ou moins longue du gouvernement Matata Ponyo. Pour l'instant, les négociations sont au point mort et l'avantage militaire est toujours du côté du M23. Pour combien de temps ?

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Photo : Matata Ponyo à Paris 2012 © Ch. Rigaud www.afrikarabia.com

10 décembre 2012

RDC : Kampala, chronique d'un échec annoncé

Les négociations entre le  gouvernement congolais et les rebelles du M23 ont débuté ce dimanche à Kampala. Sans la présence de Joseph Kabila, ni de l'opposition congolaise et surtout sans agenda précis, ni ordre du jour, les négociations risquent de tourner au dialogue de sourds. Pire, chacune des délégations semble être prisonnière de ses propres contradictions.

carte RDC Afrikarabia Kampala V2.jpgImpossibles négociations. On a beau retourner le problème dans tous les sens, il paraît difficile de croire que les "discussions" entre la rébellion du M23 et le gouvernement congolais débouchent sur un plan de paix durable. Premier obstacle : la légitimité des délégations. Le niveau de représentations est extrêmement faible à Kampala. 

Une marge de manoeuvre réduite

Côté gouvernemental, le président Joseph Kabila est le grand absent des négociations, alors que le M23 souhaitait vivement sa présence. C'est François Tshibanda, le Ministre des Affaires étrangères, qui s'y colle. Avantage tout de même pour le diplomate : c'est lui qui représentait Kinshasa lors de la signature des fameux accords du 23 mars 2009, que souhaitent renégocier les rebelles. A ses côtés, le vice-président de l'Assemblée nationale, Charles Mwando, plusieurs fois ministre sous Mobutu et ancien gouverneur du "Grand Kivu" pendant 12 ans. Côté rébellion, le président du mouvement, Jean-Marie Runiga sera lui aussi absent du tour de table. De même, l'aile militaire du M23, représentée par Sultani Makenga, ne sera pas à Kampala, il aurait "mieux à faire sur le terrain", selon un membre du M23. Sachant que les ficelles du M23 sont tirées depuis Kigali, on peut supposer que François Rucogoza, ancien ministre de la Justice du gouvernement provincial du Nord-Kivu, et à la tête de la délégation du M23, dispose d'une marge de manoeuvre réduite.

Pas grand chose à négocier avec le M23

Viennent ensuite les contradictions. Et elles sont nombreuses dans les deux camps. A Kinshasa, on a toujours rejeté tout dialogue avec le M23, jusqu'à la prise de Goma. Après le retrait des rebelles de la capitale du Nord-Kivu et sous pression des pays voisins, le gouvernement a été dans l'obligation de s'asseoir à la table des négociations... à reculons. Avant la rencontre de Kampala et alors que le M23 demandait la renégociation des accords du 23 mars 2009, le ministre congolais François Tshibanda affirmait que Kinshasa avait respecté ces accords et donc qu'il n'y avait pas grand chose à négocier avec la rébellion. Aujourd'hui à Kampala, François Tshibanda va donc devoir rediscuter ces accords avec le M23 puisqu'il s'agit de l'exigence minimale des rebelles, qui sont prêts à s'emparer une seconde fois la ville si les négociations traînaient. Tshibanda ne pourra pas esquiver une discussion sur les accords du 23 mars.

Avantage militaire au M23

Une autre contradiction commence à se faire jour dans le camp gouvernemental concernant la stratégie à adopter face au M23. Les militaires congolais, le nouveau chef d'Etat major de l'armée de terre François Olenga en tête, pensent que l'option militaire est encore possible. L'armée congolaise pourrait, selon les généraux, reprendre la main sur le Nord-Kivu et battre le M23 (depuis 8 mois, les FARDC n'ont pourtant jamais dominés les rebelles, ndlr) . Les FARDC espèrent donc que les négociations vont durer assez longtemps pour se réorganiser autour de Goma… et ils l'ont déjà fait. Certaines sources parlent aussi d'un possible soutien du Zimbabwe et de l'Angola qui permettrait de "booster" l'entrain de l'armée congolaise. Pour l'instant, l'avantage militaire est toujours du côté du M23, qui ne s'est retiré que de 20 km de la capitale du Nord-Kivu. Beaucoup à Goma, affirment que des éléments du M23 sont toujours dans la ville.  A Kinshasa, dans l'entourage du président Kabila, on affirme au contraire vouloir négocier. Certains pensent qu'il serait même possible au gouvernement d'accéder aux revendications "corporatistes" du M23, concernant l'intégration des rebelles dans l'armée, le "non éloignement" des Kivus ou les grades… Mais un observateur avisé de la région me faisait remarquer qu'il n'imaginait pas un seul instant Sultani Makenga réintégrer les FARDC après 8 mois de rébellion. Pour résumé, le rapport de force militaire sera déterminant : soit Kinshasa arrive à reprendre l'avantage sur les rebelles et rien ne sera négociable, soit le M23 reprend une nouvelle fois Goma et le gouvernement congolais sera obligé de lâcher du leste.

Soutien tardif du M23 à Tshisekedi

Le camp des rebelles ne manque pas non plus de contradictions. Deux lignes stratégiques s'affrontent également. Les militaires, qui s'en tiennent à la renégociation des accords du 23 mars et à la défense de leur territoire, riche en minerais et les politiques, qui élargissent les revendications. Jean-Marie Runiga demande notamment la libération des prisonniers politiques, la dissolution de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), la levée de la privation des mouvements de l'opposant congolais Etienne Tshisekedi et l'arrestation du général John Numbi, soupçonné d'avoir commandité l'assassinat de Floribert Chebeya. La branche politique exige également de discuter des élections frauduleuses de novembre 2011. Sur ce point, la situation du M23 est pour le moins équivoque. Pendant la campagne électorale, l'ex-CNDP (qui deviendra le M23) a été fortement sollicité par Joseph Kabila pour "sécuriser le scrutin" à l'Est du pays. Pour bon nombre d'observateurs, l'ex-CNDP à permis à Joseph Kabila de réaliser d'excellents score dans les zones qu'il contrôlait. Certains parlent même de bourrage d'urnes. Le soutien du M23 apporté au candidat malheureux le présidentielle, Etienne Tshisekedi, sonne bien faux presque 1 an après l'élection. Enfin, une partie radicale de l'aile militaire estime que seul le départ de Joseph Kabila pourrait les contenter. Une revendication qui n'est évidemment pas acceptable par Kinshasa.

A peine commencées, les négociations de Kampala semblent donc piégées. L'ordre du jour n'est toujours pas établi, le calendrier n'est pas fixé et les divergences internes sont trop nombreuses pour entamer un véritable dialogue débouchant sur une paix durable. Il est donc fort à parier, qu'en cas de blocage prolongé, les armes se remettent à parler dans les Kivus.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

05 décembre 2012

RDC : Echec de la lutte contre la LRA

Une plateforme de 11 ONG dénoncent aujourd'hui l'inefficacité de la stratégie de l'ONU et de l'Union Africaine contre les rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA). La rébellion sanglante de Joseph Kony sévit depuis 26 ans en République centrafricaine (RCA), au Sud-Soudan et en République démocratique du Congo (RDC). En cause : "l'indifférence de l'ONU" et le "sous-financement" de la mission de l'Union Africaine.

Image 1.pngDans un communiqué, 11 ONG internationales (1) affirment que la lutte anti-LRA mise en place par l'ONU et l'Union Africaine (UA) n'a pas réussi à vaincre l'Armée de Résistance du Seigneur (LRA). 6 mois après le lancement d'une force pour contrer les attaques du chef rebelle Joseph Kony, ce rapport rédigé par une plateforme d'ONG souligne le faible engagement des gouvernements régionaux, "l'indifférence de l'ONU" et le "sous-financement de la mission de l'Union Africaine".

Selon Ben Keessey, le directeur d'Invisible Children, “cela fait trop longtemps que les populations d’Afrique centrale subissent les atrocités innommables de la LRA. Leurs enfants sont enlevés et assassinés. Leurs familles sont contraintes de partir de chez elles et leurs moyens de subsistance sont détruits". Pour le responsable de cette ONG, "l’ONU a fait preuve d’une grande responsabilité et a beaucoup investi dans le développement d’une stratégie pour soutenir ces populations et apporter une réponse aux horreurs perpétrées par la LRA. Aujourd’hui, elle ne doit pas relâcher ses efforts. Les enjeux sont trop grands, et il y a trop à perdre”.

Le rapport dénonce également "l'asile" que donnerait le gouvernement soudanais aux rebelles de Joseph Kony. L'aide du Soudan et la reprise de la guerre à l'Est de la République démocratique du Congo (RDC) renforceraient, selon ces ONG, "l'autorité meurtrière" de la LRA dans la région. Le rapport s'inquiète également de "l’inefficacité flagrante de la collaboration ONU-UA", au moment où l'on parle "d'une probable intervention militaire au Mali".

Pour Ernest Sugule, Coordinateur de SAIPED en République démocratique du Congo, “ce rapport est un appel à la raison en direction du Conseil de Sécurité. S’il ne mobilise pas ses énergies pour la stratégie et s’il ne s’assure pas que les gouvernements régionaux sont vraiment engagés, on risque de voir tout le processus tomber à l’eau. Le Secrétaire Général doit  affirmer publiquement sa détermination à voir la Stratégie Régionale de lutte contre la LRA de l’ONU mise en œuvre dans son intégralité”. Ces 11 ONG demandent enfin "plus de troupes" sur le terrain et "l'accès des (militaires) aux sites de repli de la LRA".

Depuis maintenant 26 ans, la LRA du rebelle ougandais Joseph Kony, terrorise les populations de République démocratique du Congo (RDC), de République Centrafricaine et du Sud-Soudan. D’après le HCR, entre décembre 2008 et fin 2011, la LRA  a tué 2000 personnes, en a enlevé plus de 2600 et a provoqué le déplacement de 400.000 habitants au Nord et à l'Est de la RDC.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

(1) Organisations signataires:
1. Action Congolaise pour l’Accès a la Justice (ACAJ)
2. Association Africaine de Défense des Droits de l’Homme (ASADHO)
3. Commission Diocésaine Justice et Paix Dungu-Doruma (CDJP)
4. The Enough Project
5. European Network for Central Africa (EurAc)
6. Global Center for the Responsibility to Protect
7. Groupe LOTUS
8. IKV Pax Christi
9. Invisible Children
10. Resolve
11. Solidarité et Assistance Intégrale aux Personnes Demunies (SAIPED)

04 décembre 2012

RDC : 4 Congolais en grève de la faim à Paris contre la guerre

Depuis samedi 1er décembre, un groupe de quatre Congolais a entamé une grève de la faim devant l'église du Sacré Coeur à Paris. Ils dénoncent la guerre meurtrière en République démocratique du Congo (RDC) et demandent la création d'un Tribunal pénal international pour les crimes au Congo.

grève de la faim déc 2012 filtre.jpgDéjà trois jours de grève de la faim pour Pierrot, Hervé, Nicole et Angélique, quatre jeunes Congolais du RNC (1). Emmitouflés dans leurs anoraks, les grévistes de la faim cachent mal la fatigue et le froid qui commence à les gagner dans ce parc au pied du Sacré Coeur, dans le 18ème arrondissement de Paris. Depuis samedi 1er décembre, ce petit groupe a décidé de dénoncer la guerre qui frappe depuis plus de 16 ans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), en cessant de s'alimenter. La décision n'a pas été prise à la légère. Après avoir "épuisé tous les moyens de pression" pour sensibiliser le public au calvaire du peuple congolais, Hervé ne voyait plus que la grève le faim pour faire bouger les choses. Une "conduite extrême", comme il le dit, qui n'est rien au regard des millions de morts, des viols et crimes atroces commis en RDC, dans l'indifférence générale de la communauté internationale.

"L'arme judiciaire"

Au milieu du petit groupe, on trouve maître Hamuli Rety. président du CRID (2) et avocat, notamment auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda. Ce juriste n'est pas en grève de la faim, mais défend une idée simple, partagée par les grévistes : "si les solutions militaires, politiques et diplomatiques ont toutes échoué depuis plus de 15 ans, pourquoi ne pas utiliser l'arme judiciaire". Maître Réty plaide pour la création d'un Tribunal pénal international pour le Congo, à l'image de celui créé pour le Rwanda et l'ex-Yougoslavie.

16 années de perdu

Pour justifier la pertinence de sa proposition, Hamuli Rety fait d'abord le constat des échecs passés. "Toutes les solutions proposées par la communauté internationale ont été de "bonnes-mauvaises" solutions" ironise-t-il. Et d'énumérer : "les négociations entre victimes et belligérants, entre agresseurs et agressés, le brassage des armées (intégration des rebelles dans l'armée régulière, ndlr) qui a été une aberration, les accords de Sun City, le partage du pouvoir (le fameux 1+4, ndlr), tout a échoué !". "Les enfants qui avaient 5 ans à l'arrivée de l'AFDL (la première rébellion de 1997, soutenue également par le Rwanda, ndlr) ont aujourd'hui 20 ans. C'est pratiquement toute une génération qui a été sacrifiée", explique-t-il.

La suite du Tribunal pénal international sur le Rwanda (TPIR)

Selon maître Rety, seul un Tribunal pénal international peut être efficace. "On a parlé de la création d'une Cour spéciale (comme au Liban pour l'assassinat de Rafic Harriri, ndlr), mais aujourd'hui le Congo de Joseph Kabila, le Congo de l'AFDL, du RCD est incapable d'organiser des procès justes et équitables puisqu'ils sont parties prenantes", fait remarquer cet ancien avocat du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Fort de son expérience d'Arusha, le siège du TPIR, Hamuly Rety souhaiterait que le Tribunal pénal international pour le Congo soit la continuité logique de celui pour le Rwanda. "Rien que pour des raisons de rationalités budgétaires, le tribunal existe déjà, il est rodé, les matériaux judiciaires existent, la jurisprudence, les pièces à conviction sont là", explique maître Rety, "or ce qui se passe au Congo, c'est pratiquement la continuité du génocide rwandais. Les acteurs des massacres au Congo sont pratiquement les mêmes". Enfin, preuve pour cet avocat de l'efficacité de cette juridiction : les succès remportés en ex-Yougoslavie, au Libéria ou en Sierra-Leone. Reste maintenant à maître Rety de convaincre la communauté internationale… une lourde tâche en perspective.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Regardez les témoignages vidéos des grévistes de la faim au Sacré Coeur à Paris et celui d'Hamuli Rety.


Paris : Grève de la faim de Congolais contre la... par ChristopheRigaud

(1) RNC : Rassemblement pour la Nation Congolaise.

(2) CRID : Convention pour la République, les institutions et le développement durable.

02 décembre 2012

RDC : Retrait stratégique du M23

Depuis samedi, les rebelles du M23 se sont retirés de la ville de Goma, dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC). La rébellion exige des négociations avec le président Joseph Kabila sous 24 heures et menacent de s'emparer à nouveau de Goma.

carte RDC Afrikarabia GomaV2.jpg11 jours après la chute de Goma, les rebelles du M23 ont accepté de quitter la capitale provinciale du Nord-Kivu, après une forte pression internationale. L'ONU, les Etats-Unis et tous les chefs d'Etats de la région des Grands Lacs n'auront pas été de trop pour forcer la rébellion à reculer. Il faut dire que depuis 8 mois, l'avantage militaire du M23 sur l'armée régulière ne s'est jamais démenti. Même les casques bleus de la Monusco se sont effacés devant l'offensive rebelle.

En acceptant de se retirer de Goma, le M23 réalise une bonne opération politique en décidant de satisfaire les exigences de la Conférence internationale de la région des Grands Lacs (CIRGL). La balle est désormais dans le camp du président Joseph Kabila. Le M23 accentue même la pression, ce dimanche, en demandant des négociations sous 24 heures et en menaçant de reprendre la ville "si des attaques survenaient contre les civils".

La situation militaire ayant toujours été dans les mains des rebelles, on ne voit pas comment Joseph Kabila peut échapper à l'humiliante séance de négociation avec le M23. Le président congolais avait toujours promis de ne jamais se retrouver autour d'une table avec des "terroristes". Il sera donc dans l'obligation d'amorcer le processus, quitte à l'interrompre aux premiers désaccords (et ils sont nombreux). Preuve du peu d'enthousiasme du gouvernement congolais à négocier, la sortie du ministre des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda, qui affirmait que les autorités congolaises "avaient respecté tous ses engagements" dans les fameux accords du 23 mars que souhaitent voir appliquer pleinement les rebelles. L'arrivée d'un nouveau chef d'Etat-major de l'armée de terre, François Olenga, pourrait également laisser croire que le président Kabila n'a pas tout à fait tiré un trait sur l'option militaire pour se sortir du bourbier des Kivus. Là encore, ce choix paraîtrait hasardeux, tant l'avantage militaire du M23 est patent.

Dans ce climat de méfiance mutuelle, le repli des rebelles de Goma est donc stratégique : il permet de prouver une certaine bonne volonté. Mais sur le terrain militaire, le M23 est prêt à réinvestir la ville à tout moment. Certains hommes de la rébellion seraient restés à Goma, selon des sources locales. Et ce ne sont pas les 300 à 450 nouveaux policiers congolais, fraîchement débarqués de Bukavu, qui pourraient stopper une nouvelle offensive rebelle. Le M23 a d'ailleurs prévenu : si lundi à 14h00, les négociations ne sont pas lancées, ils reprendront la route de Goma… et pourquoi pas plus loin, de Bukavu… ou même Kinshasa.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

01 décembre 2012

RDC : A Paris, des partis politiques plaident pour un gouvernement d'union nationale

La reprise de la guerre au Nord-Kivu entre les rebelles du M23 et l'armée régulière inquiète des partis politiques et des associations congolaises de la diaspora à Paris. Une plateforme propose des pistes pour sortir de l'impasse et du risque de "balkanisation" de la RDC.

-1.jpgLe 28 novembre, plusieurs partis politiques et associations congolaises de France se sont réunis à Paris pour évoquer la crise qui secoue l'Est de la République démocratique du Congo. Depuis le mois d'avril, la rébellion du M23 défie le président Kabila et s'est emparée de plusieurs territoires du Nord-Kivu, avant de prendre la ville Goma le 20 novembre dernier. Après l'appel de 11 chefs d'Etat de la région des Grands Lacs, le M23 a accepté, ce samedi, de se retirer de Goma. Mais si l'offensive du M23 a cessé, la guerre est loin d'être terminée.

Une plateforme politique s'est formée à Paris autour du RDPC de Gaspard-Hubert Lonsi Koko. On retrouve le CDPS, le parti de François-Xavier Beltchika, un dissident de l'UDPS d'Etienne Tshisekedi, représenté par Symphorien Kabeya Ntumbunsela. Il y avait également l'ADR  de l'ancien ministre François Muamba, représenté par Ferdinand Lufete. Les trois hommes ont d'abord dénoncé les visées "expansionnistes de nos voisins de l'Est", le Rwanda et l'Ouganda, accusés par l'ONU de soutenir les rebelles du M23. Ils craignent la "balkanisation" de la RDC dans le but de "faire main basse" sur les importantes ressources naturelles du pays. Gaspard-Hubert Lonsi Koko a peur de voir la République démocratique du Congo devenir "dans le pire des cas un no man's land" pour s'approvisionner en minerais "à moindres frais" et "dans le meilleur des cas, une zone franche au profit des forces coalisées" (Rwanda, Ouganda… mais aussi certains pays occidentaux, ndlr). Pour ces partis politiques d'opposition, les Congolais n'auraient  d'autres choix "qu'entre l'insécurité et la soumission, la violence et le génocide".

La plateforme présente plusieurs propositions de sortie de crise. Selon ces Congolais de la diaspora, la création d'un "gouvernement d'union nationale" permettrait de lancer les bases d'une "réconciliation nationale autour des valeurs républicaines". La plateforme souhaite organiser de nouvelles élections "libres et crédibles", en commençant par les élections locales ; mais aussi transformer la mission de la Monusco en force d'intervention "à partir de la frontière rwandaise". Enfin, la plateforme préconise l'obtention d'un "dialogue inter-rwandais en vue d’assurer le rapatriement en toute sécurité des combattants FDLR et d’autres réfugiés rwandais dans leur pays". Pour ces Congolais, "la réconciliation du peuple rwandais avec lui-même" est "le seul gage d’une cohabitation pacifique et pérenne entre les deux communautés Hutu et Tutsi qui s’entre-tuent". (L'intégralité des propositions est accessible ici).

Si le projet de création d'un gouvernement d'union nationale n'est pas nouveau depuis les élections contestées de novembre 2011, l'aggravation de la situation à l'Est le rend plus pertinent que jamais. Ce nouveau gouvernement serait une des rares solutions de sortie de crise "par le haut" pour le président Kabila, plus affaibli que jamais. Signe des temps, le M23 affirme être submergé de coups de téléphone d'hommes politiques congolais de tous bords qui chercheraient à se rapprocher de la rébellion, de le cas où les choses tourneraient mal pour Joseph Kabila. Ce n'est visiblement pas le cas de Gaspard-Hubert Lonsi Koko qui considère "ne pas avoir besoin d'eux" et s'étonne des dernières revendications des rebelles en faveur de l'opposant Etienne Tshisekedi : "pourquoi ne pas l'avoir dit juste après les élections ?" s'interroge-t-il. Pour Gaspard-Hubert Lonsi Koko, ces brusques revendications pour la "vérité des urnes" ne seraient que des "distractions pour arriver à Kinshasa" et prendre le pouvoir".

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

RDC : Le représentant du M23 en Europe menacé en France

Le colonel Jean-Paul Epenge, le représentant de la rébellion du M23 en Europe, affirme avoir subi des menaces de mort depuis son passage dans une émission de France24, le 20 novembre dernier. Harcelé jusqu'à son domicile, Jean-Paul Epenge dénonce même une "tentative d'assassinat". Une enquête a été diligentée par la police judiciaire de Bobigny.

epenge 2 filtre.jpgDans un communiqué, la représentation du M23 en Europe dénonce les attaques répétées à l'encontre de son porte-parole, Jean-Paul Epenge. Après sa participation à l'émission "Débat" de France24, le 20 novembre, le responsable du M23 affirme avoir reçu de nombreuses menaces de mort sur son répondeur. Dans ces messages, il y est décrit comme "Tutsi", traité de "collabo" et de "marionnette des Rwandais". Mais la situation prend une tournure plus inquiétante, le vendredi 23 novembre. Vers 6 heures du matin, un groupe d'individus fait le siège de son domicile, en Seine-Saint-Denis. Certains se sont introduits dans l'immeuble et ont cherché à pénétrer dans son appartement en se faisant passer pour des policiers en civils. Ils réussissent même à faire intervenir les pompiers pour enfoncer la porte. Jean-Paul Epenge dénonce "une tentative d'assassinat", qui aurait échoué grâce à la vigilance des voisins.

Depuis, une plainte a été déposée et trois personnes ont déjà été identifiés par la Police judiciaire de Bobigny. Le capitaine Gevrenovich poursuit l'enquête et les auditions. Une avocate a également été chargée de suivre le dossier par la famille  Epenge. Dans son communiqué, le M23 "déplore" la "haine raciale", "l'appel au meurtre" et la "xénophobie" dont est victime son représentant en Europe. Une confusion qui fait oublier que la ligne de front du conflit congolais se situe à Goma et non... en Seine-Saint-Denis.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

Photo : Jean-Paul Epenge en 2012 © Ch. Rigaud www.afrikarabia.com

29 novembre 2012

Le Docteur Mukwege : portrait d'un Juste qui répare les femmes violées du Congo

Un livre de Colette Braeckman rend hommage à cet homme aussi compétent que courageux, rendu encore plus vulnérable par l’incurie de la communauté internationale.

Capture d’écran 2012-11-28 à 22.01.13.pngLa scène se passe le 25 octobre 2012 à Bukavu, la capitale du Sud-Kivu (République démocratique du Congo) au domicile du médecin-gynécologue congolais Denis Mukwege. Cinq hommes armés se sont introduits, ont maîtrisé la famille, les boys, le gardien.  En embuscade, ils attendent le retour du maître de maison. Quelques jours plus tôt, le Dr Mukwege a une nouvelle fois dénoncé les viols massifs commis dans la région, en toute impunité, par les diverses factions armées qui veulent ainsi terroriser les populations. L’enjeu de ces viols innombrables :  bien plus que la satisfaction de pulsions brutales, le contrôle des énormes richesses du sous-sol : or, diamant, cassitérite...

La RDC, un quasi camp de concentration

Le docteur Mukwege, lui, répare les énormes lésions vaginales provoquées par des violeurs particulièrement vicieux, rassure les populations et, surtout, dénonce inlassablement les viols comme arme de guerre. Mauvais pour le bizness des chefs des bandes armées parmi lesquelles des groupes « rebelles », mais aussi des éléments des FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo), 200 000 soudards qui, dans les régions troublées, « se payent sur la bête ». Les militaires des FARDC ont presque des excuses : pointant le canon  de leurs Kalashnikov rouillées, il copient, de façon individuelle et grossière, les prédations généralisées de ce qui s’appelle l’administration et « l’élite politique » de la RDC. Autant dire la direction de ce quasi-camp de concentration qu’est devenu la RDC pour les non-prédateurs.

Denis Mukwege fait partie de cette dernière catégorie. On a jusqu’alors toléré ses incartades, mais il vient de franchir la ligne rouge en dénonçant depuis la tribune de l’ONU la situation épouvantable faite aux habitants et tout particulièrement aux femmes. C’est grave : la communauté internationale risque de se réveiller…

Les  « boules Quies » de la MONUSCO

Cette communauté internationale entretient à l’Est du Congo la plus grande force initialement dite « de maintien de la  paix » depuis la guerre de Corée : 20 000 Casques bleus qui lui coûtent 1,5 milliard de dollars par an pour pas grand-chose.  Pas grand chose ? Ca dépend du point de vue. Le Casque bleu, généralement issu d’une région pauvre du monde, peut se construire une belle maison au pays avec la partie de la solde que son propre gouvernement ne confisque pas, en y ajoutant divers trafics locaux. Etre Casque bleu au Congo « démocratique », c’est une rente, un peu comme traider à New-York, en infiniment plus petit et moins stressant. La nuit, les Casques bleus se retranchent dans leur camp. Le jour, les Casques bleus se retranchent dans leurs blindés dont il faut bien faire un peu tourner le moteur. Lorsque parfois, la nuit ou le jour, des Casques bleus de la MONUSCO entendent les hurlements d’une femme violée à qui en plus on coupe le clitoris, les seins, les lèvres (quand les violeurs n’achèvent pas leur « travail » en lui tirant une rafale dans le vagin), les Casques bleus de la MONUSCO dégainent leur arme de réaction massive : les boules Quies [prononcer Quiès]*. La MONUSCO  a des excuses : le mandat de l’ONU n’autorise que l’autodéfense !

Il faudrait être fou pour s’attaquer aux hommes de l’ONU, à leurs mitrailleuses lourdes, leurs blindés, leurs hélicoptères. Ceux qui pratiquent le viol comme arme de destruction massive ne sont pas des fous, c’est leur façon de protéger leurs petites et grosses affaires. Il faut croire qu’elles prospèrent car depuis que les Casques bleus sont là, on a violé et souvent mutilé environ 500 000 femmes. Alors, dix de plus ou dix de moins… Bon, j’exagère, mais à peine.

 L’ONU ? De la pub’.

C’est en 1999 qu’a été lancée la Mission de l'Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUC). Pour dissimuler son bilan lamentable en terme de paix, on l’a rebaptisée en 2010 MONUSCO (Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo). Comme si on versait de la piquette dans une bouteille de champagne pour la « stabiliser ». Visiblement, ce n’est que de la pub’.

Des familles détruites par les viols publics

Comme gynécologue, le docteur Denis Mukwege fait en RDC un travail de Titan : il a soigné plus de 30 000 femmes qui ont été violées au nez et à la barbe de la MONUSCO. En rend compte un livre admirable de la journaliste belge Colette Braeckman (L'Homme qui répare les femmes. Violences sexuelles au Congo. Le combat du Dr Mukwege). On y lira que le médecin a été bien plus loin. Ce philanthrope a obtenu des crédits de certains gouvernements occidentaux sensibles à la compassion pour organiser des maisons d’accueil de ces femmes afin qu’elles échappent à leurs bourreaux et, dans la mesure du possible, réussissent à se reconstruire. Dans sa biographie du docteur Mukwege, Colette Braeckman n’est pas prolixe sur les horreurs qu’elles ont subi, mais en dit assez pour que chacun comprenne. On découvre le raffinement sadique de ces viols pour détruire la société, abolir toute norme civique et morale, transformer des populations en masses d’esclaves. Les mères sont violées devant leurs enfants, qui en restent traumatisés à vie. Devant leurs maris qui en sont détruits à leur façon, définitivement humiliés, dorénavant sexuellement impuissants.

A l’évidence, à Kinshasa, « on s’en fout ».

Pour les criminels qui ont mis la province du Nord-Kivu et ses alentours en coupe réglée (avec, pour le moins, l’abstention coupable du régime de Joseph Kabila), abattre le docteur Mukwege devenait une priorité. Déjà l’objet de cinq tentatives d’assassinat par le passé, il fallait procéder de façon plus « professionnelle ». D’où ce commando qui l’attendait le 25 octobre dernier à son domicile de Bukavu.

Au moment où les tueurs lui avaient braqué une arme sur la tempe, Mukwege a été sauvé par son gardien qui s’est interposé. Le gardien n’était pas un Casque bleu, c’était simplement un brave homme et un homme brave. Il a été abattu, la rafale n’a pas touché le médecin et dans la confusion, les tueurs se sont enfuis. Le Dr Mukwege a compris que sa vie ne valait plus rien en RDC. Il s’est réfugié à l’étranger, espérant bientôt revenir. Mais revenir dans quelles conditions ? Le régime de Kabila n’a même pas répondu à ses requêtes, aucune enquête sur cette tentative d’assassinat n’a été engagée. A l’évidence, à Kinshasa, « on s’en fout ».

Kabila, potentat infréquentable

Le Congo « démocratique » est dans son ensemble un pays abusé par ses élites, par les compagnies minières, par la communauté internationale, par de nombreux acteurs nationaux ou étrangers c’est-à-dire finalement par tout le monde, vous, moi… qui n’allons pas hurler notre indignation à la porte de nos gouvernants. Et pourtant ce pays magnifique produit des héros risque-tout, comme Albert Prigogine Ngezayo, assassiné à Goma le 13 mars 2008 sur les directives de dignitaires du pouvoir congolais ou Floribert Chebeya, fondateur de l’ONG La Voix des sans-voix, liquidé sur ordre d’un général congolais – qui n’a pas été inquiété - en juin 2010 (le procès des assassins « de base » tourne à une farce monumentale). La tentative d’assassinat du Dr Mukwege s’inscrit dans cette logique de gang qui a remplacé l’Etat. En RDC, héros rime avec tombeau. Sauf que le dernier complot contre le Dr Mukwege est l’histoire de trop pour le régime Kabila, potentat disqualifié, discrédité, falsificateur d’élections, infréquentable.

Des ONG comme autant de mouches à merde

De nombreux journalistes expérimentés et influents ont exprimé leur admiration au Dr Mukwege et exprimé leur dégoût de l’impunité de la dernière tentative d’assassinat. Mais aucun n’a eu l’intelligence et la profondeur historique de Colette Braeckman. Son livre « L'Homme qui répare les femmes. Violences sexuelles au Congo. Le combat du Dr Mukwege » ne constitue pas, comme certains l’ont écrit un peu vite, une biographie. Il s’agit d’une fresque de l’abomination. Il ne suffit pas de proclamer Bukavu « capitale mondiale du viol ». Il ne suffit pas, pour répondre au sentiment d’une conscience universelle outragée, de faire de cette tragédie un « fromage humanitaire » qui fait prospérer, comme des mouches à merde, quelque quatre cents ONG devenues en quelques années « spécialistes de la femme violée » en recyclant de jeunes chômeurs européens balancés « logisticiens » sur le terrain du Kivu.

Le problème est de savoir qui est responsable de ce désastre. Et une nouvelle fois, il faut parler du rôle de la France dans la région et du génocide des Tutsi du Rwanda. Car le viol massif comme moyen de guerre totale n’a pas été inventé au Kivu. C’est une stratégie importée par les génocidaires rwandais, comme le relève Colette Braeckman, aussi bien dans son livre comme dans ses articles du quotidien Le Soir et sur son blog.

Responsabilité ou irresponsabilité française

Le Rwanda d’avant-génocide, tenu à bout de bras par les militaires français de l’opération Noroît puis Turquoise qui trouvaient le régime Habyarimana si sympathique et défendable (revoir les livres des généraux Lafourcade, Tauzin, du colonel de réserve Hogard),  dissimulait sous un vernis saint-sulpicien une condition souvent abjecte faite aux femmes. Le viol y était dissimulé et inavouable mais fréquent, et l’impunité des violeurs à peu près totale  (Cf. le livre « L’Agenda du génocide », Ed. Karthala). Le recours à des viols massifs et à des mutilations sexuelles à grande échelle contre les femmes tutsi durant le génocide n’était pas le résultat d’une quelconque invention de masse. Dans son journal extrémiste (Ikinani) censuré dès sa sortie d’imprimerie en 1993, le capitaine Pascal Simbikangwa se réjouissait par exemple que la Première ministre de l’époque, Agathe Uwilingiyimana, avait été, étudiante,  l’objet d’un viol collectif dans le dortoir de son internat de Butare. Elle n’était pas la seule en ce cas. Sous Habyarimana, les « femmes libres » périodiquement raflées par policiers et militaires étaient généralement « sermonnées » au moyen de viols collectifs. Tout comme la plupart des femmes arrêtées en 1990 à Kigali et ailleurs comme « complices » ( ?) après l’attaque du Front patriotique rwandais.

La France a-t-elle participé à l’armement des auteurs de viols massifs ?

L’Opération « militaro-humanitaire » Turquoise, en permettant à l’armée rwandaise et aux miliciens interahamwe de se retirer au Zaïre en bon ordre, a durablement déstabilisé la région. Les « génocidaires » n’ont pas tardé à mettre le Kivu en coupe réglée en se servant du viol et des mutilations sexuelles  comme arme de destruction massive. Comme l’explique si bien Colette Braeckman, ils ont propagé cette méthode à leurs alliés du moment contre le Rwanda, tels les miliciens Maï-Maï, les militaires des Forces armées congolaises ou d’autres groupes armés.

Les anciennes Forces armées rwandaises (FAR), rebaptisées Armée de libération du Rwanda (ALIR) puis Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) ont poursuivi ces crimes sexuels de masse qui leur permettaient d’exploiter à leur profit et en toute impunité les ressources minières du Kivu. Pour ce qui est du gouvernement français, il n’est pas inutile de rappeler que lorsque les enquêteurs de l’ONU ont voulu, en 2008, documenter les ramifications des FDLR en France, on leur a même été refusé d’identifier les 21 destinataires de communications qui ressortaient des écoutes téléphoniques menées par les services de l’ONU au Kivu (1). Sans pouvoir en fournir des preuves écrites, la Commission d'enquête citoyenne française et la journaliste Colette Braeckman ont eu des informations selon lesquelles la France aurait contribué à leur armement. Ce qui est par contre certain, c’est que les dirigeants politiques des FDLR coulent des jours paisibles en région parisienne, malgré les soupçons très documentés qui pèsent sur certains d’avoir participé au génocide des Tutsi.

« Les FDLR se sont dotés à l'étranger d'une structure politique "propre" (non impliquée dans le génocide) »

Le 12 mars 2008, lorsque le Conseil de sécurité de l'ONU s’est intéressé aux groupes armés hutus rwandais opérant dans l'est de la République démocratique du Congo, c’est la France qui a rédigé la résolution 1804 qui "exige que tous les membres des FDLR, ex-FAR/Interahamwe et autres groupes armés rwandais qui opèrent dans l'est de la RDC déposent immédiatement les armes. » Contre ces propagateurs de violences sexuelles de masse, Paris a ainsi fait preuve d’une duplicité remarquable. Comme l’écrivait le quotidien Le Monde dans son édition du 26 novembre 2009, « un rapport d'experts mandatés par l'ONU a mis en évidence l'important réseau international sur lequel ils [les FDLR] s'appuient. Le texte, examiné à huis clos par le Conseil de sécurité, mercredi 25 novembre, n'a pas été rendu public. Selon une copie dont Le Monde a possession, il montre l'étendue du réseau à l'étranger de la rébellion hutue rwandaise. Celle-ci a été créée autour d'un noyau de miliciens et d'ex-soldats impliqués dans le génocide rwandais de 1994. Avec le temps, ces "génocidaires" ont été rejoints par de nouvelles recrues dans l'est de la RDC, où ils ont longtemps opéré.

Parallèlement, les FDLR se sont dotés à l'étranger d'une structure politique "propre" (non impliquée dans le génocide), de réseaux de soutien et de financement dans une vingtaine de pays décrits par les experts mandatés par les Nations unies. » La France apparaissant au premier rang dans l’échelle de complicité.

On comprend que le Dr Mukwege, homme qui témoigne et dénonce, dérange bien des autorités, pas seulement à Kinshasa mais aussi accessoirement en France, un pays qui souffre d’avoir une des classes politiques les plus futiles, les plus engagées dans le soutien au génocide des Tutsi et des plus cyniques du monde occidental.

C’est un volet qui n’apparaît guère dans l’ouvrage par ailleurs excellent de Colette Braeckman. On le résumera en observant que notre consoeur documente parfaitement  l’incurie générale devant les violences sexuelles au Congo. Il y a tout lieu de penser que Denis Mukwege, médecin chef à l’hôpital de Panzi (Sud Kivu), soignera à nouveau gratuitement des femmes victimes de violences sexuelles, vagins détruits et âmes mortes. Mukwege n’a pas fini de parcourir le monde pour témoigner de la souffrance de ces femmes et expliquer comment, au Congo, le viol est utilisé comme arme de guerre, pour démoraliser, humilier et finalement soumettre une population. La solution de son problème personnel de survie ne tient pas à la présence de gardes du corps, ni même d’une escouade de Casques bleus. S’il est tellement en danger, c’est que sa voix se perd dans l’incurie de la communauté internationale.

 Jean-François DUPAQUIER

(1) Extrait du Rapport intermédiaire des experts de l’ONU sur la RDC S/2009-253 : « The Group calculated 21 phone numbers in France that have been in contact with FDLR military satellite phones between September 2008 and August 2009. The Group has made several requests to the French government since September 2008 to ask for these numbers to be identified, but is still waiting for relevant feedback. In particular, the Group notes that it was unable to obtain any relevant information from the French authorities regarding Mr Mbarushimana, who was designated by the Committee in March 2009. The Group also notes that Emmanuel Ruzindana and Ngirinshuti Ntambara, reportedly the Political Affairs and Foreign Affairs commissioners of the FDLR’s executive commission, are – among others still being identified by the Group - also resident in France. The Group stresses the importance of obtaining access to relevant information from the French authorities in order to exclude the conclusion that France is being used as a base for the activities of FDLR leaders and supporters in the diaspora. »

* Pour ceux qui l’ignoreraient, la « boule Quies » (célèbre marque déposée, mais dénomination générique) est un bouchon souple qu’on se glisse dans l’oreille pour ne plus entendre les bruits extérieurs

Colette Braeckman, L'Homme qui répare les femmes. Violences sexuelles au Congo. Le combat du Dr Mukwege, André Versaille éditeur, 160 p., 14,90 €.

25 novembre 2012

RDC : Rendez-vous manqué à Kampala

On attendait une rencontre ce dimanche entre Joseph Kabila et la M23. Elle n'est finalement pas venue. L'entrevue s'était tenue furtivement samedi, en marge du Sommet de Kampala. Et chacun des protagonistes a campé sur ses positions. Kinshasa demande le retrait de Goma avant de négocier et le M23 exige des négociations avant tout retrait.

carte RDC Afrikarabia GomaV2.jpgUn Sommet pour rien ? Certainement. Les 11 chefs d'Etat de la région, réunis à Kampala pour trouver une issue au conflit à l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), n'ont rien pu faire pour amorcer le dialogue entre le M23 et le président Joseph Kabila. Une courte rencontre a cependant eu lieu samedi, avec la promesse de se retrouver dimanche pour entamer les négociations, et puis… plus rien. Dimanche, Joseph Kabila a rejoint Kinshasa dans l'après-midi, sans rencontrer Jean-Marie Runiga, le patron de l'aile politique de la rébellion.

Une "force neutre"… à définir

Pendant ce temps, les 11 chefs d'Etat de la région (sans Paul Kagame) ont formulé des voeux pieux dans une déclaration commune (à lire ici). Le Sommet de Kampala demande aux rebelles du M23 de stopper la guerre, de quitter Goma et de se retirer à 20 km de la ville sous 2 jours. Pour sécuriser l'aéroport de la capitale provinciale du Nord-Kivu, la déclaration de Kampala souhaite voir déployer une "force composite", comprenant les FARDC (l'armée régulière), le M23 (bonjour l'ambiance sur le tarmac) et une "force neutre" qui reste à définir… Autant dire qu'avec un tel attelage improbable, le succès de l'opération est loin d'être assuré. Pour compléter le tout, les casques bleus de la Monusco serait chargés d'occuper une sorte de "zone tampon" entre Goma et les nouvelles positions occupés par le M23. Dernier sujet d'étonnement de la déclaration de Kampala : le point numéro 9, dans lequel il est expliqué que le processus serait supervisé par les responsables de la défense du Rwanda et de l'Ouganda. Petit souci, ces deux pays sont accusés de soutenir le M23 dans le dernier rapport de l'ONU, publié il y a quelques jours seulement.

Retour à la case départ

Depuis le rendez-vous manqué de dimanche entre Kabila et Runiga, les recommandations du Sommet de Kampala paraissent bien illusoires. Kabila est retourné à Kinshasa et le M23 (toujours à Kampala) semble bien décidé à ne pas quitter Goma avant de négocier avec le président congolais. La situation paraît donc bloquée. Seule avancée, une "reconnaissance" par les chefs d'Etat de la région des Grands Lacs, de certaines revendications "légitimes" du M23 (notamment les accords du 23 mars 2009). La société civile du Nord-Kivu s'est déclarée très contrariée par ces déclarations, qui ne font que "légitimer" et "brader" la souveraineté du Congo à leurs yeux.

Objectif Bukavu

Pendant de temps, la situation militaire est toujours figée autour de Goma. Le M23 tient également la ville de Sake et l'armée régulière est encore stationnée un peu plus au Sud, entre Minova et Kalehe sur la route de Bukavu. Le prochaine objectif militaire de la rébellion est clairement affiché depuis quelques jours : la prise de Bukavu, la capitale du Sud-Kivu. La chute de cette ville, après celle de Goma le 20 novembre dernier, pourrait sérieusement menacer le régime de Joseph Kabila que souhaite faire tomber le M23. La bataille que se livrent en ce moment les rebelles et l'armée loyaliste le long du lac Kivu est donc décisive.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

La situation à l'Est en direct sur le compte Twitter d'Afrikarabia : @afrikarabia

RDC : Que négociera le M23 avec Kabila ?

Après 7 mois de conflits, le président Joseph Kabila a fini par accepter de négocier avec la rébellion du M23. Le président du mouvement rebelle, Jean-Marie Runiga, affirme avoir eu l'assurance de Joseph Kabila d'entamer dès dimanche 25 novembre des négociations à Kampala. Pour négocier quoi ? Voici quelques pistes.

carte RDC Afrikarabia Kampala V2.jpg"Négocier avec un groupe rebelle ? Jamais !", avait souvent répondu Joseph Kabila. Mais depuis la chute de Goma, tombée aux mains du M23 mardi 20 novembre et la prise de Sake le lendemain, le président congolais n'avait plus guère le choix. Pour se sortir de l'ornière, Joseph Kabila ne peut plus compter sur son armée, qui n'a (pour le moment) jamais été en mesure d'inquiéter les rebelles puisqu'elle fuit pratiquement sans combattre, ni compter sur les casques bleus (Monusco) qui ont assisté à la prise de Goma… les bras croisés.

"L'obligation" de négocier

Samedi à Kampala, les chefs d'Etat de la région des Grands Lacs ont tenté de trouver une solution au conflit dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC). Les participants du Sommet ont exigé le retrait des rebelles de Goma sous 2 jours et ont appeler le gouvernement congolais à entamer des négociations avec le M23. Les rebelles avaient prévenu qu'ils ne se retireraient pas de Goma avant d'avoir négocié avec le président Kabila. Tout convergeait donc pour que Jean-Marie Runiga, le président du M23 et Joseph Kabila se retrouvent autour d'une table.

Appliquer les accords du 23 mars

Négocier quoi ? Il est étonnement difficile d'y répondre, tant les revendications du M23 ont évolué depuis la création de la rébellion en avril 2012.  Au coeur des discussions, nous trouverons évidemment les fameux accords du 23 mars 2009 (qui ont donné leur nom au M23). Dans ces accords, la rébellion de l'époque, le CNDP (dont sont issus les membres du M23), demandaient l'incorporation des rebelles dans l'armée régulière (FARDC) et l'intégration politique de leur mouvement dans les institutions congolaises. Pour les rebelles, ces deux exigences n'ont été pas été correctement respectés par Kinshasa. Ils accusent notamment le président Kabila d'avoir voulu éloigner ses soldats de leurs fiefs du Kivu et de ne pas avoir maintenu tous les officiers dans leur grade. Concernant le Kivu, le M23 a deux raisons de ne pas s'en éloigner. La première parce que la région est richement pourvue en minerais divers, or, coltan, cassitérite… qui  constituent la principale source de financement de leur mouvement. La deuxième raison est ethnique. Le M23 entend défendre la communauté tutsie, souvent réprimée et menacée, notament par la milice hutue des FDLR. Côté politique, l'ex-CNDP, devenu M23, n'a jamais pu avoir accès aux institutions politiques de RDC.

Le cas Ntaganda

A la table des négociations, le M23 évoquera sans doute la situation du général Bosco Ntaganda, inculpé par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Intégré dans l'armée régulière en 2009, Ntaganda a d'abord fait le jeu de Joseph Kabila, en se retournant d'abord contre Laurent Nkunda, le patron du CNDP, en 2009 et ensuite en assurant une forte "victoire" dans les Kivus du candidat Kabila aux élections frauduleuses de novembre 2011. Mal élu, Joseph Kabila a décidé d'arrêter Bosco Ntaganda, en avril 2012, afin de donner de redorer son blason aux yeux de la communauté internationale. La fuite de Ntaganda a donné lieu à la création du M23. Il est donc fort probable que Jean-Marie Runiga veulent protéger Ntaganda de toute tentative d'arrestation.

Chasser Joseph Kabila

Loin de ces revendications "corporatistes", le M23 s'est rapidement doté d'une branche politique, affirmant des ambitions plus grandes. Un "cabinet fantôme" a été créé pour administrer les territoires occupés par la rébellion : le poste-frontière de Bunagana et la ville de Rutshuru. Très vite, le M23 a revendiqué "la vérité des urnes" à propos des élections chaotiques de novembre 2011. Le terme même de "vérité des urnes" provient du candidat malheureux à l'élection présidentielle, Etienne Tshisekedi, qui a toujours contesté la réélection de Joseph Kabila et a même déclaré sa "victoire". Le M23 pourrait-il faire alliance avec Tshisekedi ? Pour l'instant les contacts n'ont rien donné et l'UDPS est très réticente face à cette rébellion dont tout le monde sait que le Rwanda est derrière. Du côté du M23, on affiche aujourd'hui clairement la couleur : la chute du président Kabila. La rébellion en a-t-elle les moyens ? Militairement, pas complètement. Pour aller jusqu'à Kinshasa, les rebelles devront avoir l'aide direct d'un pays tiers. On voit mal, pour le moment, le Rwanda voisin ou l'Ouganda se lancer dans l'invasion de la RDC. Trop risqué diplomatiquement. Selon des observateurs, seule "une révolution de palais" pourrait débarquer le président Kabila.

Que peut lâcher Kabila ?

Difficile à dire, tant la situation militaire est versatile. Tant que le président Kabila n'arrive pas à reprendre la main sur le terrain militaire (et c'est actuellement le cas), il sera dans l'obligation de faire quelques concessions sur l'application des accords du 23 mars (localisation des soldats intégrés dans les Kivus, grades, versements des soldes… ). Au niveau politique, Joseph Kabila pourrait peut-être concéder une intégration politique au niveau provincial du M23 et, pourquoi pas, un poste au gouvernement. On parle également à Kinshasa de la possibilité de former un "gouvernement d'unité nationale" qui permettrait à Joseph Kabila de pratiquer une "ouverture politique" qui lui permettrait toutefois de se maintenir à la présidence. Mais dans le jeu de poker menteur des négociations dans la région des Grands Lacs, seule la situation militaire donnera l'avantage à l'une des deux parties. Pour l'instant, l'avantage militaire tourne au M23, mais depuis samedi, des renforts de l'armée régulière sont annoncées dans la zone, notamment autour de Bukavu, la prochaine cible annoncée des rebelles.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia

23 novembre 2012

RDC : Le M23 contrôle toujours Sake et se dirige vers Bukavu

Les combats autour de la ville de Sake, ce jeudi, ont tourné à l'avantage des rebelles du M23 qui affirment ce soir à Afrikarabia "contrôler entièrement la ville". Kinshasa avait annoncé la reprise de Sake dans l'après-midi, mais selon le M23, l'armée régulière aurait été repoussée vers Minova, en direction de Bukavu. Le M23 déclare vouloir poursuivre jusqu'à Bukavu.

Capture d’écran 2012-11-23 à 00.26.09.pngAprès la prise de Goma, mardi 20 novembre, par les rebelles du M23, c'est au tour de Sake d'être au centre de toutes les attentions ce jeudi. Cette ville de 17.000 habitants, située à 25 km de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, constitue la porte d'accès vers Bukavu. La rébellion tenait Sake depuis mercredi, après le retrait des FARDC, l'armée régulière congolaise, qui recule systématiquement devant les offensives du M23.

Jeudi, de violents combats ont opposé les rebelles à l'armée congolaise, soutenue par une milice locale, les Maï-Maï Nyatura. En fin d'après-midi, le gouvernement congolais affirmait avoir repris Sake et félicitait ses "vaillants militaires pour la bravoure dont ils font preuve". Le porte-parole du gouvernement ajoutait même : "perdre Goma, n'est pas perdre la guerre".

Dans la soirée de jeudi, la situation devenait plus confuse sur le terrain. Vers 23h15, le M23 affirmait à Afrikarabia "contrôler entièrement la ville" après avoir repoussé une attaque des "FARDC, soutenu par des FDLR et l'APLCS". Les troupes loyalistes auraient été "poussées sur la route de Minova", un axe routier stratégique qui mène à Bukavu, la capitale du Sud-Kivu. Bukavu constitue-t-elle la prochaine cible du M23 ? A la question d'Afrikarabia de savoir si les rebelles "avançaient vers Bukavu", le colonel Jean-Paul Epenge, du M23, répondait laconiquement : "oui ! Talk and fight". Sur Twitter, la correspondante allemande du Tageszeitung, Simone Schlindwein, affirmait que les soldats congolais qui venaient de perdre la bataille de Sake étaient à Minova "complètement ivres".

Côté négociations, le chef politique du M23, Jean-Marie Runiga s'est rendu jeudi à Kampala rencontrer le président ougandais Museveni. Une réunion de la CIRGL devrait réunir samedi à Kampala tous les protagonistes du conflit : les présidents rwandais Kagame et Museveni, accusés tous les deux par l'ONU de soutenir le M23, et le président congolais Joseph Kabila. Avant de partir à Kampala ce jeudi, Jean-Marie Runiga avait annoncé qu'il "poursuivrait l'offensive" du M23 dans les Kivus "jusqu'à ce que le président Kabila accepte de négocier".

Informations mises en ligne vendredi 23 novembre à 01h 25.

Christophe RIGAUD - Afrikarabia